Aller au contenu principal

« Mort aux Arabes » : le nouveau slogan officieux de l’armée israélienne ?

Les déclarations ridicules selon lesquelles Israël aurait « l’armée la plus morale » au monde négligent le fait que celle-ci tue autant de civils que Boko Haram

« Je suis intimement persuadé que l’armée israélienne est l’armée la plus morale du monde », avait déclaré Ehud Barak, le Premier ministre israélien de l’époque, en plein cœur du siège de Gaza par Israël en 2008-2009 – une invasion aérienne et terrestre qui a coûté la vie à près de 1 500 Palestiniens, des civils pour la plupart.

Tout le monde, du magnat des casinos et des médias Sheldon Adelson  à l’avocat juif américain Alan Dershowitz, a repris cette affirmation dans l’espoir que, répétée assez souvent, le monde finirait par y croire.

Ce trope a même été coopté par ceux qui ne disposent d’aucun lien ancestral ou même spirituel avec Israël. Le colonel Richard Kemp, ancien commandant de l’ensemble des forces britanniques en Afghanistan, a formulé cette assertion pendant le siège de Gaza l’été dernier : « Israël est l’armée la plus morale que le monde ait jamais connu. » Vraiment ? Je ne peux pas en être sûr, mais il est probable que Gandhi, qui a libéré un pays sans tirer une seule balle, se soit étranglé en entendant cela depuis le paradis.

De nombreux propagandistes pro-israéliens rabâchent ce trope « l’armée israélienne est l’armée la plus morale au monde », si bien qu’il apparaît désormais comme le slogan officieux de l’armée israélienne.

C’est un slogan suspect vu qu’Israël a procédé à une invasion terrestre dévastatrice et mené un assaut aérien sur Gaza l’année dernière sous de faux prétextes. Ayant perfidement relié le Hamas et Gaza à l’enlèvement et à l’assassinat de trois adolescents en Cisjordanie, l’armée israélienne a largué pour 370 millions de dollars de bombes sur l’une des zones les plus densément peuplées au monde.

L’effort d’Israël pour « dégager le terrain », ou comme d’autres l’ont qualifié « gérer l’occupation », a entraîné la mort de plus de 2 000 Palestiniens (outre les 10 000 blessés), des civils pour la plupart, dont plus de 500 enfants. Sans parler des multiples affirmations corroborées selon lesquelles l’armée israélienne a utilisé des civils palestiniens comme « boucliers humains ».

D’accord, parlons-en. La Cour suprême israélienne a conclu que l’armée israélienne avait utilisé des Palestiniens comme boucliers humains à 1 200 reprises rien qu’entre 2000 et 2005.

Revenons-en au siège de Gaza de l’an dernier. Les dommages causés à l’infrastructure et à l’économie de Gaza étaient tout aussi dévastateurs. Plus de 400 entreprises ont été anéanties ; les bombardements israéliens ont détruit 10 000 maisons et en ont endommagé 100 000 autres ; 24 centres médicaux ont été frappés, de même que l’unique centrale électrique de Gaza.

Si vous voulez vous faire une idée du tapis de bombes largué sur Gaza, semblable au niveau des bombardements de la Deuxième Guerre mondiale, référez-vous aux estimations de l’armée israélienne : « 390 000 obus de chars, 34 000 obus d’artillerie et 4,8 millions de balles ont été utilisés pendant les combats. »

Compte tenu que la population de Gaza s’élève à 1,8 million de personnes ; l’armée israélienne a tiré près de deux balles par habitant de la bande de Gaza.

« La puissance de feu disproportionnée que les forces israéliennes ont utilisée contre les infrastructures civiles de Gaza montre un Goliath frustré, incapable de soumettre son adversaire pourtant largement sous-armé », écrit Max Blumenthal, qui était à Gaza pendant les bombardements, dans son nouveau livre intitulé The 51 Day War.

Si l’on devait doter l’armée israélienne d'un slogan vraiment représentatif de l’opinion d'une grande partie de la société israélienne et de l’armée aujourd’hui, on pourrait choisir pire que « Mort aux Arabes ».

Pendant le siège de 2014, un sondage Israel Democracy Institute a révélé que 95 % des Israéliens ont soutenu l’invasion, près de la moitié se plaignant que l’armée israélienne n’ait pas suffisamment recouru à la force. En d’autres termes : « Mort aux Arabes. »

En déambulant dans les décombres de la bande de Gaza dévastée par les bombardements, Blumenthal a noté qu’un certain nombre de bâtiments palestiniens, qui avaient été utilisés comme postes militaires par l’armée israélienne lors de l’invasion, avaient été tagués avec les mots : « Mort aux Arabes. »

Ces maisons palestiniennes vandalisées ne sont pas simplement l’expression frustrée de la guerre puisque « Mort aux Arabes » est devenu un mouvement au sein même d’Israël.

Récemment, « Mort aux Arabes » a été tagué sur des écoles juives arabes, hurlé pendant des attaques de colons israéliens visant des Palestiniens en Cisjordanie, et chanté par plus de 200 manifestants d’extrême-droite à proximité d’un mariage musulman.

En réponse à l’enlèvement des trois adolescents israéliens, dont Israël a perfidement accusé le Hamas, donnant ainsi une justification politique à l’invasion de Gaza, les groupes sionistes ont tenu des rassemblements « Mort aux Arabes » à Jérusalem.

