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« Cobayes africains » : un officiel sénégalais fustige « l’inconscient colonial » de la France

Des plaintes ont été déposées pour « diffamation raciale » après qu’un chercheur et un médecin français ont évoqué la pertinence de tester un vaccin contre le COVID-19 en Afrique
Depuis vendredi 3 avril, l’inscription « Nous ne sommes pas des rats de laboratoire » commence à inonder la toile africaine (Capture d'écran/Youtube)
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Le porte-parole du président sénégalais Macky Sall a pointé du doigt « l’inconscient colonial » sous-jacent, selon lui, dans les propos d’un chercheur et d’un médecin français ainsi que dans une note diplomatique sur le coronavirus.

Dans une tribune aux accents personnels publiée dimanche, Abdou Latif Coulibaly a réagi aux déclarations – qui ont suscité de vives expressions d’indignation en Afrique – de Camille Locht, chercheur de l’Institut français de la recherche médicale (INSERM), et Jean-Paul Mira, chef du service de réanimation de l’hôpital Cochin à Paris, ainsi qu’à une note du Centre d’analyse, de prévision et de stratégie (CAPS) du Quai d’Orsay datée du 24 mars.

« Régimes fragiles », « en bout de course »

Dans des propos diffusés mercredi par la chaîne française LCI, Camille Locht et Jean-Paul Mira évoquaient la pertinence éventuelle d’une étude qui pourrait être menée en Afrique autour du vaccin BCG contre le COVID-19, avec la même approche que des études conduites sur les prostituées contre le sida.

La note du CAPS, elle, met en garde contre le risque que le COVID-19 ne balaie des « régimes fragiles » ou « en bout de course » en Afrique, et incite à anticiper les crises possibles en approchant de futurs interlocuteurs.

Abdou Latif Coulibaly dit avoir été « choqué, comme beaucoup de citoyens africains, traumatisés même », par « le mépris affiché pour la vie des Africains, marqueurs d’un racisme qui s’ignore certainement », de la part du chercheur et du médecin.

Ces propos dénotent une « bêtise que je pense congénitale, car elle est [le] produit d’une histoire coloniale aux séquelles dévastatrices », estime-t-il.

La note du CAPS est rédigée « dans le même esprit », ajoute-t-il.

Ce que l’universitaire et critique palestino-américain Edward Saïd identifiait chez l’écrivain Albert Camus comme manifestant « l’inconscient colonial peut être répété concernant beaucoup d’intellectuels et d’officiels occidentaux dans leur rapport à l’Afrique », poursuit le porte-parole du président sénégalais.

Le chercheur et le médecin ont présenté leurs excuses. L’INSERM a déclaré que la vidéo avait été tronquée et avait donné lieu à des interprétations « erronées ». Jean-Paul Mira, cité dans un communiqué des Hôpitaux de Paris, a plaidé la maladresse.

Colère et indignations 

Les Affaires étrangères françaises ont déclaré pour leur part que leurs paroles « ne reflétaient pas la position » de la France. Même chose pour la note du CAPS, qui ne vise qu’à alimenter « la réflexion interne », a affirmé le Quai d’Orsay.

Le Club des avocats au Maroc a décidé de porter plainte contre Jean-Paul Mira pour « diffamation raciale ». 

Depuis vendredi 3 avril, l’inscription « Nous ne sommes pas des rats de laboratoire » commence à inonder la toile africaine. 

Le député français M’jid El Guerrab a annoncé qu’il saisissait le procureur de Paris après des propos jugés racistes.

La star ivoirienne du football Didier Drogba, qui a évolué en France pendant plusieurs années, a vivement réagi sur les réseaux sociaux : « Il est inconcevable que nous continuions à accepter ceci. L’Afrique n’est pas un laboratoire. Je dénonce vivement ces propos graves, racistes et méprisants ! ».