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Au large du Yémen, un scénario « pire » que celui de l’Exxon Valdez se prépare

La mer Rouge et les Yéménites se retrouvent pris en otage par la guerre que se livrent le gouvernement internationalement reconnu du Yémen et les Houthis autour d’un vieux tanker abandonné qui risque de se briser à tout moment
Ce vieux tanker de 45 ans, ancré depuis 2015 à sept kilomètres du port de Hodeida (ouest du Yémen), contrôlé par les Houthis, n’est plus entretenu depuis le début de la guerre (Facebook)
Ce vieux tanker de 45 ans, ancré depuis 2015 à sept kilomètres du port de Hodeida (ouest du Yémen), contrôlé par les Houthis, n’est plus entretenu depuis le début de la guerre (Facebook)
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Quelque 115 des îles de la mer Rouge perdraient leur biodiversité et leurs habitats naturels, 126 000 pêcheurs yéménites perdraient leur seule source de revenu, 969 espèces de poissons seraient tuées par les nappes de pétrole, 300 espèces de récifs coralliens disparaîtraient, 57 sites d’oiseaux migrateurs se retrouveraient pollués, menaçant 1,5 million de ces animaux.

Si les chiffres, donnés par le groupe environnemental yéménite Holm Akhdar (« rêve vert » en arabe), sont aussi alarmistes, c’est que le risque que fait peser le FSO Safer au large du Yémen est immense.

Le pétrolier, abandonné au large du Yémen, contient 1,1 million de barils de brut. Et une voie d’eau signalée récemment dans la salle des machines pourrait rapidement, si elle venait à s’ouvrir, mener à une pollution sans précédent en mer Rouge.

Ce vieux tanker de 45 ans, ancré depuis 2015 à sept kilomètres du port de Hodeida (ouest), contrôlé par les Houthis, n’est plus entretenu depuis le début de la guerre.

Alors que le Conseil de sécurité de l’ONU doit tenir une réunion spéciale à ce sujet le 15 juillet, les Houthis ont finalement donné leur accord à une inspection menée par une équipe onusienne qu’ils refusaient jusque-là. Les experts de l’ONU devraient effectuer des réparations légères et déterminer les étapes à venir.

« Le tuyau a éclaté, envoyant de l’eau dans la salle des machines et créant une situation vraiment dangereuse », a déclaré Ian Ralby, PDG de IR Consilium, un cabinet de conseil maritime qui suit la situation de près. Outre la corrosion, des gaz risquent d’exploser dans les cuves et une fuite dans un tuyau de refroidissement a été détectée en mai.

Traduction : « Ces images de la fuite récente dans les tuyaux de refroidissement du FSO Safer montrent l’étendue de la corrosion sur le navire et l’urgence de la nécessité de sauver [le tanker]. »

D’un côté, les Houthis veulent récupérer le pétrole à bord pour payer les salaires de leurs employés. De l’autre, le gouvernement yéménite a mis en garde contre « la plus grande catastrophe environnementale au niveau régional et mondial », qui serait beaucoup plus importante que la marée noire de l’Exxon Valdez en 1989, lors de laquelle 40 000 tonnes de pétrole s’étaient déversées dans les eaux de l’Alaska, lors de qui est considéré comme le pire désastre environnemental causé par l’homme.

Le Premier ministre du Yémen, Maïn Abdelmalek Saïd, a appelé jeudi la communauté internationale à punir les Houthis pour avoir empêché une inspection de l’ONU, et déclaré que la valeur du pétrole devrait être dépensée pour la santé et les projets humanitaires.

Le chargement est évalué à 40 millions de dollars, soit la moitié de ce qu’il était avant la baisse du prix du brut, et encore moins selon des experts qui parlent d’une cargaison « de mauvaise qualité ».

« Une bombe à retardement »

Le secrétaire d’État américain, Mike Pompeo, qui a qualifié le tanker de « bombe à retardement », a averti récemment que celui-ci pourrait « dévaster l’écosystème de la mer Rouge » et perturber les principales voies de navigation.

Si le navire se brise, « vous allez avoir deux catastrophes », a averti de son côté Lise Grande, coordinatrice humanitaire de l’ONU pour le Yémen. « Il y aura une catastrophe environnementale sans égale […] et ce sera une catastrophe humanitaire car le pétrole rendra le port de Hodeida inutilisable », a-t-elle déclaré à l’AFP.

Mais le dossier n’est pas nouveau : en juin 2019 déjà, le secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et coordonnateur des secours d’urgence à l’ONU, Mark Lowcock, prévenait déjà qu’en cas de déversement, le pétrole du Safer pourrait s’étendre de Bab el-Mandeb au canal de Suez et potentiellement jusqu’au détroit d’Ormuz.

Traduction : Michael Aron, ambassadeur britannique au Yémen, le 5 juin : « Le récent déversement de 20 000 tonnes de fuel en Russie cause d’énormes dégâts environnementaux en Sibérie. Le pétrolier Safer au Yémen possède 150 000 tonnes de brut qui dévasteraient la mer Rouge et ses côtes en cas de fuite. Les Houthis doivent permettre à l’ONU de s’attaquer au problème. »

Mais « au milieu d’une pandémie mondiale et en bordure d’une zone de conflit, les chances d’une réponse rapide et adéquate [à une pollution] sont extrêmement faibles », s’inquiètent les experts d’IR Consilium dans un rapport.