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« Mécréant », « apostat » : un prédicateur égyptien insulte la mémoire de Béji Caïd Essebsi

Wajdi Ghanim, prédicateur égyptien connu pour ses positions radicales, sera désormais interdit de se rendre en Tunisie et un membre d’Ennahdha a demandé à ce que son titre de séjour en Turquie, où il vit exilé, lui soit retiré
Le prédicateur Wajdi Ghanim est connu pour ses positions extrémistes (capture d’écran)
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Alors que les hommages ont afflué du monde entier après le décès du président tunisien, le prédicateur égyptien Wajdi Ghanim s’est félicité de cette disparition sur sa page Facebook en traitant Béji Caïd Essebsi de kafir (mécréant) qui « ne mérite pas la miséricorde de Dieu ».

Le prédicateur controversé, connu pour ses positions « extrémistes », a également déclaré que le président tunisien avait « troqué le Coran contre la Constitution » et qu’il méritait à ce titre « un châtiment divin ».

Ses propos ont suscité l’indignation des Tunisiens qui ont signalé sa page, entraînant le retrait du post.

Devant l’ampleur de la polémique, les autorités tunisiennes ont réagi. Le chef du gouvernement, Youssef Chahed, a décidé d’interdire au prédicateur l’accès au territoire tunisien. C’est ce qu’a annoncé le porte-parole du gouvernement, Iyed Dahmani, dans une déclaration à l’agence Tunis Afrique Presse (TAP).

Traduction : « #Tunisie : ‘‘Le Premier ministre Youssef Chahed a décidé d’interdire l’accès au territoire tunisien à Wajdi Ghanim après ses déclarations sur le défunt président #Beji_Caid_Essebsi’’, a déclaré le porte-parole du gouvernement, qualifiant son attitude d’‘‘insulte à l’État et au peuple entier’’ »

Iyed Dahmani a souligné que le chef du gouvernement considérait la publication de ce prédicateur comme un « comportement extrémiste et violent » qui porte atteinte non seulement au président défunt mais à l’État tunisien.

Des internautes tunisiens ont rappelé au prédicateur l’« ouverture » du peuple tunisien, en soulignant que tous les Tunisiens, en dépit de leurs « divergences », avaient pleuré leur président.

Traduction : « Cette photo est un cadeau pour tout extrémiste. La Tunisie est pour tous les Tunisiens… La Tunisie est meilleure après la révolution »

En février 2011, la visite de Wajdi Ghanim en Tunisie à l’invitation des associations « islamiques » nées après la révolution avait déjà provoqué la colère de la société civile.

Fidèle à son discours habituel, le prédicateur avait appelé à « l’application de la charia » et violement critiqué les « laïcs et les libéraux » tunisiens, les considérant comme des « apostats ».

Procédure judiciaire

En 2017, le prédicateur égyptien s’en était aussi pris à Béji Caïd Essebsi dans une vidéo où il qualifiait le président de la République tunisienne de « criminel, mécréant, apostat et laïc ».

À l’origine de cette offensive : ses propositions sur l’égalité dans l’héritage et l’annulation de la circulaire interdisant le mariage d’une Tunisienne avec un non-musulman.

Suite à cette nouvelle vidéo, le ministère tunisien des Affaires étrangères a convoqué l’ambassadeur turc en Tunisie, Ömer Faruk Doğan, afin de lui exprimer la condamnation totale des propos tenus par Wajdi Ghanim, exilé en Turquie.

Doğan a ensuite transmis la condamnation du gouvernement turc aux autorités tunisiennes et annoncé une procédure judiciaire contre le prédicateur.

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L’affaire Wajdi Ghanim a rappelé aux Tunisiens l’accueil fait au prédicateur par certains leaders du parti conservateur tunisien Ennahdha : sur les réseaux sociaux a ainsi été partagée une vidéo dans laquelle Abdelfattah Mourou, membre du parti et vice-président de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), embrasse le crâne de Wajdi Ghanim en lui présentant un cadeau.

Certains internautes ont demandé au parti islamiste de réagir aux propos du prédicateur.

Abdelfattah Mourou a aussitôt réagi sur la radio tunisienne Express FM en condamnant fermement les propos de Ghanim. Il a également présenté des excuses aux Tunisiens en expliquant que son parti « ignorait à l’époque les idées extrémistes et violentes de Wajdi Ghanim ».

Mourou a par ailleurs annoncé qu’il présenterait une demande officielle auprès du ministère turc des Affaires étrangères pour que « le titre de séjour de Wajdi Ghanim » lui soit retiré, « afin de l’empêcher de propager ses idées extrémistes et violentes ».