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L’ancien envoyé spécial de l’ONU au Yémen a-t-il légitimé le coup d’État ?

Le cas de Benomar met en lumière les défis auxquels l’ONU est confrontée pour ramener la paix dans les zones de conflit et les difficultés auxquelles les diplomates font face pour rester neutres

Pour venir en aide aux régions du monde en crise, les Nations unies emploient un mécanisme consistant à déployer un envoyé spécial dans une région pour faire face aux défis que celle-ci impose. Jamal Benomar, un diplomate marocain expérimenté qui a travaillé avec l’ancien président américain Jimmy Carter sur des questions relatives aux droits de l’homme, a été choisi en 2011 pour contribuer à promouvoir une transition démocratique au Yémen après le Printemps arabe.

En tant qu’envoyé spécial du secrétaire général des Nations unies au Yémen, Benomar a aidé les parties engagées dans la Conférence de dialogue national à parvenir à un accord au Yémen afin de fédéraliser le pays. Toutefois, lorsqu’il a démissionné à la fin de l’année 2015, il a fait l’objet de nombreuses questions concernant sa loyauté envers les Nations unies, son indépendance et son autopromotion à un poste lucratif au sein de l’organisation.

Les médias de la région du Golfe ont critiqué Benomar après son départ. De nombreux articles ont remis en question sa fidélité et l’accusaient parfois de s’être montré partial envers les rebelles houthis venus de Sa’dah, dans le nord du pays.

Les Houthis sont un groupe relevant du chiisme zaydite, une école de pensée appartenant à l’islam chiite dont le nom est tiré de celui de l’imam Zayd ibn Ali. Bien que le Yémen ne fasse pas partie du Conseil de coopération du Golfe, les pays du Golfe se soucient fortement de la situation de leur voisin yéménite, en particulier l’Arabie saoudite, avec lequel le Yémen partage une frontière de 1 800 kilomètres.

Le journal Al-Riyadh, quotidien pro-gouvernemental saoudien, a publié en avril 2015 un long portrait de Benomar intitulé « Jamal Benomar a déformé le visage de la tragédie ». Le récit, apparu avec la mention « Spécial », a vivement critiqué le rôle joué par Benomar au Yémen. « Les Yéménites ont créé le hashtag #Benomar_ment sur Twitter pour discréditer sa déclaration ; celui-ci a été repris dans plusieurs dizaines de milliers de tweets », a écrit un rédacteur anonyme dans le quotidien Al-Riyadh.

Tawakkol Karman, une activiste yéménite qui a reçu le prix Nobel de la paix en 2011, a également accusé Benomar d’avoir penché en faveur des rebelles au cours d’un accord qu’il a négocié.

« Il semblerait que le nouvel accord soit appelé à entraîner le désarmement de l’armée gouvernementale et à renforcer les milices, avec votre bénédiction, M. Benomar », a déclaré Karman sur sa page Facebook.

Le cas de Benomar met en lumière les défis auxquels l’ONU est confrontée pour ramener la paix dans les zones de conflit et les difficultés auxquelles les diplomates font face pour rester neutres dans ces conflits. Il attire également l’attention sur le clivage saoudo-iranien et sur la porte tournante entre le gouvernement et la diplomatie. En outre, son mandat d’envoyé spécial met en lumière le partenariat russo-iranien dans la région.

La Russie et l’Iran ne veulent pas que les États-Unis contrôlent le Moyen-Orient, c’est pourquoi les deux pays viennent en aide au président syrien Bachar al-Assad, dont le père était un allié de l’Union soviétique et a lutté contre l’influence occidentale dans la région. La famille d’Assad appartient aux alaouites, une secte chiite, et c’est une autre raison pour laquelle l’Iran, qui est en grande partie chiite, le soutient. L’Iran soutient les Houthis au Yémen pour cette même raison d’ordre sectaire. D’autre part, l’Arabie saoudite, qui est dominée par les sunnites, tente de stopper l’influence iranienne dans la région.

Le défi de Benomar au Yémen

L’importance du travail de l’envoyé spécial du secrétaire général de l’ONU a considérablement augmenté après le Printemps arabe en 2011. Les envoyés spéciaux tentent toujours à l’heure actuelle de rétablir la sécurité et la stabilité en Syrie, en Libye et au Yémen.

