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Crise climatique : treize menaces sur le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord

Alors que les États-Unis ont officialisé, ce mardi 5 novembre, leur intention de se retirer de l’accord de Paris sur le climat, signé par 197 pays pour lutter contre le réchauffement climatique, voici un rappel des menaces qui pèsent sur la région MENA
Des vagues déferlent contre la coque d’un navire au large d’Alexandrie lors d’une tempête en janvier 2018 (AFP)
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Les lacs se dessèchent. Des tempêtes de sable ratissent les villes. Des cyclones ravagent des îles.

Le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord ont toujours été habitués à subir davantage que leur juste part de conditions météorologiques et climatiques extrêmes. Mais la situation est encore aggravée par la double menace du changement climatique et de l’intervention humaine qui plane sur la région avec une fréquence et une férocité accrues.

L’eau – ou plutôt le manque d’eau – a provoqué plusieurs crises géopolitiques détournant les ressources d’un pays à l’autre et déstabilisant les communautés agraires, notamment en Égypte, en Irak et en Jordanie.

Dans le même temps, les températures ont atteint des niveaux toujours plus élevés dans le Golfe, notamment 55 °C en Arabie saoudite en juin et 53,7 °C en Iran en 2017.

1. Tempêtes de sable : de pire en pire

Une tempête de sable enveloppe le quartier de Minicity, dans le nord-est de Téhéran, en juin 2014 (AFP)

Les tempêtes de poussière et de sable sont un problème persistant au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Elles causent de graves problèmes de santé et use les infrastructures.

Les tempêtes sont un phénomène complexe régi à la fois par des facteurs humains et naturels. Ils n’obéissent pas aux frontières ni à un calendrier, se produisant en hiver et au printemps dans certaines parties de la région, et frappant d’autres endroits pendant les mois d’été.

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Ce qui est incontestable, en revanche, c’est qu’ils sont en augmentation. « Au Moyen-Orient, il y a eu une augmentation significative de la fréquence et de l’intensité des tempêtes de sable et de poussière au cours de la dernière quinzaine d’années », a rapporté en 2017 Enric Terradellas, analyste à l’Organisation météorologique mondiale (OMM).

En septembre 2015, une tempête de sable géante a couvert une grande partie du Moyen-Orient, occasionnant la fermeture d’aéroports, de multiples accidents de la route et une montée en flèche des admissions hospitalières. La visibilité était tellement limitée que les combats et les bombardements en Syrie et en Irak se sont arrêtés temporairement.

2. Égypte : le combat pour l’eau

Une fois achevé, le grand barrage de la Renaissance éthiopienne sera le plus grand barrage hydroélectrique d’Afrique (AFP)

Le barrage hydroélectrique éthiopien de 6 500 mégawatt (MW) s’apprête à remodeler la complexe politique de l’eau dans le bassin du Nil – et les Égyptiens pourraient faire partie des plus grands perdants.

Le barrage, portant le titre pompeux de « grand barrage de la Renaissance éthiopienne » et en construction sur le Nil Bleu depuis 2011, sera le plus grand d’Afrique lorsqu’il sera achevé.

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Mais au Caire, le projet est surveillé avec inquiétude : l’augmentation rapide de la demande due à la croissance démographique, la gestion catastrophique des ressources et le manque d’investissement dans des infrastructures hydrauliques ont fait de l’Égypte, dont l’approvisionnement en eau douce dépend à 90 % du Nil, l’un des pays les plus confrontés au stress hydrique.

« Personne ne peut toucher la part égyptienne des eaux du Nil », a déclaré le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi en novembre 2017. « C’est une question de vie ou de mort […] C’est notre pays et l’eau doit être garantie à nos citoyens, d’Assouan à Alexandrie. »

3. Le Jourdain, touché par la pollution

Un prêtre orthodoxe chrétien baptise un bébé dans le Jourdain sur le site baptismal de Kasser al-Yahoud, le 14 avril 2009 (AFP)

Le Jourdain est l’un des fleuves les plus célébrés et les plus sacrés : c’est dans ce fleuve, traversé par les Israélites durant les temps bibliques pour rallier leur terre promise, que Jésus fut également baptisé. Or, à l’heure actuelle, ce fleuve gangrené par la pollution n’a plus grand-chose de saint.

