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Irangate II : le secret de polichinelle des tractations de Téhéran avec le « Grand Satan »

Les révélations sur la main secrètement tendue par Rouhollah Khomeini aux présidents américains ne choquent pas ceux qui doutent de la position « Mort aux États-Unis » de Téhéran

De nombreux observateurs des événements au Moyen-Orient ont été surpris par les révélations la semaine dernière selon lesquelles le fondateur de la République islamique, Rouhollah Khomeini, a secrètement tendu la main aux États-Unis pour obtenir leur aide et leur coopération lorsqu’il était en exil, avant la révolution de 1979.

Le slogan « Mort aux États-Unis » s’entend encore aujourd’hui en Iran et le Majlis (Parlement) a voté pour conserver ce slogan en novembre dernier. On vous pardonne donc votre étonnement devant le fait que le dirigeant révolutionnaire iranien était si ouvert – quoique secrètement – à l’idée de coopérer avec les États-Unis en 1963 et 1979.

Toutefois, un examen plus détaillé du cours de l’histoire après sa prise du pouvoir, et même après sa mort en 1989, racontent une autre histoire.

Tout au long des années 1980, les États-Unis d’Amérique, le « Grand Satan » et ennemi juré supposé de l’Iran, ont aidé à ravitailler et réarmer l’Iran durant sa guerre de huit ans avec l’Irak, ce qu’on connaît sous le nom de scandale « Irangate ». Cela peut choquer ceux qui ont gobé l’écran de fumée anti-américain qui dément le fait que l’Iran, sous le chah avant 1979 et sous les mollahs radicaux après, ait toujours essayé de s’acoquiner avec « les impérialistes ».

Cela peut aussi surprendre certains que l’aide américaine à l’Iran pendant la guerre Iran-Irak ait été facilitée par un autre des ennemis jurés de l’Iran : Israël. Le radotage de l’Iran sur l’« axe de la résistance » a séduit beaucoup de ceux qui ne connaissent pas l’histoire de la région et qui comptent sur les médias traditionnels pour s’informer. En faisant étalage de son opposition à l’Occident, en faisant appel aux sentiments d’infériorité des musulmans et en se vantant chaque fois qu’il donne un sou à la résistance palestinienne contre l’occupation israélienne, l’Iran a magistralement trompé des millions de personnes.

Cependant, le masque est aujourd’hui tombé, le bal tire à sa fin et chacun des participants à cette mascarade très internationale révèle sa véritable identité. L’Iran n’est pas un ami de l’opprimé et un ennemi de l’oppresseur. L’Iran n’est pas le sauveur de la dignité musulmane. L’Iran n’est pas celui qui soulage la souffrance, la faim et la misère dans les pays à majorité musulmane les plus pauvres, les plus démunis au monde aujourd’hui. Sous les ayatollahs, l’Iran est l’oppresseur et le nouveau joug qui pèse sur les peuples du Moyen-Orient, qui déchire les communautés par une révolution fondamentaliste et sectaire qui cherche à s’exporter depuis 1979. Il y parvient au-delà de ses rêves les plus fous, et tout cela grâce à l’Occident.

Il y a cinq ans, j’ai écrit sur la façon dont l’Iran était le croque-mitaine volontaire de l’Occident, encouragé à grincer des dents et harceler des pays arabes voisins pour les effrayer et les pousser vers l’Oncle Sam pour accroître leurs achats d’armes et leur dépendance à la protection politique et militaire occidentale. L’Iran se contente de le faire juste assez pour les effrayer sans en faire trop. En effet, en 2011, l’ambassadeur saoudien de l’époque aux États-Unis, le ministre des Affaires étrangères actuel Adel al-Jubeir, a été sauvé d’une tentative d’assassinat par les Iraniens sur le sol américain.

La plupart des pays auraient été furieux qu’une telle chose puisse se produire sur leur territoire, en particulier la seule véritable superpuissance du monde. Mais pas les États-Unis, non, et certainement pas d’une manière significative. Le considérant peut-être comme un cas de « pas de mal, pas de faute », les États-Unis se sont contentés de déclarations retentissantes de condamnation et de soutien à leurs alliés saoudiens, mais n’ont fondamentalement rien fait. Cela contraste fortement avec la façon dont les États-Unis ont réagi en 1993 lorsqu’ils ont lancé 23 missiles de croisière pour pilonner Bagdad après que l’Irak aurait tenté d’assassiner l’ancien président George Bush. Pourquoi couvrir Téhéran, mais punir Bagdad ?

