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Libération de Sophie Pétronin : déchaînement haineux en France

L’ex-otage française au Mali, libérée le 8 octobre, a été attaquée par certains segments de la société, en particulier ou notamment pour sa conversion à l’islam

Sophie Pétronin, le 8 octobre 2020, à Bamako avec son fils juste après sa libération (AFP)
Sophie Pétronin, le 8 octobre 2020, à Bamako avec son fils juste après sa libération (AFP)
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La libération de l’otage française Sophie Pétronin, jeudi 8 octobre, des mains de ses ravisseurs après 1 384 jours de détention n’a pas suscité en France que soulagement et bonheur de voir cette humanitaire de 75 ans rentrer chez elle saine et sauve.

Deux types de réactions assez violentes ont accueilli cette nouvelle. Une certaine opinion s’interroge sur le « prix » que la France a dû payer en matière de sécurité, alors que 200 membres de groupes islamistes armés avait été libérés quelques jours avant au Mali. D’autres réactions, dans la fachosphère, s’attardent sur la conversion à l’islam de l’ex-otage.

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Sur le magazine en ligne Front populaire, cofondé par le philosophe Michel Onfray, on peut lire le texte de l’écrivaine Nathalie Bianco : « Si j’avais un fils militaire engagé au Mali, je ne pourrais pas empêcher que résonnent dans ma tête les hurlements de joie du fils de Sophie Pétronin en comparaison du silence des familles face aux cercueils rapatriés de leur enfants, tombés là-bas. Je crois qu’alors je tendrais l’oreille pour entendre une parole de compassion pour eux, un merci, même maladroit. Je crois que c’est ce silence-là qui me ferait le plus mal. Il me semble que chaque parole, chaque déclaration de Sophie Pétronin me ferait l’effet d’une gifle. »

« Pourquoi vous les appelez djihadistes ? » 

Ce passage fait référence aux déclarations de l’ex-otage sur RFI, où elle refuse de qualifier ses ravisseurs de « djihadistes » ou « terroristes ». « Appelez-les comme vous voulez », répond-elle au journaliste de RFI. « Moi, je dirais que ce sont des groupes d’opposition armée au régime. Il y a eu celle de 1990. En 1996, ils ont signé des accords de paix. Si nous voulons la paix réellement au Mali, il faut que chacun respecte son engagement. »

Quand le reporter la relance : « Ce ne sont pas des djihadistes, vos ravisseurs ? », elle réagit : « Pourquoi vous les appelez djihadistes ?  Parce qu’ils font le djihad ? Vous savez ce que ça veut dire en français ? Djihad, c’est ‘‘guerre’’ […], c’est une guerre entre des groupes d’opposition armée au régime, ils trouveront le chemin pour la paix. Je leur souhaite en tout cas vivement. »

De son côté, la présidente du Rassemblement national (RN, extrême droite), Marine Le Pen, n’a pas raté l’occasion pour revenir sur ce qui a été présenté comme un accord pour libérer Sophie Pétronin en déclarant sur une chaîne de télévision : « Cent à deux-cents djihadistes auraient été libérés en contrepartie de la libération de Sophie Pétronin. Je demande au président de la République de nous donner des informations. Est-ce que la France a donné son accord pour la libération de ces djihadistes ? »

« Notre armée se bat là-bas, et l’idée qu’elle se retrouve, demain, face à des djihadistes qu’elle aura contribué à arrêter qui pourraient commettre à nouveau des assassinats visant notre armée… », a-t-elle poursuivi sans terminer sa phrase.

L’éditorialiste du Figaro Yves Thréard va dans le même sens : « [Sophie Pétronin] refuse de voir en ses anciens ravisseurs des djihadistes. Sa vision du conflit sahélien dérange, détonne, révolte même nombre de Français. Pourquoi continuer à payer le prix du sang de nos militaires pour entendre de tels propos ? »

Le journaliste estime même que la posture de l’ex-otage a créé une « gêne » chez le président Emmanuel Macron, qui aurait finalement changé d’avis en ne prononçant pas son discours en accueillant Sophie Pétronin.

« Il est important que ce moment d’union nationale soit respecté, vis-à-vis de Sophie Pétronin et de ses proches. Pour ce qui est du terrain, il faut rappeler que c’est l’État malien qui a relâché ces djihadistes, afin d’obtenir la libération de Soumaïla Cissé, figure éminente de la vie politique dans le pays », a nuancé Étienne Dignat, enseignant à Science Po Paris, spécialiste de prises d’otage et auteur d’une thèse sur le sujet.

Pour l’expert Claude Moniquet, « la majorité [des prisonniers relaxés par Bamako] n’est pas des djihadistes ‘‘dangereux’’ mais de ‘‘petites mains’’ impliquées dans des trafics ou de la logistique connexe à l’activité [d’al-Qaïda au Maghreb islamique] au Mali. Seuls entre dix et vingt détenus libérés peuvent être considérés comme ‘’dangereux’’ ou, au moins, ‘’intéressants’’ ».

L’autre « polémique » qui a drainé de violents messages de haine contre l’ex-otage est son annonce de conversion à la religion musulmane durant sa captivité et son nouveau prénom, Meriem.

« Mamie Daech ! »

« Mme Sophie Pétronin est sans doute une personne généreuse, mais enfin : elle apparaît voilée, convertie à l’islam, invoque Allah, ne tarit pas d’éloges sur ses ravisseurs, veut retourner au Mali. On se demande : fallait-il vraiment en faire autant pour la ‘’libérer’’ à ce prix ? », écrit Bruno Gollnisch, membre du bureau national du RN.

Le site d’information de droite Atlantico va plus loin, titrant un de ses articles « On croyait libérer une mère Teresa : on a libéré une mamie Daech ! ».

« Meriam Pétronin a déjà fait beaucoup pour le djihad. Et peut faire encore plus. Elle entend revenir à Gao où elle s’occupait d’un orphelinat. Comme ça, ses frères djihadistes pourront l’enlever à nouveau. La France fera alors des pieds et des mains pour qu’elle soit relâchée. On paiera quelques millions d’euros et on fera libérer des centaines de djihadistes. Voilà qui redonnera de la vigueur à un djihad qui sans elle risquerait de s’essouffler », écrit Benoît Rayski, un essayiste qui se définit lui-même comme « islamophobe ».

Ces attaques ont fait réagir quelques voix en France, comme la chroniqueuse de France Inter Sophia Aram : « Comment leur dire que Sophie Pétronin n’est pas la première otage à choisir de transformer la douleur de la détention en opportunité de quête spirituelle et que évidement, si elle avait vu la Vierge, j’imagine que l’accueil aurait été assez différent… ».