Les projets hydroélectriques abandonnés ont également modifié le cours du fleuve, ce qui a des conséquences dévastatrices pour la Jordanie, que l’ONU a décrite comme l’un des pays les plus pauvres en eau de la planète. 

Selon une analyse effectuée par des universitaires à l’université de Stanford en Californie, la disponibilité de l’eau par habitant en Jordanie est passée de 3 600 mètres cubes par an en 1946 à seulement 135 mètres cubes en 2017, soit moins de 4 % du niveau observé 70 ans plus tôt.

4. Irak : les agriculteurs perdent espoir

Un groupe d'hommes coiffent leur abri d'un toit de roseaux récoltés dans les marais du sud de l’Irak, que les experts disent menacés (Nature Iraq)

Alors que le pays était autrefois riche en eau, le sud de l’Irak a dû faire face à des sécheresses successives et à des baisses importantes des précipitations annuelles à la suite de la construction de grands barrages en Turquie et en Iran à partir des années 1970.

Bassora, le principal centre de population de la région, autrefois surnommée « la Venise du Moyen-Orient » pour son réseau de canaux, a connu une baisse considérable de son niveau d’eau. Les habitants de Bassora affirment que l’infiltration de sel dans l’eau l’a rendue impropre à la consommation et a envoyé des milliers de personnes à l’hôpital.

Le manque de fonds pour aider le secteur agricole empêche également le développement de l’infrastructure agraire irakienne.

5. Alexandrie coule de toutes parts

La plage de Stanley, à Alexandrie, en 2015 : la bataille se poursuit entre mer et terre (AFP)

Alexandrie, la deuxième ville d’Égypte, qui compte plus de cinq millions d’habitants, est en train de couler. La métropole côtière tentaculaire, reconnue comme l’un des ports les plus anciens au monde, est attaquée par la mer mais aussi par la terre.

Au nord, le changement climatique fait monter le niveau de la mer Méditerranée, ravageant ainsi le front de mer. Dans le même temps, l’accumulation de limon dans le delta du Nil au sud ronge les fondations côtières sur lesquelles la ville est construite.

6. ONU : les États arabes face à l’urgence hydrique

Un Irakien marche sur de la terre sèche et fissurée dans les marais de Chibayish, près de la ville de Nassiriya, dans le sud de l’Irak, le 25 juin 2015 (AFP)

Les pays arabes sont confrontés à une situation d’urgence en matière d’approvisionnement en eau à laquelle ils doivent apporter une réponse coordonnée, selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), qui prévoit que les ressources par habitant seront réduites de moitié d’ici 2050.

Selon le directeur général de la FAO, José Graziano da Silva, le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord ont souffert plus que toute autre région de la pénurie d’eau et de la désertification, des problèmes aggravés par le changement climatique.

En réponse à cela, ils doivent œuvrer d’urgence à moderniser les techniques d’irrigation et à coordonner les stratégies de gestion de l’eau.

7. Liban : le scandale des ordures

Des pompiers libanais éteignent un tas de déchets en feu au bord d’une rue à Beyrouth (AFP)

Le scandale de la collecte d’ordures au Liban, qui a débuté en 2015, a entraîné la formation de montagnes d’ordures dans les rues libanaises et poussé les habitants à se rassembler et à manifester.

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Toutefois, les années de mauvaise gestion des ordures par les autorités ont également eu des effets néfastes sur la santé des personnes, selon un rapport de Human Rights Watch publié en 2017.

Dans de nombreux cas, les ordures ont par ailleurs été incinérées. « Les personnes vivant près de feux à ciel ouvert ont signalé toute une série de problèmes de santé liés à l’inhalation fréquente et soutenue de la fumée provenant de la combustion à ciel ouvert des déchets », indique le rapport.

