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France : les « états généraux de la laïcité » accusés d’être au service « du politique »

À droite comme à gauche, les critiques fusent pour accuser le gouvernement français de vouloir, derrière le débat, utiliser la laïcité contre l’islam
Pour Marlène Schiappa, les « états généraux de la laïcité » sont l’occasion de « faire vivre la laïcité partout sur le territoire, d’en faire la pédagogie et de lutter contre les fake news » (AFP)
Pour la ministre déléguée à la Citoyenneté Marlène Schiappa, les « états généraux de la laïcité » sont l’occasion de « faire vivre la laïcité partout sur le territoire, d’en faire la pédagogie et de lutter contre les fake news » (AFP)

« Inutiles », « une triste farce », « instrumentalisation politique » : les « états généraux de la laïcité » voulus par le gouvernement français, qui se sont ouverts mardi au Conservatoire national des arts et métiers à Paris, ont déjà suscité de virulentes réactions dans la sphère intellectuelle française, dans le paysage politique et sur les réseaux sociaux. 

L’objectif initial de ces trois mois de débats : toucher la jeunesse et avoir une conversation sereine sur ce sujet « inflammable ». 

Défigurer la laïcité au nom de la laïcité
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Au programme jusqu’à l’été : des tables rondes et des groupes de travail sur la liberté d’expression, la recherche, la jeunesse, l’intégration citoyenne, les droits des femmes, avec des « cartes blanches » confiées à des associations, comme la Ligue internationale contre la racisme et l’antisémitisme (LICRA), « pour faire vivre le débat ».

De nombreuses personnalités sont attendues, dont l’essayiste Caroline Fourest et les philosophes Henri Peña-Ruiz et Gaspard Koenig.

Par ailleurs, une « grande consultation » est lancée « auprès de 50 000 jeunes, invités à répondre à la question « comment faire vivre la laïcité au quotidien », à l’adresse laicite.make.org

À la fin de l’été, les résultats seront restitués lors d’un « forum », les initiatives et bonnes pratiques de terrain seront rendues publiques.

Officiellement, selon la ministre déléguée à la Citoyenneté Marlène Schiappa, « le principe de laïcité doit être réaffirmé ». Ce « trésor inestimable », ce « ciment de la citoyenneté », « n’est en aucun cas une arme contre les religions », a-t-elle insisté, en concédant que « la discussion » sur ce sujet était « inflammable », alors qu’elle « devrait tous nous réunir » et que « différentes approches existent ».

Ce principe, « pas seulement juridique, mais aussi philosophique et politique », fait aujourd’hui « l’objet de remises en cause » et « d’entorses », a-t-elle regretté, plaidant pour se donner « de nouveaux outils pour lutter contre les phénomènes d’entrisme, contre le prosélytisme abusif ».

Mais avant même son lancement, l’événement comptait déjà de nombreux détracteurs qui lui reprochent, pour l’essentiel, d’être animé par une arrière-pensée « politique ». Aurélien Taché, député ex-La République en marche (majorité au pouvoir), voit par exemple dans ces états généraux « une opération de communication grotesque ».

« Outil de propagande »

À droite, l’éditorialiste du Figaro Ivan Rioufol qualifie ces derniers d’« énième mascarade macronienne » : « Reprenant le cliché de la ‘’tenaille identitaire’’, en vogue dans les rangs de la ‘’gauche républicaine’’, Mme Schiappa entend ‘’sortir de la tenaille entre, d’un côté, les identitaires d’extrême droite et, de l’autre, les indigénistes et Europe-Écologie-les Verts’’. »

À gauche, le député France insoumise Éric Coquerel estime que Marlène Sciappa « recycle la vision de la laïcité qu’ils ont, une arme de guerre contre une seule religion », l’islam, et servant « à pointer nos concitoyens de religion musulmane comme des boucs émissaires ».

Dès dimanche, le syndicat CFDT (gauche) avait demandé d’« arrêter de faire de la laïcité un objet d’agitation médiatique permanent ».

« Que [la laïcité] devienne un outil de propagande est absolument scandaleux », a aussi dénoncé l’eurodéputé écologiste Yannick Jadot. 

Le président de la LICRA (Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme), Mario Stasi, a au contraire souligné que si cela permettait de « sortir avec des propositions concrètes dans le respect de la loi 1905 », il n’y voyait « que des avantages ».

La loi de 1905 fixe les grands principes de cette laïcité : la République assure la liberté de conscience mais ne reconnaît et ne finance aucun culte, deux piliers qui ont permis de trouver un équilibre sur la place des religions dans le pays dans un climat qui s’est apaisé au cours du siècle dernier.