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Réfugiés afghans : levée de boucliers contre les propos de Macron

Le président français a averti contre « des flux migratoires irréguliers importants » qui seraient conséquents à la prise du pouvoir des talibans en Afghanistan
Allocution télévisée du président français Emmanuel Macron sur l’Afghanistan, le 16 août 2021 (AFP)
Allocution télévisée du président français Emmanuel Macron sur l’Afghanistan, le 16 août 2021 (AFP)
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« Le gouvernement d’Emmanuel Macron doit cesser de s’engager dans des politiques et discours empruntés à l’extrême droite. Sixième puissance économique mondiale, la France a les moyens d’accueillir les exilé-es d’Afghanistan. Surtout, nous en avons le devoir historique ! »

C’est ainsi que réagissent plusieurs ONG en France – La Cimade, le Syndicat des avocats de France, le Gisti, la Ligue des droits de l’homme, les Avocats pour la défense du droit des étrangers, le Syndicat de la magistrature – à la suite des propos du président français, lundi 16 août, qui a appelé à « anticiper et nous protéger contre des flux migratoires irréguliers importants » après la chute de Kaboul aux mains des talibans.

Selon le quotidien Le Parisien, « plusieurs responsables politiques ont voulu pousser le président de la République sur la question de l’immigration. C’était le cas notamment de [la présidente du Rassemblement national] Marine Le Pen et du président de la région Hauts-de-France et candidat à l’élection présidentielle Xavier Bertrand [Divers droite]. »

« Nous n’avons pas du tout à rougir, car nous sommes l’un des pays qui accueillent le plus d’Afghans et qui leur donnent le plus de protection », a souligné l’Élysée à l’AFP.

Dans le contexte de crise liée au retour des talibans au pouvoir, « la France est très attentive à la situation des Afghans », considère la présidence française, mais « cela n’empêche pas – ce qui serait faire preuve de naïveté et de manque de responsabilité – d’être très ferme face aux trafics et aux réseaux qui profitent de la misère et de la peur » de ceux qui souhaitent quitter le pays.

Les positions du président Macron ont provoqué la colère à gauche. Le député écologiste (ex-La République en marche) Matthieu Orphelin l’a accusé d’entretenir une « confusion entre asile et immigration irrégulière », tandis que le président de SOS Racisme, Dominique Sopo, a affirmé que « les personnes qui fuient la guerre, l’oppression et la mort » n’étaient pas « des flux migratoires irréguliers », rapporte l’AFP.

Le candidat à la primaire écologiste Yannick Jadot s’est dit « sidéré » d’entendre « que les femmes, les hommes et les enfants qui fuient l’enfer des talibans sont d’abord une menace », et le maire de Grenoble, Éric Piolle (Europe Écologie-Les Verts), a estimé que « Macron fait honte à la France ».

Même indignation chez les députés La France insoumise, où Adrien Quatennens a accusé le chef de l’État de « rabougrir la France », tandis que Clémentine Autain et Éric Coquerel dénonçaient une réponse « sordide ».

Les ONG signataires de l’appel estiment que « pour l’ouverture de voies légales d’accès pour la protection des Afghan-es », les propos du président français sont « indignes de la tradition française de l’accueil et de l’asile ».

« Indigne comme l’abandon des Afghanes et Afghans qui ont servi comme personnel civil de l’armée française de 2001 à 2014, accueillis au compte-gouttes par la France malgré les déclarations et promesses de François Hollande et d’Emmanuel Macron et à qui la France refusait encore il y a quelques semaines la délivrance de visas malgré leurs cris d’alerte », lit-on dans l’appel.

Les organisations signataires dénoncent également « les atermoiements, pendant des années, pour accorder des visas aux milliers de membres de familles des Afghanes et Afghans à qui la France a accordé la protection », ainsi que « le harcèlement par la police dont sont victimes les exilé-es afghan-es dans les rues de nos villes ».

Elles rappellent que « [la chancelière allemande] Angela Merkel a annoncé le rapatriement de 10 000 Afghanes et Afghans, ne se limitant pas au personnel ayant travaillé pour les autorités allemandes en Afghanistan. Le Royaume-Uni a annoncé qu’il n’exigerait pas de passeport pour permettre aux demandeurs d’asile afghans de rejoindre le sol britannique ».

Traduction : « Nous avons un engagement durable envers le peuple afghan et nous le respecterons. Un nouveau programme de réinstallation créera une voie sûre et légale pour ceux qui en ont le plus besoin pour venir vivre en toute sécurité au Royaume-Uni. »

La Cimade et les autres ONG estiment que « l’insuffisance des moyens que le gouvernement français entend déployer est insupportable, tout comme l’annonce de la fermeture des frontières européennes aux exilé-es afghan-es et la sous-traitance de l’asile aux pays limitrophes ».

« Nous exigeons l’arrêt des procédures issues du règlement de Dublin, le retrait de toute mesure d’éloignement à l’encontre de demandeurs d’asile afghans et l’accord accéléré de la protection qu’ils doivent recevoir en France afin de leur permettre d’accéder à l’emploi et à un hébergement dignes », poursuivent ces organisations.

« Le personnel civil ayant travaillé pour les autorités françaises et les magistrat-es et avocat-es afghan-es ne sont pas les seul-es que le France doit rapatrier. Contrairement à ce qui a été jugé il y a quelques mois par la Cour nationale du droit d’asile, il y a pour chaque Afghan ou Afghane un risque réel de menace grave contre sa vie et sa personne : il est impératif et urgent de renoncer aux décisions indignes aboutissant à l’expulsion de milliers d’Afghans ».