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Mohamed Ali : « Nous sommes en train d’organiser un référendum »

Le dissident et lanceur d’alerte égyptien a annoncé qu’il travaillait sur un plan alternatif pour l’avenir de l’Égypte, qui pourrait conduire à l’éviction de Sissi
Le lanceur d’alerte égyptien, âgé de 43 ans, a publié plus d’une douzaine de vidéos depuis son exil en Espagne, expliquant en détail comment, selon lui, des responsables ont détourné des millions de dollars de fonds publics pour leurs projets personnels (MEE)

L’opposant et lanceur d’alerte égyptien Mohamed Ali a annoncé qu’il était en train de travailler avec des personnalités politiques de l’opposition en exil pour élaborer un projet alternatif pour l’avenir de l’Égypte, dans le but de faire pression sur le président Abdel Fattah al-Sissi afin qu’il démissionne.

Selon lui, les Égyptiens à l’intérieur et à l’extérieur du pays pourront voter pour ce projet dans le cadre d’un référendum en ligne. Il a précisé qu’il envisageait de dévoiler son plan d’ici les deux prochains mois.

« J’ai réuni un groupe important de la société civile égyptienne et de l’opposition. Nous travaillons actuellement sur un plan de résolution des problèmes de l’Égypte que nous dévoilerons bientôt à tout le monde », a-t-il déclaré.

L’ancien homme d’affaires et acteur a dévoilé cette initiative lors d’une conférence de presse, mercredi à Londres, lors de sa première apparition publique depuis son départ de l’Égypte l’année dernière et son exil volontaire.

Entre autres choses, ce projet devrait définir un plan pour sauver l’économie du pays en plein effondrement, ainsi que pour la formation d’une nouvelle structure gouvernementale, a-t-il précisé à Middle East Eye.

« Nous devons être clairs. Nous devons être justes. Le peuple égyptien doit d’abord voir la voie à suivre. »

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Ali a ajouté que lui et d’autres personnes ayant participé à la rédaction de ce projet avaient contacté plusieurs organisations à l’étranger, ainsi que des experts compétents, pour superviser le processus de vote.

Cela garantirait la sécurité et l’anonymat des Égyptiens qui participent à ce référendum en ligne, a-t-il ajouté, sans entrer dans les détails sur les organisations ou les experts sollicités.

« Tout cela est fait pour que l’ensemble du processus soit juste et transparent, et pour que nous ne soyons pas accusés de truquer les votes », a-t-il déclaré.

Pendant quinze ans, Mohamed Ali a travaillé sur des projets de construction secrets liés à l’armée égyptienne et à Sissi lui-même, avant de quitter soudainement le pays avec un plan visant à dénoncé publiquement la corruption dont il a été témoin.

Le 2 septembre, le dissident a commencé à publier quotidiennement des vidéos décrivant un certain nombre de palais, d’hôtels et de country clubs que sa société avait construits pour Sissi, la famille du président, et les généraux dirigeant les institutions lucratives de l’armée.

Arrestations pour complot

Ses vidéos ont déclenché une vague de manifestations anti-Sissi plus tard dans le mois, les premières manifestations significatives depuis la prise du pouvoir par le général lors d’un coup d’État en 2013.

En réponse, les autorités égyptiennes ont lancé une vague d’arrestations à travers le pays, interpellant près de 3 000 militants, avocats et personnalités politiques.

Un grand nombre des personnes arrêtées ont été inculpées de complot en vue de nuire à l’État et d’appartenance aux Frères musulmans, groupe déclaré hors-la-loi dont était membre le prédécesseur de Sissi, Mohamed Morsi

Des points de contrôle ont également été installés dans les principales rues du Caire, d’Alexandrie et de Suez, et des policiers auraient fouillé les téléphones des gens à la recherche de contenu politique et arrêté toute personne considérée comme suspecte.