« Les feux à ciel ouvert sont un résultat direct de la mauvaise gestion par le gouvernement libanais de ses déchets solides. »

8. La faune et la flore menacées d’extinction

Dalbar, un guépard asiatique, rugit dans un enclos du parc Pardisan de Téhéran, le 10 octobre 2017 (AFP)

La biodiversité – la variété des espèces sous toutes leurs formes – assure la diversité et la durabilité de la planète. Mais comme partout ailleurs dans le monde, elle fait l’objet d’attaques soutenues à travers le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord.

Aux Émirats arabes unis, de vastes projets de valorisation, comme les Palm Islands et l’archipel The World à Dubaï, ont altéré la géographie de la côte et la configuration des vagues et détruit les écosystèmes marins.

Dans le même temps, des espèces rares telles que la panthère de Perse sont menacées d’extinction en raison de la construction de routes et du développement – notamment des industries pétrolière et gazière – qui empiètent sur leur habitat. Des spécialistes de la faune et de la flore affirment qu’il ne subsisterait que 50 guépards asiatiques à l’état sauvage.  

9. En Turquie, la déforestation dévaste des collines

Le site du projet de mine d’or se trouve dans une zone déboisée du nord-ouest de la Turquie, près de Kirazlı (AFP)

Dans l’ouest de la Turquie, des militants ont protesté contre un projet de mine d’or canadien, craignant que la déforestation ne transforme une colline en un désert aride.

L’opposition publique au site situé près de Kirazlı a augmenté après que Doğu Biga Mining, la filiale turque d’Alamos Gold, basée au Canada, a abattu quatre fois plus d’arbres que ce qu’elle aurait annoncé dans un rapport d’impact environnemental, selon les accusations.

Les activistes craignent également que du cyanure ne soit utilisé pour extraire l’or dans le cadre du projet minier, ce qui contaminerait le sol et l’eau d’un barrage voisin. Le gouvernement turc a rejeté les accusations selon lesquelles la mine serait néfaste pour l’environnement, a rapporté Reuters.

10. Dubaï : le boom de l’urbanisation chauffe l’émirat

Des visiteurs se rassemblent près d’une maquette de Mohammed Bin Rashid City lors du salon annuel Cityscape Global, le 21 septembre (AFP)

Dubaï présente l’un des climats les plus chauds de la planète. Au plus fort de l’été, les températures peuvent atteindre 41 °C à l’ombre.

Mais la croissance urbaine de l’émirat – entre 10 % et 13 % d’une année à l’autre au cours des quatre dernières décennies – a donné un élan à ces chiffres. Et ce, malgré les efforts concertés des autorités pour lutter contre le changement climatique.

En 2016, Emily Elhacham et Pinhas Alpert de l’université de Tel-Aviv ont conclu que le béton, le verre, les routes et les méga-parkings avaient remodelé l’environnement et obscurci un sable presque blanc qui, jusqu’au dernier quart du XXe siècle, reflétait la lumière du soleil et la renvoyait dans l’espace. Les surfaces sombres, en revanche, absorbent très bien la chaleur.

11. Arabie saoudite : un hadj irrespirable

Des pèlerins musulmans marchent dans une rue de la ville sainte de La Mecque (Arabie saoudite), le 18 août 2018, avant le début du pèlerinage annuel du hadj (AFP)

Selon des chercheurs, les pèlerins participant au pèlerinage du hadj en Arabie saoudite pourraient être exposés à une chaleur et à une humidité extrêmes causées par le changement climatique.

Le pèlerinage, qui dure cinq jours, attire environ deux millions de musulmans chaque année dans la région de La Mecque. L’étude réalisée par le Massachusetts Institute of Technology (MIT) et l’Université Loyola Marymount de Los Angeles a révélé que les conditions pourraient s’aggraver lorsque l’événement – dont la date change chaque année en raison du calendrier lunaire – tombe en été.

L’année prochaine ainsi que les périodes de 2047 à 2052 et de 2079 à 2086 ont été identifiées comme présentant un risque particulièrement élevé.

