Aller au contenu principal

La révocation d’une juge pour « adultère » scandalise la Tunisie

La magistrate Kheira Benkhelifa a dénoncé un « complot » fomenté, selon elle, par des proches du président tunisien
Le président tunisien a assumé les accusations contre la magistrate évoquant une « affaire de moeurs » (AFP/Johanna Geron)
Le président tunisien a assumé les accusations contre la magistrate, évoquant une « affaire de mœurs » (AFP/Johanna Geron)
Par

Après la révocation de 57 juges pour « dissimulation d’affaires terroristes », « corruption », « harcèlement sexuel », « collusion » avec des partis politiques et « perturbation du fonctionnement de la justice » le 1er juin dernier, le président tunisien semble assumer une nouvelle dérive en portant atteinte au respect de la vie privée d’une magistrate, Kheira Benkhelifa.

Lors d’une réunion officielle, Kais Saied a évoqué le cas de la juge, « prise en flagrant délit dans une affaire de mœurs ».     

La magistrate, qui fait partie des 57 juges révoqués par le chef de l’État, a expliqué à des médias locaux qu’en décembre 2020, elle avait accueilli le soir, dans le salon de sa maison, un homme avec lequel elle avait une liaison, qui a eu un malaise et ne pouvait quitter le domicile de la juge à cause du couvre-feu.

C’est à ce moment-là que des forces de sécurité ont investi la maison, dressant un procès-verbal sur place, l’accusant d’obstruction à une perquisition et de « délit de mœurs ». Elle a même été obligée de subir un test de virginité.

La magistrate dit être victime d’une virulente campagne sur les réseaux sociaux depuis juillet 2021. « Un complot fomenté par Atika Chebil, belle-sœur du président Kais Saied, parce que je me suis opposée au fait qu’elle [Atika Chebil] me demande un acte juridique illégal », a déclaré la juge, en référence à une affaire d’avantages pour une entreprise en pleine procédure judicaire.

La campagne contre la magistrate Kheira Benkhelifa s’est intensifiée après sa révocation. Le fameux test de virginité a été publié sur les réseaux sociaux, avec des notifications intrusives dans la vie privée de la juge.

Ce dernier fait et les déclarations du président tunisien sur cette affaire ont fait réagir plusieurs ONG, qui ont condamné ces procédés et exigé de Kais Saied qu’il présente ses excuses à la magistrate.

L’Association tunisienne de défense des libertés individuelles a appelé le président tunisien à « éviter d’utiliser la vie privée pour liquider ses adversaires », ajoutant que ces « méthodes rappel[aient] à la société tunisienne les pratiques de l’ancien régime de Zine el-Abidine Ben Ali ».   

« Qui réhabilitera cette dame si le plus haut niveau de l’État a touché à sa dignité ? », s’est exclamée, de son côté, la présidente d’honneur de l’Association des juges tunisiens, Rawda al-Qarafi.

Les magistrats tunisiens ont entamé, le lundi 6 juin, une grève générale en protestation contre les décisions de révocation du président Saied.