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PSG-Manchester City : comment les deux clubs détenus par des puissances du Golfe se sont opposés au sujet de l’avenir du football

Propriétés du Qatar et des Émirats arabes unis, deux États rivaux, ces poids lourds du ballon rond se sont également retrouvés dans des camps opposés sur la scène politique du football européen
Le président du Paris-Saint-Germain Nasser al-Khelaïfi (à gauche) et le propriétaire de Manchester City, le cheikh Mansour, ont suivi des approches différentes vis-à-vis de la Super Ligue européenne (illustration de Mohamad Elaasar pour MEE)

Rivaux régionaux, le Qatar et les Émirats arabes unis ont beaucoup de choses en commun. 

Ce sont deux petits États conservateurs de la péninsule Arabique, riches en hydrocarbures, qui ont des alliés proches en Occident et dont le bilan en matière de droits de l’homme laisse grandement à désirer. 

Mais les deux pays, en désaccord sur des questions régionales allant des conflits militaires à la démocratisation et à la liberté de la presse, se sont également affrontés dans l’arène politique mondiale. Les Émirats arabes unis sont même allés jusqu’à se joindre à un blocus économique de quatre ans imposé au Qatar.

Les deux États du Golfe, à la fois semblables et différents, s’accordent cependant sur un point : le pouvoir du sport pour se faire des amis et influencer les esprits. 

En 2008, le cheikh Mansour ben Zayed al-Nahyane, membre éminent de la famille dirigeante d’Abou Dabi et du gouvernement émirati, a décidé de s’offrir la deuxième équipe de football de Manchester, devenue du jour au lendemain l’un des clubs les plus riches du monde.

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Trois ans plus tard, le fonds souverain qatari – fondé et dirigé par la famille al-Thani, la plus grande famille du pays – a racheté l’équipe de football française du Paris-Saint-Germain (PSG). 

En l’espace d’une décennie, les deux États ont injecté plus d’un milliard de dollars dans ces clubs, devenus les meilleurs d’Angleterre et de France. 

Désormais, la rivalité régionale entre Doha et Abou Dabi se joue directement sur le rectangle vert, puisque le PSG et Manchester City s’affrontent actuellement en demi-finale de l’UEFA Champions League. Mercredi dernier, Manchester City a pris l’ascendant au Parc des Princes (1-2) avant le match retour prévu demain.

Les deux richissimes géants, qui règnent en maîtres dans leur championnat et en coupe nationale, convoitent le titre continental suprême qui leur échappe jusqu’à présent.

Mais ce choc se déroule sur fond de scandale et d’acrimonie alors que des grands noms du football européen ont tenté de créer fin avril une ligue concurrente, une question autour de laquelle les deux clubs se sont une nouvelle fois retrouvés dans des camps différents.

Manchester City est l’une des douze équipes qui ont annoncé leur intention de quitter la Ligue des champions afin de rejoindre une nouvelle compétition lucrative baptisée Super Ligue européenne. Le PSG fait partie des clubs de premier plan qui ont refusé le projet.

La tentative de scission a tourné court moins de 48 heures après son lancement face aux protestations des responsables politiques, des fans et des instances dirigeantes du football qui ont dénoncé une initiative contraire à l’esprit de compétition, antidémocratique et égoïste.

Le fiasco de la Super Ligue a pimenté encore davantage ce qui était déjà un choc aux dimensions géopolitiques, mettant en évidence les approches très différentes des deux États du Golfe vis-à-vis du football européen.

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En faisant partie des douze équipes dissidentes, Manchester City s’est attiré les foudres de l’UEFA, l’instance dirigeante du football européen, qui s’est insurgée contre les « traîtres » cherchant à renverser la Ligue des champions. 

« Le Qatar a désormais toute une image à reconstruire avant la Coupe du monde »

– Kévin Veyssière, fondateur de Football Club Geopolitics

Le président de l’UEFA, Aleksander Čeferin, a décrit des « propositions honteuses et intéressées […] avant tout alimentées par la cupidité ». Le PSG a en revanche été félicité pour avoir campé sur ses positions.

Cet épisode est la dernière illustration en date des relations contrastées que les deux clubs entretiennent avec l’UEFA. 

Entre le PSG et l’UEFA, l’harmonie règne à présent. Le président du club parisien, l’homme d’affaires qatari Nasser al-Khelaïfi, siège au comité exécutif de l’UEFA et est un proche allié d’Aleksander Čeferin. 

