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Arabie saoudite : Saoud al-Qahtani, le maître des « trolls »

Le bras droit du prince héritier saoudien, pourtant démis de ses fonctions, continuerait à jouer un rôle central dans la campagne d’intimidation menée sur internet par l’Arabie saoudite

L’éternel bras droit de MBS, Saoud al-Qahtani (Twitter)
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De nouvelles révélations nous éclairent sur les pouvoirs de l’homme de confiance du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane (MBS), Saoud al-Qahtani, impliqué dans l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi et récemment cité dans le rapport de l’ONU à ce sujet.

Le média britannique en ligne Bellingcat vient de publier une enquête sur l’influence que continue d’avoir Saoud al-Qahtani, qui a été sanctionné par plusieurs alliés saoudiens, dont les États-Unis.

« Le bras droit du prince héritier, Saoud al-Qahtani, continue de jouer un rôle dans la campagne d’intimidation menée par l’Arabie saoudite », soutient cette enquête documentée, précisant que même si des responsables saoudiens ont assuré que l’homme était en résidence surveillée, il bénéficie encore d’une grande liberté de circulation.

L’impunité pour le bras droit

« Plusieurs médias ont cité des sources affirmant qu’il était toujours dans les bonnes grâces de MBS et continuait à occuper un poste similaire à celui d’avant sa destitution officielle de la cour royale. En janvier 2019, le Washington Post a signalé qu’al-Qahtani avait été vu dans l’enceinte de la cour royale à Riyad », peut-on lire.

« Le même mois, le chroniqueur David Ignatius du Washington Post a annoncé que le MBS entretenait des contacts réguliers avec al-Qahtani. En avril 2019, une source a déclaré au Guardian que MBS restait fidèle à al-Qahtani, ‘’activement engagé’’ dans un rôle similaire à celui qu’il occupait [officiellement] à la tête du centre [l’agence nationale du renseignement], bien qu’il appartienne maintenant au bureau privé de MBS. »

Al-Qahtani a enregistré au moins 22 domaines depuis 2009

Al-Qahtani a enregistré, selon Bellingcat, au moins 22 noms de domaine depuis 2009, dont certains ont été utilisés comme serveurs de commande et de contrôle des logiciels malveillants.

Pour rappel, Saoud al-Qahtani, ex-directeur adjoint de l’Agence nationale du renseignement, considéré comme le bras droit de Mohamed ben Salmane, a été démis de ses fonctions en octobre 2018 pour apaiser l’indignation internationale suscitée par l’affaire Khashoggi.

Le crime contre Khashoggi

Selon Reuters, l’actuel président de la Fédération saoudienne pour la cybersécurité, la programmation et les drones avait été joint par Skype dans une des salles du consulat saoudien à Istanbul lors de l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi. 

« Il a tout d’abord proféré des insultes contre Khashoggi, auxquelles ce dernier a répondu, dit-on de source arabe et turque. Une autre source, au sein des services de renseignement turcs, affirme que Saoud al-Qahtani a demandé à son équipe, composée de hauts responsables des services de sécurité et de renseignement saoudiens, de se débarrasser du journaliste. “Apportez-moi la tête de ce chien”, aurait-il dit, selon cette source », rapporte le journaliste de Reuters.

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Bellingcat détaille l’activisme de Saoud al-Qahtani sur les réseaux sociaux au profit de son véritable patron, le prince Mohamed ben Salmane, depuis au moins 2012.

« Al-Qahtani poursuit ses travaux dans le domaine du piratage informatique », assure Bellingcat qui cite The Guardian.

Le quotidien britannique a révélé le 19 juin qu’il avait été pris pour cible par une équipe de piratage saoudienne commandée par al-Qahtani.

« Au début de l’année, une source à Riyad avait averti le journal de l’ordre donné et avait ensuite confirmé cette menace par un ordre interne confidentiel signé par al-Qahtani, que le Guardian avait examiné », selon l’article d’investigation.

The Guardian ciblé

« Le document, daté du 7 mars 2019, a été rédigé en arabe et appelle les ‘’responsables des départements technologiques et techniques’’ de la direction de la cybersécurité au sein du bureau privé de MBS à ‘’procéder à la pénétration des serveurs du journal The Guardian et de ceux qui ont travaillé sur l’article publié [sur l’affaire Khashoggi] et de traiter le problème en toute confidentialité, puis d’envoyer toutes les données dans les meilleurs délais’’ », explique l’enquête de Bellingcat.

Ces menaces électroniques coïncident avec la publication, le 19 juin, du rapport d’Agnès Callamard, rapporteure spéciale des Nations unies pour les droits de l’homme, sur l’assassinat de Jamal Khashoggi, mais aussi avec la publication, en mars, d’un article sur les tensions entre le roi Salmane et son fils, le prince héritier.

« Effectuez la pénétration des serveurs du Guardian et de ceux qui ont travaillé sur l’article qui a été publié »

- Extrait d’un mémo des autorités saoudiennes

Daté du 7 mars 2019, le mémo obtenu par le Guardian est adressé aux « responsables des départements technologiques et techniques » de ce que l’on appelle la direction de la cybersécurité au sein du cabinet du prince héritier.

« Le mémo fait référence aux ‘’informations sensibles’’ contenues dans l’histoire du Guardian et à la nécessité de localiser ses sources. »

Une attaque signée « direction de la cybersécurité »

The Guardian a publié cette note secrète saoudienne : « D’après ce qui a été publié dans le journal britannique The Guardian, dans son numéro du 28/06/1440 AH (6 mars 2019), qui inclut des informations sensibles sur la relation entre le ‘’Gardien des deux saintes mosquées’’ et son altesse le prince héritier, et en raison de ce que cela représente en termes de menaces graves pour la sécurité et de ce que nous savions avant que quelque chose ne se produise contre la position de son altesse, nous avons effectué un suivi préliminaire des fuites du journal et avons déterminé deux points de communication principaux : Londres et Washington. Il nous semble qu’il existe une relation étroite entre les individus mentionnés ci-dessous et la source (ou les sources) des fuites. »

Dans le rapport d’Agnès Callamard, al-Qahtani, désigné comme l’un des architectes de l’assassinat de Khashoggi, est aussi cité comme étant à l’origine d’une campagne acharnée pour cibler les détracteurs du gouvernement saoudien sur internet.

Agnès Callamard a indiqué, comme l’a expliqué Middle East Eye, que « les experts consultés pour son enquête ont soulevé le rôle joué par les lobbyistes, les agences de relations publiques et les médias qui, engagés par le gouvernement saoudien ainsi que par des particuliers ou des entreprises du royaume, ont cherché à protéger sa réputation à l’étranger ».