L’ancien secrétaire général de l’ONU Kofi Annan a occupé le poste d’envoyé spécial pour la Syrie en 2012. Bill Clinton, ancien président américain, a été l’envoyé spécial de l’ONU en Haïti en 2009. Cette fonction exige une connaissance approfondie des situations complexes et dangereuses dans les zones de conflit. Ainsi, la plupart de ceux qui l’endossent disposent d’une expérience politique étendue et bien établie.

La vaste expérience de Benomar en géopolitique lui a donné l’ascendant dans cette tâche difficile. Il est né au Maroc en 1957 et est âgé de 59 ans. Lors de ses études secondaires, il a été prisonnier politique entre 1976 et 1983 à cause de sa sympathie pour la gauche du pays. Après sa libération, il a travaillé avec Amnesty International à Londres en tant que spécialiste de l’Afrique ; il est ensuite parti à Genève, où il a rejoint le Conseil des droits de l’homme des Nations unies. Benomar a également occupé le poste de directeur du Centre Carter de l’Université Emory, où il a travaillé avec l’ancien président américain Jimmy Carter sur des questions relatives aux droits de l’homme.

Le diplomate marocain a été choisi pour la mission internationale au Yémen en raison de sa vaste expérience au sein de l’ONU, où il s’est occupé de conflits dans de nombreux pays, dont le Kosovo, la Bosnie, l’Afrique du Sud et l’Irak. Il travaillait avec une équipe de 75 membres entre Sanaa, la capitale du Yémen, et le siège de l’ONU à New York, où il informait le Conseil de sécurité des dernières actualités au Yémen. Son équipe comprenait 35 travailleurs politiques et 25 agents administratifs basés au Yémen, ainsi qu’une équipe de 15 agents de sécurité qui était chargée de protéger l’envoyé spécial lors de ses déplacements à l’intérieur du pays.

Malgré l’accessibilité des armes au Yémen, les Yéménites sont parvenus à mener à bien une révolution pacifique en 2011. Après les révolutions en Tunisie et en Égypte, plusieurs milliers de Yéménites se sont rassemblés à Sanaa pour protester contre la corruption et pour réclamer la démission du président yéménite Ali Abdallah Saleh. Ces protestations au Yémen ont été une partie importante des soulèvements arabes de 2011.

Contrairement aux événements en Égypte, en Libye et en Syrie, une solution politique a suivi la révolution yéménite et a donné lieu à des accords entre les parties en conflit. L’effort diplomatique a rencontré quelques succès sous les auspices de l’ONU. Néanmoins, la situation s’est détériorée par la suite.

L’initiative du Golfe pour résoudre le conflit au Yémen

Après plusieurs mois de protestations, les pays voisins du Yémen ont proposé l’« Initiative du Golfe », qui a déclaré que le pouvoir du président yéménite Saleh serait transféré à son vice-président, Abd Rabbo Mansour Hadi, un sunnite de 70 ans originaire d’Abyan, une ville du sud du Yémen. Il était un candidat de consensus des partis politiques yéménites, qui l’ont accepté pour remplacer Saleh, un chiite zaydite de 73 ans originaire de la région septentrionale du pays.

Le 23 novembre 2011, Saleh a signé l’initiative à Riyad et le processus de transition politique a été annoncé. Acceptée à l’échelle internationale, l’Initiative du Golfe a été parrainée par Benomar, qui commençait alors sa tournée au Yémen. « C’est un jour historique. Il est temps d’œuvrer à la reconstruction du pays et à la réconciliation nationale et d’assurer la sécurité et la stabilité », avait-il déclaré après la cérémonie de signature à Riyad.

Le 21 février 2012, Hadi était le seul candidat aux élections présidentielles qui ont été organisées à l’issue de l’Initiative du Golfe. Il a gagné avec 99 % des suffrages et a été intronisé président du Yémen le 27 février pour diriger la période de transition.

Malgré des débuts prometteurs, cela n’a pas abouti à la sécurité ou à la stabilité que les Yéménites avaient espérées. Saleh a décidé de se venger de ceux qui se sont assis sur son trône. Il a formé une nouvelle alliance avec les Houthis, qui étaient ses adversaires lorsqu’il était au pouvoir.

Le dialogue national

Sur la base de l’Initiative du Golfe, toutes les parties yéménites ont convenu d’un dialogue national pour rédiger une nouvelle constitution. Le 13 mars 2013, Benomar a réussi à réunir les parties autour de la table de dialogue présidée par le président intérimaire Hadi. Quelques difficultés sont survenues pour parvenir à un accord sur la mise en œuvre de l’Initiative du Golfe. Benomar a joué un rôle important dans son lancement et sa finalisation.

