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Entre 2015 et 2020, Paris a continué à vendre des armes à Moscou

Malgré l’embargo européen contre la Russie depuis 2014, la France a fourni à l’armée russe du matériel militaire de haute technologie, selon un média d’investigation
Emmanuel Macron teste un casque Topowl, en mai 2016, lors du salon de l’armement Eurosatory (© Thales)
Emmanuel Macron teste un casque Topowl, en mai 2016, lors du salon de l’armement Eurosatory (© Thales)
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La France a signé, entre 2015 et 2020, des contrats d’armement avec la Russie d’un montant de 152 millions d’euros et a délivré 76 licences d’exportation de matériel de guerre au profit de Moscou.

C’est ce que révèle le média d’investigation en ligne Disclose, qui cite des documents « confidentiel-défense » et des sources ouvertes, notamment le dernier rapport du Parlement français sur les exportations d’armement.

D’après l’enquête de Disclose, « ces exportations concernent essentiellement des caméras thermiques destinées à équiper plus de 1 000 tanks russes, ainsi que des systèmes de navigation et des détecteurs infrarouges pour les avions de chasse et les hélicoptères de combat de la force aérienne russe ».

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Les principaux bénéficiaires de ces marchés sont les sociétés Thales et Safran, dont l’État français est le premier actionnaire.

Disclose rappelle que « l’Union européenne impose depuis le 1er août 2014 un embargo sur les armes à destination de la Russie. Une décision qui fait suite à l’annexion de la Crimée, en février 2014, à l’autoproclamation des républiques séparatistes pro-russes de Louhansk et Donetsk deux mois plus tard, et au crash d’un Boeing 777 abattu par un missile russe en juillet de la même année ».

Malgré cet embargo, et malgré l’escalade militaire avec l’Ukraine, « la France a discrètement équipé l’armée de Vladimir Poutine avec des technologies militaires dernier cri. Du matériel qui a contribué à moderniser les forces terrestres et aériennes de la Russie, et qui pourrait aujourd’hui être utilisé dans la guerre en Ukraine ». 

Car même si Paris avait renoncé, sous la pression des alliés européens et des États-Unis, à vendre deux navires Mistral à la Russie en 2015, des contrats d’armements plus discrets étaient toujours en cours.

« La France a donné un atout militaire à Poutine »

Apparemment, les gouvernements de François Hollande puis d’Emmanuel Macron « ont profité d’une brèche dans l’embargo européen : il n’est pas rétroactif. En clair, les livraisons liées à des contrats signés avant l’embargo peuvent être maintenues ».

Mais la Commission européenne a rappelé à Disclose « que ces exportations sont censées respecter ‘’la position commune de 2008’’ [qui] stipule que les États membres doivent refuser les exportations d’armement dès lors qu’elles peuvent provoquer ou prolonger un conflit armé. Un risque bien présent en Ukraine ».

« Un paradoxe, alors qu’Emmanuel Macron s’active depuis des années sur la scène internationale pour privilégier la voie diplomatique en Ukraine, plutôt que celle des armes », souligne Disclose.

« En décidant de poursuivre ces livraisons à la Russie au moins jusqu’en 2020, conclut le média, la France a donné un atout militaire de plus à Vladimir Poutine, dont l’armée est déjà en supériorité numérique face aux Ukrainiens. Un soutien embarrassant à celui que le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a qualifié, au déclenchement de la guerre, de ‘’dictateur’’. »