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Donald Trump : le Mouammar Kadhafi américain

Les éclats de Donald Trump contiennent un nombre suffisant de demi-vérités, de banalités et d'absurdités pour qu'il serre la main de l'ancien dictateur libyen

Les élections primaires présidentielles sont un cirque, et cette année Donald Trump en est le clown. Vous le savez et je le sais. C'est pour cela que je m'excuse de gâcher mon éditorial en parlant de Donald Trump. Mais voilà, selon les derniers sondages, Donald Trump dispose d'une avance importante sur ses rivaux républicains, ce qui signifie que le clown a été promu dompteur de lions.

Nous pouvons tous continuer à prétendre que la campagne 2016 de Donald Trump n'a aucune importance, mais elle en a une. C'est en train de se produire. C'est en train de se développer.

Un certain nombre de médias, y compris le Huffington Post, ont pris la décision de priver la campagne de Trump de l'oxygène dont cette dernière a besoin pour continuer à se développer. Lorsque CNN, MSNBC ou Fox News offre une couverture à Donald Trump, ils incluent de manière prévisible au moins un commentaire de la part d'un expert politique surpayé qui prédit : « C'est le début de la fin ».

Mais pour faire un Winston Churchillisme : Ce n'est pas la fin, ni même le commencement de la fin ; mais c'est la fin du commencement pour Trump.

En 2012, les primaires républicaines regorgeaient de clowns - dont Michele Bachmann (« le vaccin contre le VPH cause des retards mentaux »), Herman Cain (« Je ne connais pas le président de l'Ouzbeki-beki-beki-stan ») et Rick Perry (« Oups ») -, mais plus les électeurs républicains apprenaient à connaître les candidats, plus ces derniers chutaient dans les sondages. Ce n'est pas ce qui est en train de se passer pour Donald Trump pour les élections de 2016. Plus il dit de choses excentriques, plus les  électeurs  conservateurs sont attirés par lui.

Il est donc temps de réfléchir à ce qu'une présidence Trump - aussi improbable que cette réalité demeure - signifierait vraiment pour le Moyen-Orient.

Une présidence Trump serait le moment Mouammar Kadhafi de l'Amérique. Oui, un président Donald Trump dirigerait comme un Mouammar Kadhafi avec un accent américain. Les ressemblances en termes de personnalité sont difficiles à ignorer (et trop amusantes pour l'être).

Même s'il reste encore à Donald Trump à parader dans un uniforme d'opéra comic, ils ont/avaient tous les deux des coupes de cheveux extravagantes ; ils pensent/pensaient tous les deux que tous les membres de leurs nations respectives étaient attirés par leurs charmes irrésistibles ; ils font/faisaient tous les deux étalage de leurs richesses ; ils sont/étaient aussi narcissiques qu'un bodybuilder incapable d'arrêter de se regarder dans la glace ; et ils sont/étaient tous les deux attirés par des beautés plantureuses ayant la moitié de leur âge.

Donald Trump dit toujours à qui l'écoute que tout le monde l'adore. Rien qu'au cours des deux dernières semaines, il a déclaré : « Les Mexicains m'adorent », « L'Amérique m'adore », « La Chine m'adore », et même « Mon ex-femme m'adore ».

Mouammar Kadhafi était tout aussi déconnecté de la réalité. En pleine guerre civile qui allait finir par le tuer, le dictateur libyen disait aux journalistes de la télévision : « En Libye, tout le monde m'adore, sauf les drogués. »

L'excentricité et le charisme de Mouammar Kadhafi furent les premières choses qui lui valurent le soutien écrasant du peuple libyen, et ce sont ces deux mêmes qualités qui sont en train de convaincre les électeurs républicains. L'empressement de Mouammar Kadhafi à défier l'Occident lui a valu un niveau de soutien mesurable parmi les Libyens ordinaires, même alors qu'il ruinait le pays. L'empressement de Donald Trump à se dresser contre les immigrants clandestins, la Chine, l'État islamique (EI) et l'Iran lui vaut un niveau de soutien mesurable parmi la plupart des électeurs blancs du sud, même s'il a dilapidé la fortune de son père et qu'il a ruiné Atlantic City.

Il est intéressant de noter les similitudes entre la vie de Mouammar Kadhafi et celle de Donald Trump. Au cours de la campagne présidentielle de Donald Trump pour 2012, qui ne s'est jamais concrétisée, le magnat de l'immobilier se vantait d'être, parmi les candidats républicains, celui qui avait  le plus souvent traité avec des dirigeants étrangers. « Je leur vends de l'immobilier pour des sommes phénoménales. Je veux dire, j'ai fait des affaires avec tout le monde », a déclaré Donald Trump à Fox News en 2011.