À la fin du dialogue, qui a duré dix mois, les factions du Yémen ont convenu de prolonger le mandat de Hadi d’une année supplémentaire et d’établir un nouveau système fédéral pour le pays. Sur la base de l’accord, une commission présidentielle a décidé de transformer le Yémen en une fédération de six régions.

Le Dr Najeeb Ghanem, membre du parlement yéménite et leader du parti Islah représentant les Frères musulmans, a confirmé que Benomar a rencontré le succès lors du dialogue national.

« C’est vraiment un carrefour, c’est une pierre angulaire dans l’arène des activités politiques au Yémen. C’est une réussite historique », avait-il déclaré.

Mohammed al-Qubati, ministre yéménite de l’Information, était du même avis que Ghanem.

« À l’ONU, Jamal a joué un grand rôle dans l’ensemble du processus qui a suivi l’initiative du CCG dans le cadre de la conférence de dialogue national », a-t-il affirmé.

Le coup d’État houthi et l’Accord pour la paix et un partenariat national

Le bras de fer du processus de transition politique s’est poursuivi jusqu’à ce qu’un changement dramatique survienne en septembre 2014. Les Houthis, qui s’étaient alliés à Saleh, ont empêché le succès du dialogue national et ont lancé un coup d’État contre le gouvernement légitime de Hadi en attaquant la capitale Sanaa. Le 21 septembre, les Houthis soutenus par l’Iran ont pris le contrôle de la capitale du Yémen et pris d’assaut le siège du gouvernement, marquant la chute de Sanaa. Ils ont établi un conseil présidentiel de transition et continué à avancer vers le sud.

Pendant ce temps, Benomar se trouvait dans la province de Sa’dah, patrie des Houthis, et organisait des rencontres avec le chef houthi Abdul-Malik al-Houthi.

« Ce jour-là, les milices ont envahi Sanaa ; la même nuit, il [Benomar] est venu avec les représentants des Houthis au palais présidentiel de Sanaa avec le projet d’Accord pour la paix et un partenariat national à faire signer », a indiqué Mohammed Jumaih, analyste politique.

« Il y avait une sorte d’accord caché qui a permis aux Houthis d’avancer jusque Sanaa afin de vaincre les Frères musulmans, et du point de vue occidental, c’est une bonne nouvelle, parce qu’ils voient les Houthis comme des partenaires solides dans le cadre de la guerre contre le terrorisme », a expliqué Jumaih.

Les Frères musulmans sont considérés comme une organisation terroriste par l’Arabie saoudite et l’Égypte.

Le même jour que la prise de Sanaa par les Houthis, l’Accord pour la paix et un partenariat national a été signé entre le gouvernement légitime et les Houthis afin de résoudre la crise entre les deux parties. Cela a confirmé la formation d’un nouveau gouvernement dirigé par le vice-président actuel Khaled Bahah et la nomination de conseillers présidentiels issus des Houthis et du Mouvement du Sud. Les Houthis ne se sont pas retirés de Sanaa, qu’ils ont conquise après l’accord, et ont poursuivi leur coordination avec Saleh.

Cet accord est considéré comme l’une des questions les plus controversées de la mission de Benomar au Yémen. La plupart des partis ont été forcés de signer parce que les Houthis étaient au pouvoir.

« Cet accord a été signé après le coup d’État et aussi par la force ; les Houthis ont ainsi forcé les partenaires à venir le signer. La situation n’était pas aussi normale que cela et la signature est allée à l’encontre des intentions de la plupart des partenaires politiques au Yémen », a expliqué Ghanem.

« Cet accord a été de mon point de vue planifié et conçu pour répondre aux besoins et au programme politique des Houthis », a soutenu Jomaih.

Lorsque les Houthis ont occupé la capitale, l’envoyé spécial de l’ONU n’a pas condamné leur action : il a simplement exprimé ses préoccupations au sujet de ce qui était arrivé puis a poursuivi sa rencontre avec les Houthis et les autres parties.

Selon al-Qubati, Benomar faisait preuve de naïveté vis-à-vis des Houthis.

« Les Houthis jouaient à repousser la ligne d’arrivée : chaque fois qu’il atteignait quelque chose, ils repoussaient la ligne d’arrivée et gagnaient de plus en plus ; il leur a donc donné beaucoup. Même après leur avoir octroyé l’Accord pour la paix et un partenariat national, ils ont beaucoup gagné, mais même avec cela, il n’a pas pu aboutir à une mise en œuvre », a précisé al-Qubati.

