Aller au contenu principal

Coronavirus au Moyen-Orient : les réactions les plus farfelues

Les conseils – bons et mauvais – pullulent sur les réseaux sociaux alors que les habitants de la région sont aux prises avec l’épidémie
Deux femmes posent pour un selfie devant l’hôpital Rafik Hariri de Beyrouth, au Liban (Reuters)

Il y a un peu plus d’un mois, le premier cas de coronavirus au Moyen-Orient a été enregistré aux Émirats arabes unis. Depuis, le virus – officiellement désigné sous le nom de COVID-19 – s’est propagé rapidement dans la région. 

Il touche maintenant la majorité des pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, l’Iran comptant le plus grand nombre de morts en dehors de la Chine. 

Les gouvernements, les autorités religieuses, les agents de santé et les citoyens lambda ont trouvé des moyens uniques et souvent peu orthodoxes de faire face à l’épidémie.

Des remèdes maison les plus insolites aux théories du complot, en passant par des manières inédites de se saluer, voici comment certains au Moyen-Orient et en Afrique du Nord ont réagi face au virus :

1. Théories du complot 

Le coronavirus a vu le jour à Wuhan, en Chine, en décembre dernier et a tué plus de 3 000 personnes dans le pays selon les informations disponibles. 

Exprimant sa sympathie aux Chinois, l’ancien président iranien Mahmoud Ahmadinejad a semblé suggérer que le virus avait été créé délibérément par les ennemis de la Chine pour freiner ses progrès. 

Traduction : « Ma plus profonde sympathie va au peuple et au gouvernement chinois et aux familles respectées des personnes mortes du #Coronavirus fabriqué en laboratoire. J’espère que la nation chinoise, contrairement à la volonté de ses ennemis, surmontera bientôt ce problème imposé et poursuivra ses progrès. »

Une célèbre journaliste saoudienne a développé sa propre théorie du complot. 

Noura Almoteari, qui possède un compte Twitter vérifié et plus de 217 000 abonnés, a accusé le Qatar de payer des milliards « pour développer le virus en Chine ». Elle affirme que l’émirat propage le coronavirus en vue de nuire à l’exposition universelle de 2020, qui doit se tenir à Dubaï aux Émirats arabes unis (EAU), et à la stratégie saoudienne Vision 2030 visant à diversifier l’économie du royaume.

Traduction : « Je pense que le Qatar a composé et propagé le coronavirus et que Doha a payé des milliards pour développer le virus en Chine dans le but de ruiner l’année 2020, qui devait être le début de la réalisation des objectifs de Vision 2030 ainsi que l’Expo 2020 Dubaï et la fin du califat ottoman et de l’accord de Riyad et le retour de la paix au Moyen-Orient »

L’Arabie saoudite, les EAU, l’Égypte et Bahreïn ont rompu leurs liens politiques et économiques avec le Qatar en 2017, irrités par la politique étrangère divergente de l’émirat. 

2. Mesures irréfléchies 

La désinformation ne se limite pas seulement à l’origine du coronavirus, elle concerne également les mesures prises par les autorités pour tenter de lutter contre l’épidémie. 

Au Liban, les écoles ont aspergé les élèves de désinfectant, ce qui pourrait faire plus de mal que de bien comme l’ont signalé des internautes. 

Traduction : « Cela se passe dans une école au #Liban… selon @WHOLebanon pulvériser de l’alcool ou du chlore sur tout le corps ne tuera pas les virus qui ont déjà pénétré dans votre organisme. La pulvérisation de ces substances peut être nocive pour les vêtements ou les muqueuses (c’est-à-dire les yeux, la bouche). #coronavirus »

Les autorités iraniennes ont adopté une stratégie similaire, mais tout le monde n’a pas été convaincu par l’ampleur de l’opération. 

Traduction : « L’#Iran utilise un camion de pompiers des années 1800 pour éliminer le #coronavirus dans les rues avec un petit jet d’eau. #COVID19 »

Pendant ce temps, les tentatives de leur gouvernement pour contenir le virus ont laissé les Égyptiens perplexes. 

Traduction : « Le ministère égyptien de la Santé surveille les restaurants chinois pour empêcher la propagation du coronavirus. »

La décision de contrôler les restaurants chinois a été considérée par beaucoup comme sectaire et malavisée. Selon les recommandations officielles, il est hautement improbable que le coronavirus se propage par les aliments ou les emballages.

Les autorités égyptiennes ont démenti que des contrôles sur des restaurants chinois aient jamais été ordonnés.

3. Remèdes religieux 

Les internautes et les personnalités religieuses ont partagé des conseils préventifs basés sur la théologie et la pratique religieuse. 