« Khelaïfi a obtenu beaucoup de poids au sein de l’organisation », explique à Middle East Eye Kévin Veyssière, fondateur de Football Club Geopolitics, établi à Paris. 

Le Paris-Saint-Germain a recruté les superstars Neymar et Kylian Mbappé pour près de 400 millions d’euros à l’été 2017 (AFP)
Le Paris-Saint-Germain a recruté les superstars Neymar et Kylian Mbappé pour près de 400 millions d’euros à l’été 2017 (AFP)

« Il ne veut pas perdre tous ses avantages alors que le PSG a souvent été la cible de l’UEFA, notamment par le passé avec le fair-play financier [FPF, règle adoptée par l’UEFA en mai 2010 pour empêcher les dépenses excessives des clubs de football professionnels]. »

Le PSG attire l’attention de l’autorité de régulation financière de l’UEFA depuis que Qatar Sports Investments, une filiale du fonds souverain qatari, en a pris les rênes il y a dix ans. 

Le club a fait l’objet d’enquêtes concernant des contrats de sponsoring juteux et des transferts de joueurs coûteux, notamment près de 400 millions d’euros dépensés pour seulement deux joueurs, les superstars mondiales Neymar et Kylian Mbappé.

Mais l’instance dirigeante semble avoir adopté une approche plus conciliante à l’égard du PSG ces dernières années, ce à quoi les relations de Nasser al-Khelaïfi ont sans doute contribué. 

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L’homme d’affaires de 47 ans est le président de BeIN Media Group, un réseau établi à Doha qui a engagé d’importantes sommes d’argent auprès de l’UEFA pour s’offrir les droits de diffusion exclusive de la Ligue des champions au Moyen-Orient. 

« Si l’UEFA parvient à sortir de cette crise, Khelaïfi sera en mesure de récupérer davantage de droits de diffusion pour BeIN », précise Kévin Veyssière. 

Le 21 avril, il a encore consolidé sa place dans les coulisses du pouvoir après avoir été élu président de l’Association européenne des clubs, la seule instance reconnue par l’UEFA qui représente les clubs européens. 

L’occasion s’est présentée après qu’Andrea Agnelli, le président du club italien de la Juventus, a été contraint de démissionner de l’instance pour son rôle dans le complot dissident de la Super Ligue européenne. Aleksander Čeferin, qui est le parrain de la fille d’Andrea Agnelli, l’a qualifié de « serpent ». 

« Le football a besoin de bonnes personnes à des postes de direction et Nasser est quelqu’un qui a montré qu’il était capable de veiller aux intérêts de plus de clubs que le sien », a indiqué Aleksander Čeferin fin avril au sujet de Nasser al-Khelaïfi. « C’est un homme en qui je peux avoir confiance. »

L’an dernier, le Qatari a été nommé personnalité la plus influente du football, une position qui ne peut que se renforcer après les récents événements. 

Abou Dabi a « radicalisé » ses supporters contre l’UEFA

Les relations entretenues avec Manchester City sont beaucoup plus discordantes. L’an dernier, le club s’est vu infliger une amende de 30 millions d’euros et une exclusion de deux ans des compétitions européennes pour des « infractions graves » aux règles du FPF. 

« Si vous regardez la politique étrangère émiratie, vous verrez qu’elle est beaucoup plus impitoyable et trumpienne. Le Qatar fait preuve de davantage de diplomatie »

– James Montague, auteur

L’enquête a été ouverte après la divulgation de documents laissant entendre que le propriétaire de City, le cheikh Mansour, avait financé la majeure partie des 67,5 millions de livres de sponsoring annuel versés au club par Etihad lors de la saison 2015-2016. 

Au terme d’une bataille juridique de longue haleine, la suspension a finalement été levée et l’amende réduite. 

« Manchester City a été extrêmement agressif avec l’UEFA et a inculqué à ses supporters le sentiment que l’UEFA voulait les détruire », indique James Montague, auteur de The Billionaires Club, un ouvrage qui examine la propriété des clubs de football à l’ère des super-riches. 

