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Des collaborations musicales entre Israël et les EAU font débat sur les réseaux sociaux

Une reprise instrumentale et un mashup hébreu, arabe et anglais font parler d’eux sur internet tandis que les projets de partenariats culturels entre Israël et les Émirats arabes unis se multiplient
Deux collaborations entre des musiciens israéliens et émiratis célébrant la normalisation ont reçu un accueil mitigé sur internet (capture d’écran)
Deux collaborations entre des musiciens israéliens et émiratis célébrant la normalisation ont reçu un accueil mitigé sur internet (capture d’écran)

Moins de deux mois après l’annonce par Israël et les Émirats arabes unis (EAU) de la normalisation de leurs relations diplomatiques, des marques et des personnalités des deux pays ont déjà tiré profit des opportunités de joindre leurs forces. 

Cela a commencé avec une marque de lingerie devenue la première marque israélienne à organiser une séance photo dans cet État du Golfe. 

Ensuite, le célèbre influenceur palestino-israélien Nas Daily a effectué une visite de normalisation des Émirats arabes unis et a renforcé ses liens avec des organisations financées par les Émirats. 

Puis un footballeur israélien est devenu le premier à signer avec une équipe arabe, après avoir accepté de rejoindre al-Nasr Dubaï. 

Désormais, le bon filon de la normalisation touche l’industrie musicale, provoquant immanquablement une controverse.

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Le 15 septembre, le jour où Israël et les EAU ont officiellement signé l’accord de normalisation à Washington, l’orchestre israélien Firqat al-Noor a sorti une nouvelle reprise pour célébrer l’occasion.

Il ne s’agissait pas d’une chanson quelconque, mais « Ahebbak » (Je t’aime), un tube célèbre du chanteur et pianiste émirati réputé Hussain al-Jassmi. 

Firqat al-Noor se présente comme un orchestre de musique classique moyen-orientale, composé de musiciens juifs et israélo-palestiniens, avec des solistes qui chantent en hébreu et en arabe. Le groupe a dédié son dernier projet « en l’honneur de l’accord de paix synonyme d’espoir » entre Tel Aviv et Abou Dabi.

Le clip musical s’ouvre sur un message du président israélien Reuven Rivlin.

« La signature de ce traité de paix aujourd’hui et le traité à venir avec Bahreïn ouvrent une porte vers une nouvelle ère pour l’ensemble du Moyen-Orient », affirme-t-il. « Une ère de paix, de paix entre les nations et de paix entre les peuples. »

« Inch’Allah [si Dieu le veut] », poursuit le président, « nous verrons plus de réussites de ce type bientôt et nous vivrons en paix à travers la région, avec tous nos voisins. »

Reuven Rivlin termine son introduction par un « Salaam Aleikoum », salut arabe signifiant « Que la paix soit avec vous ».

Les musiciens élégamment habillés commencent alors à marcher à travers les rues de Tel Aviv avec leurs instruments, embarquent dans un minibus puis se rendent sur le toit d’une tour où ils jouent leur version de la chanson de Jassmi. 

Au milieu du morceau, chaque membre de l’orchestre lâche une colombe, symbole de paix.

Mais de nombreux observateurs ont noté ces dernières semaines que ce soi-disant accord « de paix » entre Israël et les EAU a été signé entre deux pays qui n’ont, en fait, jamais été en guerre.

Enfin, les musiciens agitent des drapeaux émiratis et israéliens depuis le toit, avant de faire une sortie dramatique au ralenti.

Cette collaboration a suscité des réactions négatives sur les réseaux sociaux : la coopération de Jassmi, le prologue de Reuven Rivlin et le tournage à Tel Aviv suscitant tous de vives critiques. 

