Aller au contenu principal

« Flottille de la liberté » : un membre de la liste arabe riposte à la Knesset

Basel Ghattas a accusé ses collègues de la Knesset de ne pas respecter la démocratie et dit que le Comité d'éthique n'a pas le droit de le priver de ses droits de vote
Photo : des activistes grecs et étrangers pro-palestiniens manifestent devant le parlement grec, le 19 juillet 2011 (AFP)

Basel Ghattas, un membre de la Knesset pour la Liste arabe unie, a riposté à la condamnation de sa participation à la « flottille de la liberté III », qui est sur le point de mettre le cap sur Gaza pour tenter de livrer de l’approvisionnement humanitaire.

Interrogé par Middle East Eye mardi, Ghattas a accusé ses collègues de la Knesset de bafouer la démocratie après que la Commission de la Knesset se soit plainte au Comité d’éthique et lui ait demandé de faire une enquête sur le comportement de Ghattas et de le suspendre de la Knesset.

« C’est un rituel des Israéliens et de leurs ministres. Ils ne peuvent pas comprendre ce qu'est la démocratie et ce que cela signifie d'être un député et d'essayer de représenter ses électeurs », a-t-il dit par téléphone depuis la Grèce, où les trois principaux bateaux de la flottille ont actuellement amarré en prévision de leur voyage prévu à Gaza.

« La question ne devrait pas être ma participation [à la flottille], mais les conditions cruelles auxquelles les Palestiniens ont été soumis. Les gens [à Gaza] vivent avec peu d'eau potable, de nourriture ou de médicaments ».

L'annonce de Ghattas dimanche qu'il se joindra à la flottille a suscité de nombreuses critiques en Israël. Zeev Elkin, ministre de l'Immigration du parti de droite likoud a déclaré : « C’est la chose la plus grave qui soit qu'un député israélien rejoigne la flottille dont le but est d'aider l'organisation terroriste du Hamas ».

« La loi israélienne ne permet à quiconque de siéger au Parlement s’il soutient une organisation terroriste », a-t-il déclaré à la radio de l'armée israélienne.

La vice-ministre des Affaires étrangères Tzipi Hotovely s’est également exprimée en disant que Ghattas travaillait contre Israël.

« La participation d'un député israélo-arabe aux côtés de ceux qui veulent se battre contre Israël est une démonstration de l'activité au service de l'ennemi sous le parrainage de l'immunité parlementaire », a-t-elle dit dans un communiqué dimanche soir.

Ghattas est un membre fondateur du Parti balad, réputé être à l’extrême gauche du spectre de la politique israélienne et représentant principalement les citoyens palestiniens d'Israël. Il a été élu à la Knesset en 2013 et de nouveau en 2015, lorsque le Parti balad a rejoint la Liste arabe unie.

Il insiste sur le fait que, malgré les critiques internes d'Israël, il « n’est pas inquiet » et dit qu'il a « eu un grand élan de soutien » de ses électeurs, des militants et des jeunes qui le trouvent « très actif et semblent très satisfaits de ce que je fais ».

Suspension

Selon Ghattas, le Comité d'éthique a le droit de l'empêcher de s’adresser à ses collègues parlementaires à la Knesset et de discuter des projets de loi et il pourrait se prononcer cette semaine, ou la semaine prochaine. Il peut aussi le retirer de tous les comités, mais il n'a pas le droit de le dépouiller de ses droits de vote. Même s’il le fait, Ghattas peut faire appel à la Cour suprême, qui est considérée comme plus libérale que le gouvernement actuel bien qu’elle ait fait appliquer l’année dernière une suspension de sa collègue du Parti balad Haneen Zoabi, membre de la Knesset.

Zoabi a été suspendue pendant six mois pour avoir dit que le Hamas n’était pas une organisation terroriste, mais combattait l'occupation, peu après que trois colons israéliens adolescents aient été enlevés et tués.

Le Premier ministre Benyamin Netanyahou n'a pas tardé à blâmer le Hamas pour leurs morts. L'incident a contribué à faire éclater la guerre de cinquante-et-un jours de l'été dernier avec la bande de Gaza, bien que le Hamas n'ait jamais officiellement revendiqué la responsabilité des meurtres.