J’ai essayé de joindre Benomar pour recueillir ses explications sur ses actions dans le cadre de l’Accord pour la paix et un partenariat national. Je lui ai envoyé des points détaillés ; toutefois, l’intéressé n’a pas répondu à mes questions.

Le Dr Abdulaziz bin Saqr, président du Gulf Research Center, n’a pas partagé l’avis d’al-Qubati, estimant que Benomar a été coincé entre les deux parties au conflit.

« Il a essayé de faire face à la réalité sur le terrain, où il a vu que les Houthis se trouvaient déjà à Sanaa et avaient le contrôle de la situation : il a donc essayé de tirer le meilleur parti de cette situation », a affirmé bin Saqr.

Ce dernier a également mis en avant la question de l’autorité de l’envoyé spécial.

« Les gens attendent de l’ONU qu’elle joue un rôle visant à récupérer les armes des Houthis, mais ce n’est pas ce que le mandat stipule ; ils attendent de l’envoyé spécial qu’il crée une zone de sécurité, un couloir de sécurité, et fournisse une aide humanitaire aux différents villages, mais cela n’est pas compris dans le mandat de l’envoyé spécial », a indiqué bin Saqr.

Un conflit d’intérêts

Cependant, Ghanem a soutenu que Benomar recherchait une victoire personnelle au Yémen.

« Il était très désireux de voir sa mission rencontrer un franc succès, en dépit de tous ces événements sur le terrain qui sont allés à l’encontre de ses souhaits et de ses intentions », a-t-il expliqué.

« Par tous les moyens, il cherche simplement à clore ce dossier ou à parvenir à un accord afin qu’il puisse le mettre dans son dossier et s’offrir ainsi un nouvel avenir et une nouvelle mission », a indiqué Jomaih.

Benomar n’est pas le premier envoyé spécial à avoir été accusé de cela. La question du conflit d’intérêts dans la mission de l’envoyé spécial de l’ONU a été soulevée l’an dernier en Libye, lorsque l’envoyé spécial de l’ONU Bernardino León a accepté le poste de directeur général de l’Académie diplomatique émiratie avec un salaire de 1 000 livres sterling par jour à la clé. Les Émirats arabes unis soutiennent un camp de la guerre civile en Libye. Selon The Guardian, León s’est vu proposer ce poste en juin et a passé l’été à négocier un poste rémunéré 35 000 livres sterling par mois avec un État du Golfe qui soutient un camp de la guerre civile à laquelle il essayait de mettre fin.

Originaire d’Espagne, León a été nommé représentant spécial et chef de la mission d’appui des Nations unies en Libye. Avant cela, León a officié en tant que représentant spécial de l’Union européenne en Égypte, où il a été critiqué pour avoir ouvert la voie au coup d’État militaire qui a eu lieu le 3 juillet 2013, lorsque le chef de l’armée égyptienne, le général Abdel Fattah al-Sissi, a pris la tête d’une coalition pour évincer le seul président égyptien démocratiquement élu, Mohamed Morsi.

Lors d’un séminaire politique en mai 2015, Mohamed el-Baradei, devenu vice-président égyptien suite au coup d’État, a révélé que l’envoyé de l’UE en Égypte, León, était impliqué dans les négociations qui ont mené au coup d’État militaire de juillet 2013 contre le président Mohamed Morsi.

« J’ai signé pour une sortie digne de M. Morsi [...] J’ai signé pour un plan sur lequel a travaillé mon ami Bernardino León, qui essaie de faire la même chose en Libye, mais tout cela a été jeté par la fenêtre. La violence a commencé à prendre le dessus et lorsque la violence a commencé à prendre le dessus, il n’y avait pas de place pour quelqu’un comme moi », a affirmé el-Baradei.

Involontairement, il a confirmé que León n’était pas impartial dans sa mission en Égypte. León et Benomar ont tous deux été accusés d’avoir penché en faveur d’une des parties au cours de leurs missions.

Le placement en résidence surveillée et l’évasion de Hadi

Dans la capitale yéménite, les Houthis ont exigé la nomination de plusieurs dizaines de leurs partisans à des postes de leadership militaire, mais le vice-président et le président ont refusé et démissionné, bien que le Parlement ne se soit pas réuni pour approuver leur démission. Par conséquent, le 20 janvier 2015, les rebelles houthis ont placé Hadi en résidence surveillée à Sanaa. Un mois plus tard, Hadi a réussi à s’échapper pour la ville portuaire d’Aden, où il a retiré sa démission. Il a démissionné au moment où les Houthis ont pris le palais présidentiel et assiégé sa résidence à Sanaa ; cependant, à l’issue de son évasion, il a affirmé que toutes les mesures prises par les Houthis étaient invalides et illégitimes.