« C’est surtout une théorie du complot, mais les propriétaires de City ont réussi à radicaliser leurs supporters contre l’UEFA. »

Ferran Soriano, directeur général de Manchester City, et Khaldoon al-Mubarak, président du conseil d’administration, avant le coup d’envoi d’un match de Premier League (AFP)
Ferran Soriano, directeur général de Manchester City, et Khaldoon al-Mubarak, président du conseil d’administration, avant le coup d’envoi d’un match de Premier League (AFP)

Manchester City s’est souvent présenté comme un club laissé-pour-compte par rapport aux géants traditionnels du football européen, tels que le Real Madrid et son voisin Manchester United. Le club du nord de l’Angleterre estime être injustement ciblé par les instances du football depuis son rachat par les Émirats en 2008. 

« Cette perception de Manchester City comme un club laissé-pour-compte n’est qu’un pur argument de relations publiques lui permettant d’attaquer l’UEFA et le FPF », explique à Middle East Eye Nicholas McGeehan, chercheur spécialiste des droits de l’homme qui s’intéresse au Golfe. 

Pour lui, il n’est pas surprenant que les propriétaires aboudabiens du club anglais aient rejoint les rangs de ceux qui ont échafaudé la ligue concurrente derrière le dos de l’UEFA. « S’il y a du pouvoir à gagner dans un nouveau projet fermé et antidémocratique, ils seront les premiers à signer », ajoute-t-il.  

Selon James Montague, la politique étrangère du Qatar et celle des Émirats arabes unis se reflètent dans leur comportement à la tête d’un club de football. 

« Si vous regardez la politique étrangère émiratie, vous verrez qu’elle est beaucoup plus impitoyable et trumpienne. Le Qatar fait preuve de davantage de diplomatie. Il ne jouit pas tout à fait du même soutien militaire ou géopolitique. »

« Plutôt que de sortir l’artillerie, ils restent sereins et s’ils n’obtiennent pas ce qu’ils veulent, ils optent pour la voie diplomatique. » 

Doha cherche à sauver sa réputation

À l’instar de l’UEFA, la FIFA, l’instance dirigeante du football mondial, a également dénoncé la tentative de scission. Il a même été question d’exclure des compétitions internationales les joueurs participant au projet.

Dans la perspective de la Coupe du monde de la FIFA qui se déroulera l’an prochain au Qatar, il aurait été malvenu pour Doha de s’associer à un complot qui aurait pu affaiblir gravement un tournoi qu’il planifie et prépare depuis plus de dix ans.

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Cette débâcle est survenue quelques semaines à peine après que le Qatar eut fait la une des journaux pour de mauvaises raisons. 

À l’occasion de matchs de qualification pour la Coupe du monde en mars, plusieurs équipes nationales dont la Norvège, l’Allemagne et les Pays-Bas ont protesté contre les violations des droits de l’homme commises dans l’État du Golfe avec des t-shirts arborant les mots « Le football soutient le changement » en anglais.

Ces initiatives faisaient suite à des révélations publiées en février par le Guardian, selon lesquelles plus de 6 500 travailleurs immigrés avaient trouvé la mort au Qatar depuis que le pays s’était vu attribuer l’organisation du Mondial il y a dix ans. 

« Le Qatar a désormais toute une image à reconstruire avant la Coupe du monde, souligne Kévin Veyssière. Les révélations du Guardian […] ont causé beaucoup de tort à l’émirat. 

« [Il] a tout intérêt à se forger une image de défenseur des supporters pour tenter de balayer les critiques autour du sportswashing. » 

L’équipe nationale allemande proteste contre les violations des droits de l’homme au Qatar avant son match de qualification pour la Coupe du monde contre l’Islande (AFP)
L’équipe nationale allemande proteste contre les violations des droits de l’homme au Qatar avant son match de qualification pour la Coupe du monde contre l’Islande (AFP)

Dans la mesure où le PSG est détenu par l’État qatari, rejoindre une ligue dissidente accusée d’élitisme et de cupidité aurait été un acte autodestructeur, en particulier après les protestations mondiales. 

« Le Qatar ne s’intéresse pas au bien-être des petits clubs »

– Nicholas McGeehan

« Ces dernières semaines, le Qatar a symbolisé tout ce qui ne va pas dans le football moderne », poursuit Nicholas McGeehan. « De ce fait, était-il préférable pour [les dirigeants qataris] de plonger la tête la première dans quelque chose qui aurait confirmé leur réputation, plutôt que de rester en retrait et de laisser les autres être la cible des critiques pendant un certain temps ? 