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Les vidéos d’Ali ont également créé un élan parmi plusieurs personnalités de l’opposition politique en exil, notamment des membres des Frères musulmans, ainsi qu’Ayman Nour, ancien parlementaire et fondateur du parti El Ghad, qui a fui l’Égypte en 2013 et réside maintenant à Istanbul.

Le mois dernier, Ali a confié à MEE, dans une interview exclusive, qu’il était en contact avec tous les principaux groupes d’opposition égyptiens et qu’ils soutenaient ses travaux sur un projet alternatif pour l’Égypte.

 « Tous les pays du monde qui réussissent sont bâtis sur le travail et les connaissances des experts. Nous avons contacté des experts égyptiens, dans de nombreux domaines, un peu partout dans le monde. Ce sont eux qui ont contribué à l’élaboration de ce projet, qu’il s’agisse de sciences, de médecine, d’ingénierie ou de médias », explique-t-il.

S’il refuse de divulguer la liste des personnes travaillant sur son projet, il mentionne toutefois un nom : Mohamed Hafez, professeur d’ingénierie hydroélectrique à l’institut Uniten de Malaisie, qui pourrait se concentrer sur des problèmes liés à la pénurie d’eau actuelle en Égypte et du controversé barrage de la Renaissance éthiopienne.

Lors de la conférence de presse, mercredi, l’ancien entrepreneur a prévenu que la mauvaise gestion du différend concernant le barrage entre l’Égypte et l’Éthiopie pourrait entraîner les Égyptiens à fuir nombreux vers l’Europe.

« Une fois que les gens auront soif, leur première destination sera l’Europe », a déclaré Mohamed Ali. « Cela signifie que l’existence du régime égyptien actuel constitue à la fois une menace pour les Égyptiens et pour les intérêts régionaux de l’Europe. »

« L’existence du régime égyptien actuel constitue à la fois une menace pour les Égyptiens et pour les intérêts régionaux de l’Europe »

- Mohamed Ali

Le lanceur d’alerte dit n’être pas étroitement impliqué dans les aspects techniques du projet de référendum. Il a confié à MEE qu’il était plutôt un porte-parole chargé de demander aux Égyptiens de participer au référendum en ligne.

Cette opération fait écho à celle effectuée en 2013 par des militants égyptiens anti-Frères musulmans, connus sous le nom de mouvement Tamarod.

Les organisateurs de ce mouvement avaient déclaré avoir recueilli plus de vingt millions de signatures pour une pétition appelant à des élections anticipées et à la démission du président Morsi.

Cette opération joua un rôle important dans ce qui allait conduire à l’éviction de Morsi par l’armée le 3 juillet 2013.

Ali précise toutefois que son plan ne ressemble en rien à celui de Tamarod. « Tamarod était une arnaque contre le peuple égyptien, ce n’était pas réel. Lorsque nous en arriverons à organiser le référendum, ce ne sera pas un bout de papier avec ’’oui’’ ou ‘‘non’’. Nous allons présenter un programme auquel les gens auront accès avant de décider. »

Appeler à une révolution contre Sissi

Selon Mohamed Ali, la pétition de Tamarod a laissé tout le pouvoir entre les mains de Sissi et, par conséquent, le président dirige désormais le pays sans aucun mécanisme de contrôle.

« Les gens ont besoin de voir ce qui se passera une fois que nous aurons démis Sissi, quel type de gouvernement nous aurons et comment il sera dirigé. Et à partir de là, ils pourront déterminer s’ils veulent que Sissi reste ou s’en aille. »

Une fois que cela sera réalisé et qu’un nombre significatif d’Égyptiens auront accepté le projet, Ali explique qu’avec d’autres personnalités de l’opposition, ils prévoient d’appeler à une révolution contre Sissi.

« Savoir ce qui se passera ensuite est très important pour que les gens soient encouragés à sortir à nouveau dans les rues et manifester », précise-t-il.

MEE a contacté mardi l’ambassade d’Égypte à Londres pour commenter l’initiative de Mohamed Ali mais n’a pas encore reçu de réponse.

Traduit de l’anglais (original).