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Algérie : l’expulsion d’une étudiante en niqab ravive la polémique

Le gouvernement algérien a récemment interdit le voile intégral dans la fonction publique. La mésaventure d’une étudiante intégralement voilée a relancé le débat
En Algérie, le voile intégral vient d’être interdit dans les écoles et les administrations (AFP)
Par MEE

Aïcha Boudjoudad, étudiante en première année à la faculté des sciences humaines et des sciences islamique de l’Université d’Oran, a été obligée de quitter un cours parce qu’elle portait le niqab. 

L’incident a eu lieu en début de semaine, quand un enseignant a demandé à la jeune étudiante d’enlever son voile qui lui cachait le visage parce que, selon lui, c’était interdit. 

Traduction : « Les étudiants de la faculté des sciences humaines d’Oran solidaires avec leurs camarade Aïcha. » 

« J’ai refusé, alors il m’a demandé de lui ramener un document de l’administration de la faculté me permettant de suivre les cours en portant mon niqab », témoigne la jeune femme devant des caméras

L’étudiante a donc décidé de quitter le cours et de contacter l’administration de l’université pour exposer son cas. « Nous allons vous contacter prochainement », a été la réponse de l’administration, selon Aïcha Boudjoudad. 

L’avocat de l’étudiante a déclaré aux médias qu’il n’existait aucune loi interdisant le niqab à l’université

Cette dernière a décidé de porter plainte contre son enseignant. « Son acte m’a humiliée », a-t-elle ajouté. « Je souhaite qu’il s’excuse, pour mon cas et pour le cas de toutes les étudiantes qui portent le niqab à l’université. » 

Son avocat, maître Nadjib Bitam, a déclaré aux médias qu’il n’existait aucune loi interdisant le niqab à l’université, sauf dans les cas des examens, les surveillants peuvent demander aux candidates de révéler leur visage afin de les identifier. Il insiste sur le fait que le port du niqab fait partie des droits individuels. 

Le niqab interdit dans les administrations et les écoles 

L’Association des oulémas algériens, des imams, la branche oranaise de la Ligue des droits de l’homme ainsi que des partis islamistes ont dénoncé en chœur cet incident, tandis que sur les réseaux sociaux, une campagne de solidarité avec l’étudiante a été menée.

En octobre dernier, le gouvernement algérien a interdit, pour les agents du service public, « toute tenue vestimentaire qui entrave l’exercice de leurs missions de service public, particulièrement le port du niqab, qui est strictement interdit sur les lieux de travail ». 

En septembre, la ministre de l’Éducation, Nouria Benghabrit, avait proscrit le port du voile intégral pour les enseignantes dans les établissements scolaires publics. 

« Il faut que l’identité du fonctionnaire de l’éducation soit claire. On ne peut pas gérer l’éducation et l’acte d’enseigner sans que les élèves ne voient le visage de leur enseignante. De même pour les enseignants, qui doivent avoir un habit respectable », avait déclaré la ministre, très critiquée par les milieux conservateurs. 

À LIRE ► L’interdiction du niqab en France viole les droits de l’homme, selon l’ONU

Le ministre des Affaires religieuses, Mohamed Aïssa, a soutenu la décision de sa collègue de l’Éducation : « Il s’agit là d’habits étrangers à nos traditions et à notre culture […] Le niqab n’a pas sa place à l’école », a-t-il affirmé à la radio d’État. 

Les débats autour de la place de la religion dans l’espace public sont souvent animés dans un pays qui a connu une violente insurrection islamiste durant les années 1990. 

Officiellement, « l’islam est la religion de l’État », selon l’article deux de la Constitution algérienne.

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