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Nancy Pelosi récite un poème israélien en réaction à la révocation du droit à l’avortement au niveau fédéral

À la suite de l’annulation de l’arrêt Roe v. Wade par la Cour suprême américaine, la présidente de la Chambre des représentants des États-Unis a décidé de lire un poème controversé
Nancy Pelosi a également fait référence à ce poème en 2021 pour tenter de convaincre les républicains de procéder à l’impeachment de Donald Trump (AFP/Chip Somodevilla)

Nancy Pelosi a suscité l’indignation sur les réseaux sociaux après avoir récité quelques vers d’un poème israélien en réaction à l’annulation de l’arrêt Roe v. Wade par la Cour suprême américaine, qui révoque le droit constitutionnel des femmes à avorter. 

Ce poème s’intitule « Ein Li Eretz Acheret » (« Je n’ai pas d’autres pays »).

Il a été écrit par le poète israélien Ehud Manor en 1982 lorsque le gouvernement de droite mené par le Likoud en Israël a envahi le Liban voisin.

Dans sa réaction à la décision de la Cour suprême vendredi, Pelosi s’est dite « personnellement bouleversée ».

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En présentant ce poème, elle a mentionné avoir rencontré l’épouse du poète, Ofra Fuchs, lorsqu’elle s’est rendue en Israël. 

« Je n’ai pas d’autre pays, même si ma terre brûle », a récité Pelosi. « Ma maison est ici. Je ne me tairai pas parce que mon pays a changé de visage. Je ne l’abandonnerai pas. Je le lui rappellerai et je chanterai à son oreille jusqu’à ce qu’il ouvre les yeux. »

« Nous espérions clairement que la Cour suprême ouvrirait les yeux », a commenté Nancy Pelosi après ces quelques vers du poème. 

Les internautes n’ont pas tardé à réagir à son choix.

Beaucoup estiment que cela est révélateur du « féminisme libéral » auquel adhère Pelosi, qui ne comprend pas les sujets plus généraux et ne critique pas le pouvoir de l’État.

Traduction : « Ce poème a été écrit pour des soldats d’une armée qui, en plus d’occuper la Palestine, est allée occuper le Liban et massacrer des dizaines de milliers de civils – y compris des réfugiés palestiniens. Rien ne résume mieux le “féminisme libéral ”que ce moment. »

Traduction : « Le féminisme libéral répond à la privation des droits fondamentaux en matière de reproduction avec un poème à propos d’un soldat qui reste fier de son pays malgré le meurtre de Palestiniens. Il n’y aura pas de libération tant que le colonialisme et le patriarcat ne seront pas démantelés partout. »

Un autre internaute a qualifié l’utilisation de ce poème particulier par Nancy Pelosi d’« insulte sourde ».

D’autres ont pris la chose avec humour, soulignant les sous-entendus colonialistes du poème. 

Traduction : « Tout le monde : quel jour horrible pour les femmes. Nancy Pelosi : voici un poème à propos du colonialisme israélien que vous pourriez aimer. »

L’ONG Jewish Voice for Peace écrit quant à elle qu’il est « absurde, et pourtant à propos, que Pelosi ait choisi de lire ce poème. »

Traduction : « Il est absurde, et pourtant à propos, que Pelosi lise cette poésie israélienne exprimant “l’amour” de la nation colonisatrice malgré sa violence inhérente. Nos mouvements de libération ne peuvent vaincre qu’en se débarrassant des systèmes qui sont oppressifs par nature – et non en espérant qu’ils “ouvrent les yeux”. »

D’autres font fi du contexte politique du poème et reprochent surtout à Nancy Pelosi d’avoir choisi un tel moment pour réciter un poème, initiative que beaucoup ont considérée comme du vent.

Traduction : « Imaginez être à la tête de l’une des institutions législatives les plus puissantes au monde, peser personnellement plus d’une centaine de millions de dollars et que votre réaction face à une restriction majeure des droits civiques est de lire un putain de poème. »

Traduction : « Ce n’est pas le moment de lire un poème @TeamPelosi. C’est le moment d’agir ! Vous avez eu deux mois depuis que le projet a fuité. Deux mois pour élaborer votre plan d’attaque et il consiste à lire un poème ?! »

Ce n’est pas la première fois que Pelosi choisit de réciter des vers du poème de Manor. En janvier 2021, elle avait cité ce même poème pour tenter d’influencer les républicains du Congrès pour voter en faveur de l’impeachment de Donald Trump. 

Nancy Pelosi a découvert ce poème en 2016 : elle était assise à une table à côté d’Isaac Herzog, alors président du Parti travailliste israélien, lors d’une convention annuelle de dirigeants politiques et de la sécurité nationale israéliens et américains.

Pelosi a consigné les vers du poème de Manor que lui avait récité Herzog pour la consoler de la victoire de Trump à l’élection présidentielle. 

Ehud Manor est considéré par certains comme l’un des plus grands paroliers israéliens, il a remporté le prix Israël en 1998 pour ses contributions à la musique israélienne. Il a écrit les textes de plus de 1 200 chansons.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.