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L’ONU retire la coalition dirigée par l’Arabie saoudite de la liste noire des droits de l’enfant

Un précédent rapport de l’ONU indiquait que la coalition dirigée par les Saoudiens était responsable de la mort de quelque 470 enfants yéménites
Des enfants yéménites qui ont fui la ville de Sirwah avec leur famille en raison des combats (AFP)

Lundi soir, l’Organisation des Nations unies a retiré la coalition dirigée par l’Arabie saoudite combattant au Yémen de la liste noire des auteurs de violations des droits de l’enfant suite aux objections de Riyad.

L’Arabie saoudite avait demandé à ce qu’un rapport de l’ONU concluant que la coalition était responsable de la mort de plus de 470 enfants – environ 60 % de tous les décès d’enfants dus à la guerre depuis que le conflit a dégénéré l’année dernière – fût « corrigé ».

Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a accepté la proposition saoudienne consistant à examiner les faits et les cas cités dans le rapport conjointement avec la coalition, selon son porte-parole Stéphane Dujarric.

« En attendant les conclusions de l’examen conjoint, le secrétaire général supprime la coalition de la liste annexée au rapport », a-t-il annoncé.

L’ambassadeur saoudien Abdullah al-Mouallimi a déclaré aux journalistes que la coalition se sentait « disculpée », déclarant que le retrait de la coalition de cette liste était « définitif et inconditionnel ».

L’ambassadeur avait précédemment indiqué qu’il était « profondément déçu » par ce rapport, qualifiant le nombre de décès d’enfants imputés à la coalition de « follement exagéré ».

Mouallimi a rencontré le vice-secrétaire général de l’ONU Jan Eliasson au siège de l’ONU pour discuter de la liste.

Cependant, Human Rights Watch a accusé Ban Ki-moon d’avoir capitulé face à la pression saoudienne, notant que l’Organisation des Nations unies elle-même avait largement documenté les frappes aériennes de la coalition sur les écoles et les hôpitaux du Yémen.

« Après avoir donné un sauf-conduit similaire à Israël l’année dernière, le bureau du secrétaire général de l’ONU a de nouveau touché le fond en capitulant face à la pression éhontée de l’Arabie saoudite », a déclaré Philippe Bolopion, directeur adjoint pour la mobilisation mondiale de Human Rights Watch, selon Reuters.

« Les enfants du Yémen méritent mieux. »

Ce revirement est survenu quelques heures après que les belligérants se sont engagés à libérer tous les enfants prisonniers, alors qu’ils ne sont pas parvenus à un accord sur davantage de libérations pour le mois sacré musulman du Ramadan.

« Dans le comité des prisonniers, un accord a été conclu sur la libération inconditionnelle des enfants », a déclaré Ismail Ould Cheikh Ahmed dans un communiqué.

Dans l’immédiat, rien n’a été dit sur le nombre d’enfants détenus par le gouvernement soutenu par les Saoudiens ou par les rebelles houthis et leurs alliés.

La coalition a lancé une campagne aérienne en soutien au président yéménite Abd Rabbo Mansour en mars 2015 pour repousser les rebelles houthis après qu’ils se sont emparés de la capitale Sanaa et de nombreuses régions du pays.

La guerre a fait environ 6 400 morts et plus de 80 % de la population a désespérément besoin d’aide humanitaire, selon l’ONU.

Le rapport a été publié jeudi, alors que les Nations unies cherchaient à progresser dans les négociations tenues au Koweït pour tenter de mettre fin à la guerre ; les deux côtés discutent depuis des semaines, mais jusqu’à présent en vain apparemment.

Dans ce rapport, Ban Ki-moon a tenu les deux parties pour responsable de ces morts, mais a déclaré que « les violations graves contre les enfants ont considérablement augmenté en raison de l’escalade du conflit ».

Mouallimi a averti que l’ajout de la coalition à la liste noire de l’ONU serait « contre-productif pour les besoins des négociations de paix sur le Yémen. »

Le représentant permanent de l’Arabie saoudite aux Nations unies Abdallah Al-Mouallimi s’exprime au siège de l’organisation à New York (AFP)

L’ambassadeur a reconnu qu’« il y avait des dommages collatéraux de temps à autre », mais que la coalition avait joué un « rôle positif » dans le rétablissement du gouvernement légitime du Yémen et la fourniture d’aide humanitaire.

Dujarric avait défendu le rapport, affirmant que la liste resterait telle quelle mais que quelques ajustements seraient faits.

Or quelques heures plus tard, le porte-parole a publié un communiqué annonçant que la coalition serait retirée de la liste en attendant les conclusions de l’examen.

« Je ne pense pas que ce soit un revirement politique », a déclaré Dujarric aux journalistes. « Nous allons voir ce que donne l’examen et nous ajusterons la liste au besoin. »

Les groupes de défense des droits de l’homme ont à maintes reprises fait part de leurs préoccupations concernant le lourd bilan civil de la campagne saoudienne au Yémen.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.