Il a également dit qu'il était particulièrement fier d'avoir arnaqué Mouammar Kadhafi avec un contrat immobilier. « Je lui ai loué un terrain. Il m'a payé pour une nuit la valeur de ce terrain pour deux ans, et ensuite je ne l'ai pas laissé l'utiliser », fanfaronnait Donald Trump. « C'est ce que nous devrions faire. Je ne veux pas utiliser le mot 'arnaqué', mais je l'ai arnaqué. »

Un président américain Donald Trump chercherait également à arnaquer le Moyen-Orient, d'une manière s'apparentant à celle dont les despotes de pacotille Saddam Hussein et Mouammar Kadhafi arnaquaient leurs états respectifs au Moyen-Orient. Dans une interview en 2011 avec George Stephanopoulos d’ABC, Donald Trump déclarait qu'il voulait récupérer les dépenses de l'Amérique pour la guerre contre le terrorisme en s'emparant du pétrole irakien. « Alors on vole un champ de pétrole ? », demanda George Stephanopoulos, incrédule. Donald Trump répondit : « Excusez-moi. Vous ne volez rien. Vous prenez - nous nous remboursons. »

Au cours de la même interview, Donald Trump a déclaré qu'il forcerait l'OPEP et l'Arabie saoudite à baisser les prix du pétrole pour les États-Unis. « Je vais les regarder dans les yeux et leur dire 'Les gars, vous vous êtes bien amusés. Maintenant c'est fini' », a promis Donald Trump.

Plus récemment, au cours du lancement de sa campagne pour 2016, de 90 minutes, Donald Trump prononça un discours décousu qui contenait non seulement les grandes lignes de sa politique pour le Moyen-Orient, mais également des raisonnements dépourvus de logique, des demi-vérités, des banalités et des absurdités pouvant le faire serrer la main de l'ancien dictateur libyen.

« Regardez l'accord qu'il [Barack Obama] est en train de conclure avec l'Iran. Il conclut cet accord ; peut-être qu'Israël n'existera plus  très longtemps. C'est une catastrophe, et nous devons protéger Israël », a tonné Donald Trump.

Il n'a pas dit en quoi un gel de dix ans des ambitions nucléaires de l'Iran serait la garantie qu'Israël n'existerait plus très longtemps, mais aucun de ses collègues républicains ne l'a expliqué non plus. Donald Trump affirme également qu'aucun président américain n'a été un plus grand ennemi d'Israël que Barack Obama. Dans un article récent, j'ai déclaré qu'aucun président américain n'avait été un meilleur ami d'Israël que Barack Obama. Vous pouvez vous faire votre propre opinion sur Barack Obama et Israël. Mais il faut savoir que Donald Trump espère construire un terrain de golf à côté de la réserve naturelle de Nitzanim, le long de la côte méditerranéenne en Israël.

Dans l'ensemble, s'agissant d'Israël et de l'Iran, le point de vue de Donald Trump est très proche de celui de la doctrine du GOP.

Là où Donald Trump diverge de l'opinion majoritaire conservatrice, c'est au sujet de l'Arabie saoudite. « Ils gagnent un milliard de dollars par jour, un milliard de dollars par jour. J'adore les Saoudiens, il y en a beaucoup dans ce bâtiment. Ils gagnent un milliard de dollars par jour. Chaque fois qu'ils ont des problèmes, on leur envoie des navires. On envoie, on va protéger - mais qu'est-ce qu'on fait ? Ils n'ont rien à part de l'argent. Si la bonne personne le leur demandait, ils payeraient une fortune. Ils n'en seraient pas là sans nous », radote Donald Trump.

Pour simplifier, ce que Donald Trump est en train de dire, c'est qu'il ferait payer l'Arabie saoudite pour accueillir des bases militaires américaines dans le royaume, et ne réalise clairement pas que l'Arabie saoudite garantit les emplois de milliers de travailleurs américains en fournissant chaque année des armes pour une valeur de plusieurs milliards de dollars.

En continuant sur l'analogie entre Mouammar Kadhafi et Donald Trump, Mouammar Kadhafi avait prononcé une diatribe toute aussi incohérente contre l'Arabie saoudite en rappelant à la monarchie qu'elle n'existait que grâce au mécénat américain. « Vous avez été créés par les Britanniques et vous êtes protégés par les Américains », se moquait-il.

A propos de Daech, Donald Trump a dit qu'il poursuivrait ce groupe terroriste de manière plus agressive que celle employée par le président Barack Obama. Pour quelle raison ? Donald Trump a expliqué que Daech avait construit un hôtel à Mossoul, en Irak, et qu'il ne supporterait pas qu'un concurrent entre dans son activité de construction d'hôtels. Il est facile d'imaginer Mouammar Kadhafi s'en prenant à Daech parce qu'il pensait que la montée d'Abou Bakr al-Baghdadi était trop terne.

Oui, comme Mouammar Kadhafi, Donald Trump associe comédie et tragédie.

Donald Trump deviendra-t'il le 45ème président des Etats-Unis ? C'est peu probable. Remportera-t-il la nomination au GOP ? C'est peu probable. Alors, heureusement pour le Moyen-Orient, Donald Trump est une comédie sans la tragédie. Riez bien.

- CJ Werleman est l'auteur de Crucifying America, God Hates You. Hate Him Back, Koran Curious, et est l'invité de Foreign Object. Suivez-le sur twitter : @cjwerleman

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.

Photo : Image d'archive montrant le milliardaire américain Donald Trump à Beverly Hills, en Californie (AFP)

Traduction de l'anglais (original) par Green Translations.