Le 19 mars 2015, les rebelles houthis ont fait décoller un avion depuis Sanaa vers Aden qui a visé sans succès le palais présidentiel dans lequel Hadi résidait. Deux jours après cette attaque, Hadi a demandé l’aide de l’Arabie saoudite.

La coalition dirigée par l’Arabie saoudite et la résolution 2216

Le 26 mars 2015, en réponse à une demande formulée par Hadi, l’Arabie saoudite a formé une coalition de pays arabes comprenant les Émirats arabes unis, le Koweït, l’Égypte, la Jordanie, le Soudan, le Qatar, Bahreïn et le Maroc pour soutenir son intervention. La coalition dirigée par l’Arabie saoudite a lancé une attaque aérienne massive contre les rebelles houthis et les forces de Saleh au Yémen. La coalition sunnite a aidé Hadi dans ses efforts visant à mettre fin à l’influence chiite au Yémen.

Sur le front diplomatique, en combinaison avec cette opération baptisée « Tempête décisive », l’Arabie saoudite et les autres pays arabes ont commencé à faire pression sur le Conseil de sécurité de l’ONU pour faire passer la résolution 2216, qui a été adoptée le 14 avril 2015. La résolution exigeait que les Houthis se retirent de toutes les zones qu’ils ont prises pendant le conflit et remettent leurs armes. La résolution a été adoptée mais n’a jamais été appliquée. Le refus des Houthis de se retirer soulève à nouveau la question de l’autorité et du pouvoir des Nations unies dans les zones de conflit.

« Nous parlons de la résolution 2216 du Conseil de sécurité : qui va l’appliquer sur le terrain ? Qui va recevoir les armes remises par les Houthis ? Qui va distribuer l’aide humanitaire ? », s’était interrogé bin Saqr.

Le conflit a dégénéré et a été un thème central de l’Assemblée générale des Nations unies qui s’est tenue en septembre dernier à New York. Le président yéménite Hadi a réitéré son appel lancé aux rebelles houthis pour qu’ils déposent les armes. Hadi s’est exprimé en ces termes lors de son discours à l’Assemblée générale des Nations unies :

« C’est notre position depuis le début du combat. Nous avons coopéré avec tous les efforts véritables fournis par la communauté internationale, en particulier par M. Ban Ki-moon et M. Ismail Ould Cheikh, l’envoyé spécial du secrétaire général, conformément à la résolution 2216 du Conseil de sécurité. Le processus politique s’est ensuite poursuivi en fonction des résultats du dialogue national, facilité par le Conseil de coopération du Golfe. Permettez-moi de rappeler que tous les efforts déployés en vue d’un règlement pacifique de la crise politique doivent être salués et soutenus. Une fois encore, je voudrais indiquer aux Houthis, la milice de Saleh, qu’ils doivent déposer leurs armes. Ils doivent agir en accord avec la raison et appliquer la résolution 2216 du Conseil de sécurité de façon sincère. Je suis venu pour soutenir la paix et la concorde. »

Le Conseil de sécurité des Nations unies a émis la résolution 2216 en avril 2015, exigeant le retrait des Houthis de toutes les zones prises au cours du conflit actuel. Le seul vote non positif au sujet de la résolution a été l’abstention russe, un résultat qui est le fruit d’un travail acharné de la diplomatie saoudienne. Un veto russe aurait fait avorter la résolution.

« Il nous a fallu de nombreuses rencontres privées avec l’ambassadeur de Russie pour faire adopter la résolution », a déclaré Saad al-Saad, vice-ambassadeur saoudien auprès des Nations unies.

La Russie et l’Iran ont des intérêts communs au Moyen-Orient et les deux pays soutiennent le président Bachar al-Assad en Syrie. Toutefois, la Russie n’a aucun intérêt direct au Yémen.

L’aveu de Benomar

Deux jours après la résolution du Conseil de sécurité, Benomar est passé aux aveux lors de son discours au siège de l’ONU, à New York. Il a souligné l’échec des efforts qu’il a déployés pour reconstruire le processus de transition politique, causé par « l’escalade de la violence », sans nommer de partie responsable.

« Les factions yéménites étaient tellement proches d’une solution politique, mais en sont si loin désormais », a déclaré Benomar.