« Il n’y aurait eu aucun inconvénient à ce qu’ils reviennent plus tard si l’opération était allée au bout », ajoute-t-il.

Une source du PSG a déclaré à The Athletic que les compétitions européennes ne devaient pas être réservées aux clubs les plus riches et que les petites équipes devaient avoir une chance. 

« Le Qatar ne s’intéresse pas au bien-être des petits clubs. Il faut prendre cela avec des pincettes », tempère Nicholas McGeehan. « Néanmoins, ils ont certainement tout intérêt à être considérés comme les sauveurs des supporters des petits clubs. »

Le PSG est le seul des quatre demi-finalistes actuels de la Ligue des champions à avoir refusé de rejoindre le clan dissident, au contraire de Manchester City, Chelsea et du Real Madrid. 

James Montague estime que la décision du club français ne fera pas vraiment changer d’avis les supporters qui dénoncent un club de super-riches soutenu par les pétrodollars.  

« Mais cela donne aux Qataris une rare victoire sur le terrain des relations publiques », concède-t-il. « Ils seront considérés comme les moins mauvais de la bande. »

Le pari manqué du cheikh Mansour  

Contrairement à d’autres clubs anglais tels que Manchester United, Arsenal et Liverpool, les propriétaires de Manchester City ne sont pas là pour l’argent.

On estime généralement que le cheikh Mansour, vice-Premier ministre et demi-frère du président émirati, cherche à travers son club à servir la réputation de l’État du Golfe. 

« Alors que l’on pouvait se dire que l’opportunité d’enfoncer l’UEFA aurait pu plaire à City, ils ont fait partie des derniers signataires et ils ont été les premiers à se retirer »

– James Montague

Les Émiratis, qui font depuis longtemps l’objet de critiques pour leur politique étrangère et leur bilan interne en matière de droits de l’homme, voient dans le sport une occasion de changer la donne. 

Les propriétaires de City sont adulés par leurs fans pour avoir transformé leur club de milieu de tableau de Premier League – au mieux – en un grand d’Europe. Ils ont également étendu leur influence à la communauté de Manchester dans son ensemble en investissant des centaines de millions de livres dans la réhabilitation de l’est de la ville. 

« Ce réaménagement était une manœuvre en partie politique et en partie commerciale ; il s’agissait d’un excellent moyen d’acheter de l’influence et de s’attirer les faveurs des responsables politiques. Tout cela était très logique », justifie Nicholas McGeehan. 

Étant donné tout le mal que les propriétaires se sont donné pour constituer ce capital politique, on peut se demander pourquoi ils l’ont laissé s’effondrer, littéralement du jour au lendemain.

Contrairement à d’autres propriétaires et présidents désireux de rejoindre une ligue lucrative susceptible de doubler voire tripler les actifs de leur club, le cheikh Mansour avait plus à perdre qu’à gagner.

« À leur décharge, ils ont été les derniers à signer », précise James Montague. « Alors que l’on pouvait se dire que l’opportunité d’enfoncer l’UEFA aurait pu plaire à City, ils ont fait partie des derniers signataires et ils ont été les premiers à se retirer. »

Selon les informations relayées, les dirigeants de City émettaient des réserves au sujet de la scission mais ne voulaient pas perdre au change si les autres venaient à poursuivre le projet. De même, ils se sont peut-être sentis mal à l’aise à l’idée de rester à quai avec le PSG et le Bayern Munich, les deux clubs entièrement ou partiellement financés par leur rival régional qatari.

Dès l’annonce de sa participation à la nouvelle compétition, City a dû faire face à un mur. 

Des supporters protestent contre le projet de Super Ligue européenne devant Stamford Bridge, le stade de Chelsea, à Londres (AFP)
Des supporters protestent contre le projet de Super Ligue européenne devant Stamford Bridge, le stade de Chelsea, à Londres (AFP)

Un des premiers signes de la menace qui pesait sur leur influence politique a été l’intervention de Lord Udny-Lister, envoyé spécial britannique dans le Golfe, qui a indiqué au gouvernement émirati que la participation de City à la Super Ligue nuirait aux solides relations entretenues par le pays avec la Grande-Bretagne. 

