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La disparition d’Ali Yahia Abdennour bouleverse l’Algérie

Dans les médias et sur les réseaux sociaux, les hommages saluent le militant des droits de l’homme, l’avocat, le politique et le syndicaliste qui aura traversé cent ans de l’histoire du pays 
Ali Yahia Abdennour face aux forces de sécurité lors d’une manifestation à Alger, le 12 mars 2011 (AFP)
Ali Yahia Abdennour face aux forces de sécurité lors d’une manifestation à Alger, le 12 mars 2011 (AFP)
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Son portrait est imprimé sur toute la une du quotidien Liberté. « Jusqu’au bout de ton siècle, tu auras été un impénitent combattant », témoigne l’édito qui l’accompagne. 

Depuis dimanche, les hommages pleuvent dans les médias et sur les réseaux sociaux pour dire adieu à Ali Yahia Abdennour, figure algérienne de la lutte pour les droits humains et politiques, décédé à l’âge de 100 ans. 

Né le 18 janvier 1921 à Thaqa Nath Yahia, un village de Kabylie, il est emporté par la Seconde Guerre mondiale en 1943. « En octobre 1944, il est blessé à la Trouée de Belfort. Passe six mois à Toulouse où il est soigné avant de rentrer au pays en mai 1945, dès l’Armistice », rapporte le quotidien El Watan

Instituteur, il rejoindra ensuite le mouvement de libération contre la France coloniale dans le Parti du peuple algérien (PPA), puis avec le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD), et enfin avec le Front de libération nationale (FLN). 

Arrêté et assigné à résidence de 1957 à 1960, Ali Yahia Abdennour prend la tête du secrétariat général de l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA), avant de devenir, au lendemain de l’indépendance, député FLN de Tizi-Ouzou à l’Assemblée nationale constituante (1962-1964), puis de 1964 à 1965 dans la première Assemblée populaire nationale (APN). 

Il dirigera, de 1966 à 1968, deux départements ministériels, les Travaux publics et les Transports (1965-1966) ainsi que l’Agriculture et la Réforme agraire, avant de démissionner. 

Pour un véritable État de droit

« Devenu avocat quelques années plus tard, ses prises de position lui valent d’être arrêté en 1983 et emprisonné jusqu’en 1984, sans que cela ne le dissuade de ses convictions, puisqu’il sera à nouveau arrêté, en 1985, pour son activisme au sein de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme [LADDH], dont il est membre fondateur », souligne l’agence de presse officielle, l’APS.

« Sous le règne de l’ancien président Abdelaziz Bouteflika, il n’a eu de cesse de revendiquer l’avènement d’un véritable État de droit, en dénonçant notamment l’irrégularité des scrutins, deux décennies durant. »

En mai 2019, trois mois après le début du hirak, ce vaste mouvement populaire qui a conduit à la démission d’Abdelaziz Bouteflika, Ali Yahia Abdennour appelle, dans une lettre ouverte, l’armée à « nouer un dialogue franc et honnête avec des figures représentatives du mouvement citoyen ». 

« Lorsque j’ai été emprisonnée en mai 2019, il fut parmi les premiers leaders à s’être déplacé au siège du parti et à avoir dénoncé mon arrestation. Il faut dire aussi que malgré son âge, il n’a jamais cessé de se battre pour la dignité humaine. Il a vécu avec dignité, fidèle à ses principes », écrit la secrétaire générale du Parti des travailleurs (PT) Louisa Hanoune.

Il a mené « une carrière d’avocat et de militant digne de Mandela et de Gandhi », témoigne le militant politique Karim Tabbou. « Tous les hommages ne seront pas assez pour remercier ce pionnier dans la défense des droits humains. »

« Il traitait chaque personne comme un être humain, loin de toute considération intellectuelle, régionale ou politique. L’extraordinaire combattant pour les droits de l’homme nous quitte, en léguant aux Algériens un riche héritage qui s’est accumulé au fil des années successives de lutte jusqu’à ses derniers jours », témoigne Youcef Aouchiche, premier secrétaire du Front des forces socialistes (FFS).

« À quelques mois de ton centenaire, tu avais encore des rêves de jeune homme pour une Algérie plurielle, libérée de ses démons, réconciliée avec son passé et tournée vers l’avenir. Difficile de te dire adieu, toi qui semblais immortel ! », écrit encore Arezki Aït-Larbi, cofondateur de la première Ligue algérienne des droits de l’homme. « Mais ton parcours restera comme un exemple d’engagement désintéressé, de dévouement et d’intégrité. Désormais, tu reposes au Panthéon des hommes et des femmes qui, depuis des millénaires, ont fait la grandeur de ce pays. »