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Maroc : des peines de deux ans à la perpétuité pour les prisonniers de Gdeim Izik

Les 23 Sahraouis ont été à nouveau condamnés à des peines de prison ferme malgré les réserves des ONG sur des aveux qui auraient été extorqués sous la torture
Dans la salle d'audience du procès de Gdeim Izik, à Salé, près de Rabat (Twitter/@LarabasMinetu)

La justice marocaine a prononcé mercredi des peines allant de deux ans de prison à la perpétuité à l'encontre de 23 Sahraouis accusés d'avoir tué onze membres des forces de l'ordre marocaines en 2010 d’affrontements provoqués par le démantèlement d’un camp sahraoui à Gdeim Izik, près de Laâyoune au Sahara occidental.

Le procès, ouvert en décembre devant une juridiction civile, revêtait un caractère sensible avec en toile de fond le dossier du Sahara occidental, ancienne colonie espagnole contrôlée en grande partie par le royaume, et dont le Front Polisario, soutenu par l'Algérie, réclame l'indépendance.

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Le verdict a été rendu à l'aube par la Chambre criminelle de la Cour d'appel à Salé, près de la capitale Rabat, a rapporté l'agence de presse MAP, qui n'a donné aucune autre précision.

À l'issue d'un premier procès organisé en 2013 devant un tribunal militaire, les 23 accusés avaient été condamnés à des peines allant de vingt ans de réclusion à la perpétuité.

Face aux contestations d'ONG et de proches des condamnés, et à la suite d'une réforme de la justice militaire marocaine, l'affaire avait été renvoyée devant une juridiction civile.

Durant le procès, les deux parties ont donné une version radicalement opposée des faits et les débats ont été marqués par des moments de vives tensions, dans la salle d'audience comme aux abords du tribunal.

Tout au long du procès au civil, les autorités marocaines ont mis en avant la « transparence » et « l'équité »des débats, ouverts à la presse et en présence d'observateurs internationaux.

Mais mi-mai, les accusés et leur défense s'étaient retirés du procès pour dénoncer des « irrégularités ». Les accusés refusaient depuis lors de comparaître.

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L'Action des chrétiens pour l'abolition de la torture (ACAT) a fustigé de son coté un « procès inique », dénonçant notamment des « aveux signés sous la torture ».

Mardi, Amnesty international et Human Rights Watch (HRW) ont appelé à « veiller » à ce que les jugements « ne se fondent pas sur des aveux extorqués sous la torture ou les mauvais traitements lors d'interrogatoires policiers ».

« Le Maroc a pris une mesure positive en ordonnant un nouveau procès devant une instance civile, mais il devrait encore veiller à ce que nul ne soit déclaré coupable sur la base de preuves extorquées sous la torture », a déclaré Sarah Leah Whitson, directrice de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch.

Selon les médias locaux, les accusés condamnés ont le droit d'interjeter appel auprès de la Cour de cassation dans un délai de dix jours.

Le président sahraoui Ibrahim Ghali a souligné que "les peines prononcées par le tribunal de l'occupation à l'encontre des prisonniers politiques de Gdeim Izik n'entameront pas la volonté des Sahraouis de poursuivre leur lutte légitime pour la liberté et l'autodétermination."

Il a salué "la résistance des Sahraouis dans les territoires sahraouis occupés, dans le sud du Maroc et dans les sites universitaires". Il a également rendu hommage aux prisonniers politiques sahraouis.

Le gouvernement sahraoui et le Front Polisario ont condamné les "peines iniques" prononcées à l'encontre des détenus politiques de Gdeim Izik, soulignant que "tous les procès impliquant des citoyens sahraouis organisés par l'État marocain participent de la machine répressive marocaine".