Le hadj a connu des bousculades mortelles au cours des dernières années, dont une en 1990 qui a tué 1 462 personnes et une en 2015 qui a fait 769 morts et 934 blessés. Les chercheurs affirment que les dates de ces deux événements coïncident avec des pics de température et d’humidité simultanés dans la région.

« Si vous avez une forte affluence dans un lieu, plus les conditions météorologiques sont difficiles, plus il est probable que cette forte affluence entraîne des incidents de ce type. », a déclaré en 2019 Elfatih Eltahir, professeur d’ingénierie civile et environnementale au MIT.

12. Sport : le prix de l’opulence

Bryson Dechambeau joue un coup lors de l’Omega Dubai Desert Classic à l’Emirates Golf Club, en janvier 2019 (AFP)

L’Emirates Golf Club a ouvert ses portes en 1988, ce qui en a fait le premier green de la région. D’autres lui ont emboîté le pas à Dubaï, en Turquie, à Abou Dabi et à Chypre, notamment.

L’Arabie saoudite a également attrapé le virus, avec au moins treize parcours en construction ou en phase de planification. Comme les autres complexes de la région, ils seront inspirés de ceux que l’on trouve dans des endroits plus favorables et plus frais que les déserts du Golfe.

Selon des calculs, les parcours de golf aux États-Unis nécessiteraient en moyenne 500 000 litres d’eau par jour. Les terrains du royaume et du reste de la région nécessiteront probablement une quantité beaucoup plus élevée, ainsi que des engrais, des pesticides et des herbicides pour être maintenus en vie. Tous ces produits chimiques finissent par s’infiltrer dans de précieuses réserves d’eaux souterraines, ce qui peut occasionner des problèmes de pollution. 

13. Le Yémen frappé par des cyclones

Des habitants marchent dans les eaux de crue lors de leur évacuation de Socotra, au Yémen (capture d’écran/AFP)

L’île yéménite de Socotra a été frappée par des événements météorologiques sans précédent au cours des cinq dernières années.

En 2015, deux tempêtes tropicales rares, les cyclones Megh et Chapala, ont frappé l’archipel, qui doit son surnom de « Galápagos de l’océan Indien » à sa faune et à sa flore uniques, en l’espace d’une semaine.

Clare Nullis, porte-parole de l’Organisation météorologique mondiale, a déclaré que les cyclones tropicaux étaient extrêmement rares dans la péninsule arabique et que deux cyclones consécutifs étaient « un événement absolument extraordinaire ».

En mai 2018, le cyclone Mekunu a ravagé l’île et fait au moins quinze morts.

D’autres événements pluvieux extrêmes sont survenus dans le Golfe, notamment des pluies torrentielles qui se sont abattues au Qatar en octobre 2018, déversant près d’un an de précipitations sur l’émirat en une journée.

Un avenir encore plus sombre à prévoir

Le lac d’Ourmia, dans le nord-ouest de l’Iran : la superficie de ce qui était autrefois le plus grand lac du Moyen-Orient a diminué de 88 % entre 1995 et 2013 (AFP)

En 2017, des scientifiques ont averti que le changement climatique exposait la région MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord) aux conséquences les plus graves du réchauffement, notamment des vagues de chaleur mortelles, une sécheresse généralisée et une élévation du niveau de la mer.

« La région MENA et la Méditerranée peuvent s’attendre à une baisse des précipitations, à une hausse de l’intensité et de la fréquence des épisodes de sécheresse et à des vagues de chaleur extrême beaucoup plus graves », a indiqué à Middle East Eye Benjamin Cook, scientifique à l’Institut Goddard de la NASA.

Les gouvernements de la région présentent également un bilan douteux en matière de lutte contre le changement climatique.

Le Maroc a été classé deuxième sur 57 pays à Indice de performance en matière de changement climatique (CCPI) de cette année, qui examine quatre catégories de performance : les émissions, les énergies renouvelables, l’utilisation de l’énergie et la politique climatique.

Mais alors que l’Égypte figure en milieu de tableau, à la 21e place, la Turquie s’est classée 47e, l’Iran 55et l’Arabie saoudite s’est adjugé la 57et dernière place, qu’elle occupe depuis quelques années.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.