Zoabi a également été suspendue en 2011 pour son implication dans la première flottille visant à rompre le blocus. Elle était à bord du Mavi Marmara, qui mit voile en 2010, mais a été arraisonné par les forces israéliennes dans les eaux internationales avant d'atteindre la bande de Gaza. Neuf militants ont été tués et des dizaines blessés lorsque des commandos israéliens sont montés à bord du bateau.

Après l'incident, les membres du Comité d'éthique de la Knesset avaient accusé Zoabi de « non seulement se comporter de façon inappropriée pour un membre de la Knesset, mais d'une manière inappropriée pour tout citoyen israélien », ainsi que de tirer « avantage de son immunité parlementaire » pour « s’élever contre les soldats de l’IDF [armée israélienne] et l'Etat d'Israël ».

Malgré sa suspension précédente, Zoabi a soutenu Ghattas fermement, en disant que les tentatives pour le suspendre sont « sans précédent ».

« Habituellement, c’est seulement une personne qui dépose une demande d’enquête à la Commission d'éthique, pas un comité entier », a déclaré Zoabi à Middle East Eye.

« Ils font cela avant même qu'il agisse. La flottille n’a encore pas levé l’ancre [depuis la Grèce] mais les membres du Comité d'éthique veulent punir Basel Ghattas avant même qu'il ait commis un crime - non pas que ses actions devraient être considérées comme un crime en premier lieu. »

Les organisateurs de la flottille n’ont pas encore confirmé quand les bateaux partiront bien qu’une source ayant des liens étroits avec le comité dise que les bateaux pourraient prendre la mer dès mercredi 24 juin.

Plusieurs membres du Parlement de l'Union européenne, ainsi que l'ancien président tunisien Moncef Marzouki, ont été confirmés comme passagers VIP sur la flottille.

Alors que de nombreux autres aspects du voyage doivent encore être confirmés, Ghattas a écrit à Netanyahou en exprimant son intention de tenter de briser le siège.

« Je demande que vous donniez l’ordre aux forces de sécurité israéliennes de rester à l'écart et de permettre à la flottille d’arriver à destination. Toute forme de prise de contrôle pour empêcher  cela impliquera encore Israël dans un autre scandale international dont vous et votre gouvernement serez responsables », a écrit Ghattas dans sa lettre publiée lundi.

Le membre de la Knesset insiste sur le fait que, comme il ne peut y avoir aucune garantie totale quant à la sécurité des passagers, sa lettre est la meilleure façon de sensibiliser en Israël et à l'étranger.

« Ma lettre était la meilleure précaution que nous pouvions prendre », a-t-il déclaré à Middle East Eye. « Elle dit clairement que nous sommes pacifiques et que nous ne transportons pas d’armes. Nous apportons des fournitures et des appareils médicaux à des hôpitaux pour aider la population de Gaza.»

Gaza est assiégée depuis huit ans, depuis que le Hamas a remporté les élections démocratiques et a ensuite continué à consolider son contrôle sur la bande. Les Nations unies et d'autres organismes d'aide ont largement blâmé le blocus pour la situation économique et humanitaire qui se détériore à Gaza mais Israël conteste cela et dit que le Hamas est responsable de leurs souffrances.

Les deux parties étaient censées parvenir à un accord de paix durable après la guerre de cinquante-et-un jours de l'été dernier, dans laquelle plus de 1 400 Palestiniens ont été tués ainsi que 67 soldats israéliens et 6 civils israéliens. Peu de progrès semblent avoir été accomplis jusqu'ici bien qu’une série de rapports récents indiquent que les négociations pour un accord durable pourraient progresser en coulisses.

Ghattas a dit qu'il ne savait rien à propos de telles négociations, et a déclaré que la flottille continue d'être extrêmement importante, indépendamment de toutes les rumeurs.

« L'année dernière [après la guerre], il était censé y avoir un cessez-le-feu et nous étions censés avoir une ouverture sur la mer, entre autres changements. Tout cela était censé avoir été négocié, mais n'a pas eu lieu », a-t-il dit.

« La situation humanitaire s’est encore détériorée l'an dernier [depuis la guerre de cinquante-et-un jours de l'été dernier avec Israël]. »

Traduction de l’anglais (original) par Emmanuelle Boulangé.