Traduction : « Toujours plus bas dans le marais puant de la normalisation… Hussein al-Jassmi participe à la composition d’une chanson israélienne qui commence avec un message de remerciement aux Émirats du président israélien à Tel Aviv car les ruines de nos villages palestiniens ont été éliminés de la surface de la terre… Vous avez perdu et vous êtes une disgrâce pour nous… L’arabisme et la religion n’ont rien à faire avec les gens comme vous. »

Traduction : « Une chanson de l’infortuné sioniste, Hussain al-Jassmi, et arrangée par Ariel Cohen a été filmée sur les terres des villages palestiniens déplacés, à Jaffa occupée, engloutie par la ville israélienne moderne de Tel Aviv. La trahison n’a aucune limite ! »

La semaine dernière, la ministre de la Culture émiratie Noura al-Kaabi a posté la vidéo sur son compte Twitter, faisant l’éloge de ce « beau morceau de musique [de Jassmi]… à l’occasion du traité de paix ».

L’ampleur de l’implication de Jassmi dans cette collaboration s’est avérée un sujet brûlant. Le chanteur n’a pas publiquement commenté la normalisation et il n’a pas non plus partagé la reprise de sa chanson par Firqat al-Noor. Faire l’un ou l’autre pourrait lui coûter sa vaste base de fans à travers le Moyen-Orient. 

Certains ont conclu que l’apparition de son nom dans le générique de la vidéo signifiait une coopération tacite. D’autres ont néanmoins défendu l’artiste. 

« Un groupe israélien joue une vieille chanson de Jassmi et la porte-parole du ministère des Affaires étrangères émiratie l’a partagée sur les réseaux sociaux. Jassmi n’a pas participé et n’a pas pris position sur la normalisation », a écrit un twitto.

« Dans un pays tel que les EAU, ne pas témoigner d’une obéissance totale est inacceptable, et le silence peut être un acte révolutionnaire », affirment-ils. 

« Ahlan Beik »

Une autre coopération musicale israélo-émiratie a été médiatisée cette semaine et cette fois, il n’y a aucun doute quant à l’implication des parties.

Le chanteur israélien Elkana Marziano et le chanteur émirati Waleed al-Jasim ont sorti mercredi « Ahlan Beik » (Bienvenue), un mashup (mix de plusieurs musiques) hébreu-arabe-anglais filmé à Tel Aviv et à Dubaï. 

Contrairement à la collaboration avec l’orchestre, ce duo chante, danse et peut même compter sur l’apparition d’un serpent et d’un chameau.

Les deux chanteurs se souhaitent de manière joviale et répétée la paix dans les trois langues avant de se demander avec impatience : « Quand viens-tu ? » 

Selon Ofir Gendelman, le porte-parole du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou pour la presse arabe, ce duo « reflète l’esprit de paix entre les deux pays et l’amitié entre les deux peuples ». Et de conclure : « Cette chanson est géniale ».

« Ahlan Beik » a également été partagée sur les réseaux sociaux par Avichay Adraee, un porte-parole de l’armée. 

Traduction : « Nouveau clip filmé par le chanteur israélien Elkana Marziano et le chanteur émirati Waleed al-Jasim pour une chanson en duo intitulée ‘’Welcome’’. »

Malgré les éloges au plus haut de la société israélienne, cette collaboration a reçu un accueil mitigé sur les réseaux sociaux arabophones. 

Un twitto a relativisé l’importance de ce duo en affirmant : « Je viens des Émirats. Je n’ai jamais vu ni entendu parler d’un chanteur émirati appelé Waleed al-Jasim de toute ma vie. »

Pendant ce temps, la chanson a amené un autre internaute à analyser les différences entre les accords de normalisation de l’Égypte et de la Jordanie avec Israël, signés respectivement en 1979 et 1994, avec celui des EAU. 

« L’Égypte et la Jordanie ont conclu des accords diplomatiques avec l’occupant il y a un bail, mais qui a vu un chanteur jordanien ou égyptien faire ça, ou encore vu les institutions sportives et culturelles jordaniennes ou égyptiennes signer des accords de réciprocité ? » s’interroge-t-il. « Voilà en quoi la situation est différente avec les Émirats. »

Avec des partenariats en cours de formation dans la mode, le tourisme, le sport et la musique, la normalisation culturelle israélo-émirati va sans aucun doute se poursuivre.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.