Un mois après les frappes aériennes, Benomar a déclaré au Wall Street Journal que la campagne de bombardement saoudienne contre les rebelles houthis avait aggravé la situation.

« Lorsque cette campagne a commencé, une chose importante est cependant passée inaperçue : le fait que les Yéménites étaient proches d’un accord qui aurait institué un partage du pouvoir avec les Houthis », a affirmé Benomar au Wall Street Journal.

Bien que certains Yéménites reprochent à Benomar d’avoir contribué à détériorer la situation au Yémen en organisant des pourparlers de paix infructueux entre les Houthis et le gouvernement yéménite, le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a annoncé la nomination de Benomar au poste de conseiller spécial, au niveau de sous-secrétaire général, après sa mission au Yémen. Il a également été désigné responsable principal de l’ONU en charge de la crise au Burundi.

Le nouvel envoyé spécial et les pourparlers de Genève

Après la démission de Benomar de son poste d’envoyé spécial au Yémen, le Secrétaire général de l’ONU a nommé le Mauritanien Ismail Ould Cheikh Ahmed pour le remplacer. Ahmed s’est montré optimiste et a déployé de nombreux efforts pour mener les « pourparlers de paix de Genève » en travaillant en étroite collaboration avec le Conseil de coopération du Golfe. Les pourparlers se sont tenus à Genève le 16 juin 2015 et ont été conclus sans accord entre le gouvernement et les Houthis. Toutefois, le 9 juillet, l’ONU a annoncé une trêve sans condition entre le 10 et le 17 juillet. Les deux parties au conflit ont brisé la trêve dans l’heure qui a suivi son entrée en vigueur.

Al-Qubati estime que celui qui gêne le travail des envoyés spéciaux est l’ancien président, qui soutient les Houthis.

« Tous deux [les envoyés spéciaux de l’ONU] ne se rendent pas compte qu’ils ont affaire à un personnage aussi espiègle que le président déchu [Ali Abdallah Saleh], un criminel qui peut jouer toutes sortes de stratagèmes », a-t-il affirmé.

Ahmed a organisé une nouvelle série de pourparlers à la mi-décembre en Suisse en combinaison avec un cessez-le-feu qu’il a annoncé. Les parties ont convenu de former deux comités spéciaux, le premier axé sur l’aide humanitaire et le second sur un cessez-le-feu ; pourtant, le conflit se poursuit toujours.

Le 17 février 2016, lors d’une session du Conseil de sécurité sur le Yémen, Ahmed a déclaré qu’il avait décidé de reporter la nouvelle série de pourparlers de paix en raison de la poursuite du différend sur le programme des pourparlers : les parties au conflit sont profondément divisées quant à savoir si un cessez-le-feu doit intervenir pour coïncider avec une nouvelle série de négociations.

De nouveaux efforts

Le 7 mars 2016, l’Arabie saoudite a entamé des pourparlers directs avec les Houthis pour la première fois après près d’une année de guerre. Les pourparlers étaient axés sur les moyens de mettre fin à la guerre et de lancer un cessez-le-feu immédiat.

Selon Reuters, la visite a été initiée à l’invitation des autorités saoudiennes après une semaine de discussions préparatoires secrètes. Environ 3 000 civils ont perdu la vie au cours du conflit actuel au Yémen. Beaucoup craignent une guerre régionale plus large entre l’Iran et l’Arabie saoudite si le conflit se poursuit.

Le 23 mars 2016, l’envoyé spécial de l’ONU Ould Cheikh Ahmed a annoncé que les parties au conflit au Yémen avaient convenu d’une cessation des hostilités à l’échelle nationale à partir du 10 avril. Il a également confirmé que de nouveaux pourparlers de paix auraient lieu au Koweït le 18 avril. « C’est vraiment notre dernière chance », a déclaré Ahmed au siège des Nations unies à New York. « Il faut mettre un terme à la guerre au Yémen. »

- Asem Alghamdi est un journaliste saoudien. Il a travaillé auparavant pour Al-Jazeera en Arabie saoudite. Il a obtenu une maîtrise à la Columbia Journalism School. Cet essai a été initialement publié sur son site web. Un extrait de cet essai au format vidéo est également disponible sur YouTube. Vous pouvez le suivre sur Twitter : @Asem

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.

Photo : Jamal Benomar, alors envoyé spécial de l’ONU au Yémen, donne une conférence de presse à Sanaa, capitale du Yémen, le 23 novembre 2011 (AFP)

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.