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Les dirigeants irakiens hués lors des funérailles du grand poète Muzaffar al-Nawab

Le Premier ministre a été obligé de quitter la cérémonie face à la colère des jeunes Irakiens
Procession pour les obsèques du poète Muzaffar al-Nawab, à Nadjaf, le 21 mai 2022 AFP/Qassem al-Kaabi)
Procession pour les obsèques du poète Muzaffar al-Nawab, à Nadjaf, le 21 mai 2022 AFP/Qassem al-Kaabi)

Les Irakiens ont accompagné en nombre et avec ferveur, samedi, le grand poète Muzaffar al-Nawab, décédé vendredi à l’âge de 88 ans.

Le poète engagé est décédé dans un hôpital des Émirats arabes unis, au terme d’un long combat contre la maladie, a annoncé le ministère de la Culture irakien. « Il reste vivant dans l’esprit de tous ceux qui chantent ses poèmes immortels », a réagi sur Twitter le président irakien Barham Saleh.

Traduction : « Funérailles du célèbre poète Muzaffar al-Nawab à Bagdad, célèbre pour ses idéaux révolutionnaires et son utilisation révolutionnaire de la langue. »

Né en 1934 dans une famille de la haute société de Bagdad, diplômé de la faculté des lettres, Nawab s’est fait connaître pour ses poèmes à l’ardeur révolutionnaire et à la gouaille populaire marqués par son engagement communiste et ses critiques des dictatures arabes.

Exil

Ses positions politiques le mèneront en prison et le jetteront sur la route de l’exil, en Iran, puis à Damas et à Beyrouth, mais aussi dans les capitales européennes.

En 1963, le communiste est contraint de quitter l’Irak au régime nationaliste pour rallier clandestinement l’Iran. Arrêté, il sera livré à la police politique de son pays, puis condamné à mort, mais sa sentence sera allégée en prison à vie, raconte le site Internet Adab, spécialisé dans la poésie arabe.

Quelques minutes avant l’enterrement du poète à Nadjaf, dans le sanctuaire de l’Imam Ali (AFP/Qassem al-Kaabi)
Quelques minutes avant l’enterrement du poète à Nadjaf, dans le sanctuaire de l’Imam Ali (AFP/Qassem al-Kaabi)

Il prendra la fuite d’une prison au sud de Bagdad mais sera de nouveau arrêté quelques années plus tard.

Il est présenté comme l’un des principaux poètes à avoir introduit le parler populaire irakien dans ses œuvres. 

Exilé à l’époque du dictateur déchu Saddam Hussein, sa dernière visite en Irak remonte à 2011, après le retrait des troupes américaines qui ont envahi le pays en 2003. Il avait été accueilli en grande pompe par la présidence.

Jamais marié et sans enfant, il était aux Émirats pour suivre un traitement médical.

Vendredi, le Premier ministre irakien Moustafa al-Kazimi a demandé à ce que son corps soit rapatrié en Irak par avion ministériel.

« Pourquoi Muzaffar est-il mort aux Émirats ? »

Ses poèmes ont été repris en masse lors du soulèvement populaire inédit de l’automne 2019 contre une classe politique accusée de mauvaise gouvernance et de corruption endémique.

« Pourquoi Muzaffar est-il mort aux Émirats ? Parce que vous gouvernez l’Irak depuis dix-neuf ans. Parce que les hôpitaux de Bagdad ne soignent pas les patients. Parce que le pays n’est pas vivable sous le règne de vos milices et de vos turbans », a tweeté vendredi le journaliste irakien Omar al-Janabi.

La procession funéraire qui a rassemblé des centaines de personnes à Bagdad a été l’occasion pour de jeunes Irakiens de brocarder la classe politique, notamment le Premier ministre Moustafa al-Kazimi, obligé d’écourter sa présence aux obsèques.

Traduction : « Aujourd’hui, durant ses funérailles, Muzaffar al-Nawab a récité son dernier poème contre les despotes à travers son public si nombreux [présents aux obsèques]. Merci Aba al-Adl [surnom du poète] car, vivant comme mort, tu ne t’es pas tu. »

« Pour ceux qui réclament de respecter les funérailles, je leurs dis que le meilleur respect dû au poète Muzaffar al-Nawab aurait été de chasser les corrompus de cette procession », twitte un autre jeune internaute irakien.