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Publications des caricatures de Mohammed : colère et boycott à travers le monde arabe

Drapeaux français brûlés et produits made in France boycottés : une large campagne est née pour dénoncer les déclarations d’Emmanuel Macron sur les caricatures du prophète Mohammed
Une photo montre les rayons des supermarchés vides de produits français, à Koweït, le 23 octobre 2020 (AFP)
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Les appels au boycott de produits français se sont multipliés ce week-end dans plusieurs pays du Moyen-Orient, après l’émoi suscité par les propos du président Emmanuel Macron, qui a promis de ne pas « renoncer aux caricatures » du prophète Mohammed.

Le chef de l’État français s’était exprimé jeudi lors d’un hommage au professeur Samuel Paty, décapité après avoir montré à ses élèves de 4e des dessins de Mohammed à l’occasion d’un cours sur la liberté d’expression.

La Turquie, l’Iran, la Jordanie ou encore le Koweït ont dénoncé la publication des caricatures du prophète. L’Organisation de coopération islamique, qui réunit les pays musulmans, a déploré « les propos de certains responsables français […] susceptibles de nuire aux relations franco-musulmanes ».

Traduction : « Bagdad il y a un instant » (manifestation contre les propos du président français dans la capitale irakienne).

Sur les réseaux sociaux, les appels au boycott de produits français se sont multipliés depuis vendredi, à travers des hashtags en arabe.

Au Qatar, les chaînes de distribution Al-Meera et Souq al-Baladi ont annoncé qu’elles « retireraient » les produits français des magasins jusqu’à nouvel ordre.

Dans l’un des magasins d’Al-Meera, un correspondant de l’AFP a vu des employés retirer des étagères des confitures de la marque St. Dalfour.

Traduction : « Drapeau français brûlé à Tripoli [nord du Liban]. »

L’Université du Qatar a annoncé vendredi sur Twitter le report de la semaine culturelle française à la suite de « l’atteinte délibérée à l’islam et ses symboles ». 

Au Koweït, des images montrant les fromages Kiri et Babybel retirés des rayons de certains magasins ont été relayées sur les réseaux sociaux.

Une soixantaine de sociétés coopératives, qui sont de grands distributeurs au Koweït, ont annoncé un boycott des produits français, a précisé à l’AFP le vice-président de la Fédération des coopératives, Khaled al-Otaibi.

« Nous avons retiré tous les produits français, à savoir les fromages, crèmes et cosmétiques des rayons et les avons restitués aux agents agréés de ces marques au Koweït », a-t-il expliqué.

Quelque 430 agences de voyages du Koweït ont par ailleurs suspendu les réservations de vols vers la France, a indiqué à l’AFP le chef de la Fédération des agences de voyages koweïtiennes, Mohammad al-Motairi.

Traduction : « Des magasins et des coopératives au Koweït retirent les produits français des étals ».

Les pays du Golfe, notamment le Qatar, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, représentent un marché de plus en plus important pour les exportations de l’industrie agroalimentaire française.

En Jordanie, le Front d’action islamique, un parti d’opposition, a appelé les citoyens à boycotter les produits français. 

Samedi soir, environ 200 personnes ont manifesté devant la résidence de l’ambassadeur de France en Israël pour dénoncer les propos d’Emmanuel Macron, tandis que des manifestants ont brûlé des photos du président français dans la bande de Gaza.

Le prophète « est la chose la plus sacrée dans l’islam et celui qui porte atteinte à son honneur porte atteinte à tout un peuple », a déclaré à la foule Amin Bukhari, un manifestant accusant le président français de faire le jeu de « l’extrême droite ».

Traduction : « Macron a manqué de respect à deux milliards de musulmans. J’en suis un et je n’achèterai plus un seul produit français. »

« Il faut respecter Moïse chez les juifs, il faut respecter Jésus Christ, qui est notre prophète aussi, et il faut respecter le prophète Mohammed, que la paix soit sur lui », a ajouté Bukhari lors de ce rassemblement qui s’est dispersé sans incident.

« Insulter les religions et les prophètes ne relève pas de la liberté d’expression mais favorise plutôt une culture de la haine », a indiqué le Hamas dans un communiqué, disant « prévenir », sans plus de précision, des « conséquences » que pourraient avoir ces déclarations.

Traduction : « Pour respecter la distanciation sociale dans ce restaurent koweïtien, on se tient debout sur le portrait de Macron. »

De son côté, le Jihad Islamique – deuxième groupe armé de Gaza, après le Hamas – a soutenu « qu’offenser » l’islam, et son prophète, était une « ligne rouge » qui « ne pouvait être tolérée ».

En Algérie, le président du Mouvement pour la société de la paix (MSP, tendance Frères musulmans), Abderrezak Makri, a signé un communiqué fustigeant Emmanuel Macron : « Le président français continue d’offenser les musulmans et d’agresser le prophète Mohammed. C’est une agression claire contre chaque musulman sur cette terre. C’est un comportement qui exprime une profonde haine envers l’islam et les musulmans. »

Entre temps, une contre-campagne est menée par des voix émiraties et saoudiennes critiquant ces appels au boycott des produits français et appelant plutôt à boycotter les produits turcs, puisque, comme l’écrit le journaliste saoudien Odhwan al-Ahmari, « la Turquie est l’ennemi numéro un de l’Arabie saoudite et non la France ».

Samedi, Emmanuel Macron a répliqué vertement aux nouvelles attaques de son homologue turc Recep Tayyip Erdoğan et a rappelé à Paris l’ambassadeur de France, un acte diplomatique rare.

La présidence française a dénoncé auprès de l’AFP les propos jugés « inacceptables » du président turc – qui avait mis en question « la santé mentale » d’Emmanuel Macron en raison de son attitude envers les musulmans –, mais aussi noté « l’absence de messages de condoléances et de soutien du président turc après l’assassinat de Samuel Paty », une semaine après son assassinat.

Le ministère turc des Affaires étrangères a réfuté ces propos, indiquant que « la Turquie, qui lutte depuis des années contre toutes les sortes de terreur et de violences, a été attristée par le meurtre de Samuel Paty » et que l’ambassadeur de Turquie en France, Ismail Hakki Musa, avait bien présenté ses condoléances dans un tweet paru le jour même de l’assassinat, où il écrivait en français : « Horrifié par le meurtre atroce d’un professeur à Conflans-Sainte-Honorine. Rien ne peut justifier cela. Mes condoléances à ses proches ».