« Ce n’est pas du sport si le succès est garanti ou si perdre n’a aucune importance »

– Pep Guardiola, manager de Manchester City

Ce sont ensuite les supporters, qui ont pourtant soutenu leurs dirigeants contre vents et marées, qui ont protesté devant l’Etihad Stadium. L’estocade a été portée par le manager de City, Pep Guardiola, qui a fait part de son mépris pour le projet. 

« Ce n’est pas du sport s’il n’y a pas de relation entre l’effort et la récompense », a-t-il soutenu à propos d’une compétition sans relégation. « Ce n’est pas du sport si le succès est garanti ou si perdre n’a aucune importance. »

Quelques heures après les propos de Pep Guardiola et moins de deux jours après avoir annoncé la participation du club au projet, City a été le premier à déclarer officiellement son intention de se retirer de la Super Ligue.

« Le conseil d’administration regrette profondément d’avoir pris une décision qui perdait de vue les valeurs historiques du club », a déclaré Ferran Soriano, le directeur général du club, dans un message d’excuses adressé aux supporters. 

Alors que le PSG, son adversaire sur le pré et sur le terrain politique, a consolidé son pouvoir au sommet du football européen, City a dû panser ses plaies après une erreur stratégique majeure.  

La participation des pays du Golfe remise en question

Même si le projet de scission est tombé à l’eau, le débat n’est pas encore clos. 

Au-delà des sanctions, une discussion plus large s’est engagée sur l’avenir du ballon rond et en particulier sur la question de la propriété des clubs. 

« C’est le moment idéal pour changer les choses », affirme James Montague. « Il faut une réforme importante mettant les supporters au pouvoir ainsi qu’un rééquilibrage compétitif. Il faut que les milliardaires restent en dehors du football. » 

L’auteur et journaliste estime que les gouvernements, tels que ceux des Émirats et du Qatar, ne devraient pas avoir le droit de détenir des clubs, car cela « fausse la concurrence d’une manière que les autorités ne peuvent contrôler ». 

Des modèles de participation alternatifs ont été présentés ces derniers jours, notamment la règle des 50+1 appliquée dans le football allemand. Ce modèle accorde aux supporters la majorité des droits de vote d’un club, tandis que les investisseurs privés ne détiennent pas plus de 49 % des parts. 

Fin avril, le gouvernement britannique a annoncé le lancement d’un examen du football anglais par les supporters, qui portera sur la propriété des clubs, les finances et l’implication des fans. Ces discussions et les réformes potentielles pourraient obliger les propriétaires actuels et futurs à repenser leur stratégie.    

« City et le PSG sont tous deux des projets politiques. Ils pourraient quitter la scène, ils ne s’accrocheront pas comme si leur vie en dépendait », suggère James Montague. 

« Après le succès de la Coupe du monde, le Qatar souhaitera-t-il encore être impliqué dans le business du football ? À un moment donné, ce sera une question que Manchester City et la famille al-Nahyane se poseront : “Avons-nous obtenu tout ce dont nous avions besoin ?” »

Des supporters de Manchester City critiquent les propriétaires de leur club lors de la finale de la Coupe de la Ligue anglaise contre Tottenham en avril (AFP)
Des supporters de Manchester City critiquent les propriétaires de leur club lors de la finale de la Coupe de la Ligue anglaise contre Tottenham en avril (AFP)

Le fiasco de la Super Ligue pourrait également avoir des répercussions chez leur voisin saoudien, dont la tentative manquée de rachat de Newcastle United, qui a fait grand bruit l’an dernier, a suscité un débat sur les pays qui cherchent à redorer leur blason à travers le « sportswashing ». 

Compte tenu de la large coalition qui s’est formée en avril et de la rhétorique véhémente à l’encontre des propriétaires milliardaires et étatiques, une nouvelle tentative saoudienne de rachat déclencherait probablement une colère encore plus grande. 

« L’establishment britannique fera face à un test grandeur nature quant à savoir s’il résistera aux répercussions si les Saoudiens reviennent un jour », estime James Montague. 

Pour le moment, le statu quo persiste à l’heure où deux des plus grands « nouveaux riches » du football s’affrontent en demi-finale de la Ligue des champions. 

Mais alors que le Qatar et les Émirats arabes unis ont utilisé leur club de football comme un outil de soft power avec une relative facilité au cours de la dernière décennie, les retombées de ces dernières semaines de scandale pourraient laisser présager des turbulences. 

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.