La mise en scène a continué lorsque l’Iran était soumis à des sanctions en raison de son programme d’armes nucléaires. Alors que l’économie iranienne souffrait sans aucun doute, c’était le peuple iranien qui en supportait le poids. Le corps des Gardiens de la révolution islamique (GRI), à la fois structure militaire parallèle et empire commercial, a toujours continué à opérer presque sans entrave via des opérations de façade aux EAU, ainsi qu’avec l’aide du gouvernement fantoche irakien, désormais sous l’emprise des mollahs, pour contourner les effets les plus graves des sanctions occidentales.

Réussir à tromper l’Occident n’était pas seulement un coup intelligent des Iraniens. Il est peu probable que les États-Unis ne puissent pas déployer simplement leurs vastes et significatives capacités de guerre économique et de renseignements pour faire en sorte que les façades iraniennes à Dubaï ne soient pas en mesure d’opérer et que l’or et le produit de leurs bénéfices ne soient pas blanchis par la Turquie. Ni la Turquie ni les Émirats arabes unis n’auraient fait la moindre chose pour arrêter les États-Unis.

Il est également inconcevable que les États-Unis n’aient pas su que l’Iran utiliserait l’Irak pour contourner les sanctions en faisant acheter ou vendre tout ce dont il avait besoin par le gouvernement irakien avant de le faire passer à travers leurs frontières communes. Après tout, les États-Unis disposaient de plus de dix ans d’expérience de siège de l’Irak via un régime de sanctions brutales qui a tué plus d’un million de civils.

Pour en revenir au soi-disant axe de la résistance, les Iraniens ont également échappé aux répercussions pour des actions qui auraient abouti à des bombardements et à l’invasion s’il s’était agi d’autres pays. Dans une interview menée par la chaîne de télévision libanaise Al-Mayadeen, Hassan Nasrallah du Hezbollah a confirmé que son organisation possédait des missiles iraniens avec une portée de 200 km, ce qui signifie qu’elle pouvait frapper partout en Israël et atteste du fait que l’Iran soutient activement un groupe terroriste. Souvenez-vous de ce qui s’est passé quand l’Irak en a été accusé ? Les États-Unis ont détruit le pays et brisé l’Irak, mais n’ont même pas sourcillé à des déclarations aussi manifestes d’un intermédiaire connu de l’Iran.

Comme la célèbre personnalité médiatique arabe Faisal al-Kasim l’a dit, comment un pays comme l’Iran qui surnomme ses opérations militaires « Grand Prophète » accepte que ses forces par procuration en Irak reçoivent un soutien aérien du « Grand Satan » ? Les capacités de narration de l’Iran sont sans égal. Il dépeint une dichotomie entre le monde musulman et l’Occident ainsi que le conflit insoluble qui doit en résulter en conséquence, tout en étant on ne peut plus disposé à accepter l’aide, le soutien et le secours de l’Occident, que ce soit dans la guerre Iran-Irak ou maintenant par le fait que l’Occident ferme les yeux sur ce que font les Iraniens. Rappelons que cela relève de la politique normale et que l’Iran doit être pratique et pragmatique dans la réalisation de ses intérêts.

Cependant, les musulmans feraient mieux de ne pas soutenir l’Iran puisque l’Iran trompe et ment aux communautés musulmanes du monde entier qui estiment que l’Occident les opprime, exacerbe ces sentiments et crée des sentiments d’hostilité. Non seulement cela contribue à rendre le monde plus dangereux, mais cela repose sur le mensonge selon lequel l’Iran est contre l’Occident, alors qu’il s’agit seulement d’une façade qu’il utilise pour s’attirer le soutien des communautés affectées.

Pire encore, l’Occident permet que cela se produise, puis joue la surprise et l’indignation quand il se fait attaquer par des groupes terroristes comme le soi-disant État islamique (EI) qui n’auraient jamais existé sans l’ingérence sectaire iranienne qui fournit un terreau idéal à l’extrémisme. Une telle complicité avec l’Iran est contre-productive non seulement pour la sécurité occidentale, mais aussi pour la vie des communautés à travers le Moyen-Orient qui se déchirent à cause du penchant de l’Iran pour la création de problèmes comme l’EI dans l’unique but de se présenter comme la seule solution au problème en question.

Il est temps que l’Occident cesse toute connivence avec l’Iran et agisse de bonne foi lorsqu’il traite avec le monde arabe et islamique. Seulement alors le monde pourra-t-il mettre collectivement ce fléau du terrorisme extrémiste derrière lui et s’en occuper efficacement.

- Tallha Abdulrazaq est chercheur à l’Institut de sécurité et de stratégie de l’Université d’Exeter. Il a été récompensé par le Young Researcher Award de la chaîne Al Jazeera. Vous pouvez consulter son blog à l’adresse thewarjournal.co.uk et le suivre sur Twitter (@thewarjournal).

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.

Photo : l’ayatollah Rouhollah Khomeini priant à Neauphle-le-Château, près de Paris, le 11 décembre 1978, quelques semaines avant son retour en Iran de son exil (AFP).

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.