Certains s’inspirent des enseignements islamiques pour recommander des aliments qui sont censés protéger du mal.

Traduction : « Pour tous ceux qui s’inquiètent du coronavirus, essayez de suivre la sunna.
“Celui qui déjeune le matin avec sept dattes de ‘al-Ajwa’, rien ne pourra lui nuire ce jour-là, ni poison ni sorcellerie.” [Boukhari/musulman] »

D’autres ont partagé leurs propres idées sur ce qu’il faut consommer – et ce qu’il faut insérer dans votre organisme – pour éviter la maladie. 

Traduction : « L’ayatollah Tabrizian, un éminent religieux et un expert autoproclamé en “médecine islamique”, a publié la liste suivante sur la façon d’éviter le #coronavirus :
* Peignez soigneusement vos cheveux
* Mangez beaucoup de pommes et d’oignons
* Trempez une boule de coton dans l’huile et insérez-la dans votre anus
Vraiment ! »

Dans la ville sainte de Qom en Iran, le responsable du principal sanctuaire chiite a encouragé les fidèles à visiter le site pour se guérir des « maladies spirituelles et physiques ».

Traduction : « Selon le responsable de la prière du vendredi à #Qom Mohammad Saeedi : Nous considérons le sanctuaire de Fatima Masoumeh comme un lieu de guérison. Cela signifie que les gens devraient venir ici pour guérir des maladies spirituelles et physiques. Par conséquent, cet endroit devrait rester ouvert et les gens devraient y venir en nombre. »

Qom est l’épicentre de l’épidémie de coronavirus en Iran et le ministère iranien de la Santé a appelé à plusieurs reprises à la fermeture de ses sites religieux. 

Alors que ces derniers restent ouverts, certains pèlerins ont pris l’initiative bizarre de lécher les sanctuaires.

Traduction : « Alors que la ville de Qom est l’épicentre du #Coronavirus en Iran, les autorités refusent d’y fermer les sanctuaires religieux. Ces gens pro-régime lèchent les sanctuaires et encouragent les gens à les visiter.
Les autorités iraniennes mettent en danger la vie des Iraniens et du monde. »

Depuis, deux des « lèche-sanctuaires » ont été arrêtés. 

Contrairement à Qom, l’Arabie saoudite a temporairement interdit à tous les étrangers et résidents saoudiens d’effectuer le pèlerinage religieux de la oumra dans les villes saintes de La Mecque et de Médine.

4. Saluts alternatifs 

Comme on pense que le coronavirus se propage d’une personne à l’autre, cela a un impact sur la façon dont les gens se saluent.

Les bises et accolades s’avèrent inopportunes, tandis qu’un universitaire a déclaré que « selon la science, se serrer la main est dégoûtant ». 

Les Iraniens ont profité de l’occasion pour trouver de nouveaux moyens inventifs d’interagir.

Traduction : « Pas de bise, pas de poignée de main, pas d’accolade. Une démonstration de la façon dont les Iraniens peuvent se saluer aujourd’hui en ces temps de coronavirus. #Iran »

Traduction : « Éviter les poignées de main. Quelque part en Iran. #Coronavirus »

Un utilisateur de Twitter a souligné qu’une série télévisée populaire turque offrait une salutation appropriée au climat actuel. 

Traduction : « Je voudrais remercier @dirilisertu #Ertugrul d’avoir montré au monde un salut amical #coronavirus »

Certains ne sont pas passés à côté du paradoxe des pays occidentaux qui réduisent les interactions physiques. 

Traduction : « Pas de poignée de main en France pour empêcher la propagation du coronavirus, mais des musulmans se voient refuser la nationalité pour cette même raison. »

5. Danser et chanter pour se remonter le moral 

Dans le contexte de l’épreuve stressante de l’épidémie, le chant et la danse ont apporté un soulagement indispensable à beaucoup.

En Iran, les médecins et infirmières dansent pour garder le moral. 

Traduction : « En #Iran, les médecins, les infirmières et les agents de santé risquent leur vie pour lutter contre le #coronavirus face à une pénurie de ressources et d’équipement, mais ils gardent le moral. »

Traduction : « #Iran : Combattant le #COVID19, les médecins et le personnel médical iraniens ont gardé le moral en dansant une gigue. »

Pendant ce temps, en Algérie, un célèbre influenceur a créé un remix spécial coronavirus d’une chanson populaire, après s’être vu refuser l’entrée en Arabie saoudite pour effectuer la oumra avec sa famille.

De même en Égypte, une chanson de mahraganat – une forme de musique récemment interdite dans le pays – aborde le sujet du virus. 

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.