C’est l’expression du néofascisme et le comportement d’un État de plus en plus fasciste. Cependant, ce qui est ironique et triste dans cette situation, c’est que l’occupation illégale par Israël de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est est la source de l’auto-radicalisation de ces civils qui clament « Mort aux Arabes » dans les rues et des soldats qui taguent les murs de maisons palestiniennes.

Le mois dernier, j’ai interviewé deux soldats du Lishkat HaGiyous (bureau de recrutement) de l’armée israélienne à Jérusalem, des soldats dont le travail est d’examiner et de tester les nouvelles recrues pour déterminer quelle branche de l’armée conviendrait le mieux au candidat. Je leur ai demandé s’il était courant que de nouvelles recrues déclarent simplement : « Je veux tuer des Arabes ». Ils ont répondu que c’était plus courant à Jérusalem car les candidats en provenance des territoires occupés (la Cisjordanie et Jérusalem-Est) passent par ce bureau de recrutement.

Chaque soldat chargé du recrutement a estimé qu’environ cinq nouvelles recrues sur cent lâchent « Je veux tuer des Arabes » lors de la première entrevue. Davantage le pensent, mais ne sont pas assez stupides pour le dire. « C’est différent selon l’endroit d’où le candidat est originaire. S’ils viennent d’au-delà de la Ligne verte ou s’ils vivent dans les colonies, il y a davantage de chances qu’ils soient excités à l’idée de tuer des Arabes », a déclaré Aki, un recruteur pour l’armée israélienne et habitant du sud de la Galilée, qui n’a pas souhaité divulguer son nom pour des raisons évidentes. « Si vous demandez à quelqu’un de Tel Aviv, les chances seront plus faibles », a déclaré Sheera, un recruteur qui habite à Jérusalem-Est.

Les deux soldats expliquent clairement que les Arabes qui ne vivent pas sous occupation ne détestent pas l’armée et entretiennent « des relations amicales », mais pour les Israéliens qui vivent dans les Territoires occupés, « vous êtes quotidiennement en contact avec les Arabes et vous voyez ce qu’ils pensent de vous. »

C’est l’occupation, idiot.

Les colons juifs dans l’illégalité font l’objet d’une résistance hostile de la part de ceux dont ils occupent les terres. Les colons de Cisjordanie et de Jérusalem-Est sont assujettis à des railleries et des représailles, et quand les enfants de colons ont l’âge de rejoindre l’armée, ils le font avec le ressentiment anti-arabe qu’ils ont refoulé. « Mort aux Arabes » devient un mantra. « Mort aux Arabes » est inscrit à la craie sur des obus militaires destinés à Gaza.

Alors que 750 000 colons juifs vivent actuellement dans l’illégalité dans les territoires occupés, le spectre civil, politique et militaire s’oriente de plus en plus vers la droite. Une armée civile qui se déplace toujours plus vers l’extrémité fasciste du spectre idéologique est mauvais signe pour ceux qui osent lui résister, surtout quand de hauts-responsables religieux commencent à demander « l’extermination de la population ennemie par tous les moyens qu’elle juge appropriés. »

Un rapport publié récemment par Action on Armed Violence (AOAV) conclut qu’Israël a tué et blessé plus de civils par armes explosives en 2014 que tout autre pays au monde. Le rapport définit les armes explosives comme étant des « munitions telles que des bombes larguées, des mortiers, des engins explosifs improvisés et des obus d’artillerie » qui causent des « décès, blessures et dommages par le souffle de l’explosion, la chaleur et souvent la fragmentation autour d’un point de détonation. »

Parmi les 4 022 blessés et morts dus aux engins explosifs recensés par AOAV dans la bande de Gaza, 3 813 étaient des civils. « Cela signifie que les civils représentaient une part alarmante de 95 % des personnes tuées ou mutilées par des explosifs à Gaza, ce qui place Israël au même niveau que le groupe militant Boko Haram, dont les attentats-suicides et les attaques meurtrières par EEI (engin explosif improvisé) ont causé 97 % de pertes civiles au Nigéria. Par comparaison, le taux de victimes civiles en Syrie, souvent cité par Israël pour détourner l’attention de ses propres atrocités, était de 81 % », note Rania Khalek.

On devrait agrafer le rapport d’AOAV et l’enquête de l’ONU à Gaza sur le front de Sheldon Adelson, d’Alan Dershowitz, d’Ehud Barak, du colonel Richard Kemp et de toute autre personne qui prétend que « l’armée israélienne est l’armée la plus morale au monde ».

Si des slogans doivent être trouvés, « Mort aux Arabes » en est un qui occupe l’espace de tête idéologique de l’armée israélienne. Ce pseudo-slogan s’entendra de plus en plus souvent et deviendra plus retentissant à mesure qu’Israël continuera de gérer son occupation illégale.
 

CJ Werleman est l’auteur de Crucifying America, God Hates You. Hate Him Back et Koran Curious. Il est également l’animateur du podcast « Foreign Object ». Suivez-le sur Twitter : @cjwerleman

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.

Photo : troupes israéliennes (AFP).

Traduction de l’anglais (original) par VECTranslation.