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Cinq sites historiques ottomans à visiter à Athènes

Depuis quelques années, le gouvernement grec rénove des édifices ottomans afin d’attirer les touristes du Moyen-Orient
La mosquée Tzistarakis, située à proximité immédiate de la station de métro Monastiráki, est un site touristique populaire (Wikimedia
La mosquée Tzistarakis, située à proximité immédiate de la station de métro Monastiráki, est un site touristique populaire (Wikimedia)
Par Patrick O. Strickland à ATHÈNES, Grèce

Du Parthénon au Stade panathénaïque, la capitale grecque ne manque pas de sites historiques spectaculaires pour les visiteurs. Des millions de touristes passent par Athènes chaque année, et pas seulement pour transiter vers sur des îles populaires telles que Mykonos et Santorin.

L’Acropole, la citadelle mondialement connue qui se dresse au sommet de la ville, est l’un des sites les plus populaires de la ville, tout comme l’Agora, qui était autrefois le marché et le principal lieu de rencontre des Athéniens.

Dans les rues étroites du quartier de Pláka, à l’ombre de l’Acropole, les touristes prennent des selfies devant des monuments vieux de deux millénaires voire plus.

En ce qui concerne les sites historiques de la ville datant de l’époque ottomane, jusqu’à ces dernières années, nombre d’entre eux étaient délaissés et oubliés. Mais la donne est en train de changer.

Athènes fut sous domination ottomane de 1458 à 1821, date à laquelle la Grèce proclama son indépendance (elle passa brièvement sous domination vénitienne de 1678 à 1688). La lutte longue et souvent violente entre les Ottomans et les Grecs au cours du XIXe siècle et au début du XXe siècle laissa un héritage amer qui s’est traduit par une destruction massive de l’architecture et des symboles ottomans. 

Une relation historique

Dans certaines parties du nord-ouest de la Grèce, où vit la minorité musulmane du pays (Turcs, Pomaks et Roms), les mosquées et autres sites islamiques et ottomans sont monnaie courante. Mais dans de nombreuses régions de Grèce, les symboles de l’époque ottomane ont été détruits ou altérés.

Selon Dimitris Loupis, universitaire et spécialiste de l’histoire gréco-ottomane, les sites ottomans sont de plus en plus restaurés depuis les années 1990, une tendance qui reflète un changement « [dans] l’idéologie de l’État en faveur de la préservation des sites de différentes époques ».

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Dans les régions septentrionales que la Grèce a gagnées dans les décennies qui ont suivi son indépendance, « un nombre considérable d’édifices ottomans sacrés et séculaires ont survécu », explique Dimitris Loupis à Middle East Eye.

« Malheureusement, aujourd’hui encore, certains sites historiques sont des propriétés privées, mais ils seront progressivement achetés par l’État », précise l’universitaire, qui a travaillé sur des projets de restauration aux quatre coins du pays. « Dans le nord de la Grèce, [un grand nombre] d’édifices ottomans doivent être restaurés. »

Néanmoins, les touristes à Athènes pourront trouver plusieurs vestiges de ce type, fondus dans le décor, qui témoignent de la relation historique de la capitale grecque avec le monde islamique et l’Empire ottoman.

Nicolas Nicolaidis, un historien spécialisé dans l’histoire des Balkans qui organise des visites des monuments ottomans historiques qui subsistent à Athènes, explique qu’aucun de ces sites ne remplit encore sa fonction d’origine aujourd’hui.

« Ils ne sont pas tous directement liés à l’islam, mais plutôt à la présence ottomane », indique-t-il à Middle East Eye.

Cependant, de nombreux sites ont tout simplement disparu. « Ils ont été démolis intentionnellement, souligne l’historien. Ils n’étaient pas considérés comme des éléments de patrimoine, en particulier au XIXe siècle. Ceux qui ont été préservés l’ont été pour des raisons pratiques. »

L’année dernière, l’Organisation nationale grecque du tourisme (EOT) s’est associée au site de vente en ligne de voyages Wego pour encourager les touristes du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord à visiter le pays. 

Selon les données de Wego, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis sont les pays du Moyen-Orient où l’idée d’un voyage en Grèce intéresse le plus la population.

Middle East Eye se penche sur cinq sites populaires liés au passé ottoman d’Athènes.

La mosquée Tzistarakis

Construite en 1759, la mosquée Tzistarakis porte le nom du gouverneur ottoman Mustapha Agha Tzistarakis. La mosquée se trouve toujours sur la place Monastiráki, prisée des touristes.

D’après la légende, Mustapha Agha Tzistarakis aurait utilisé un pilier d’un temple grec ancien pour bâtir la mosquée, ce qui constituait une violation d’un ordre sultanique visant à maintenir les temples et les monuments à la disposition du public.

Après l’indépendance de la Grèce en 1821, la mosquée fut utilisée comme caserne militaire et comme prison (MEE/Nick Paleologos)
Après l’indépendance de la Grèce en 1821, la mosquée fut utilisée comme caserne militaire et comme prison (MEE/Nick Paleologos)

Pour calmer la colère des habitants, le sultan décida de bannir le gouverneur, qui fut ensuite assassiné.

La mosquée demeura un lieu de culte jusqu’au début de la guerre d’indépendance grecque contre l’Empire ottoman. Après l’indépendance de la Grèce en 1821, la mosquée servit notamment de caserne militaire, d’entrepôt et de prison. Son minaret aurait été détruit entre 1839 et 1843.

Au début du XXe siècle, la mosquée est devenue un musée. Pendant une courte période, en 1966, l’édifice a retrouvé sa fonction originelle de lieu de prière pour le roi Saoud lors de son exil en Grèce après son départ du pouvoir.

Aujourd’hui, la mosquée Tzistarakis, située en face de la station de métro Monastiráki, est un site prisé des touristes.

La porte de la médressé

Construite à l’époque ottomane en 1721, la médressé (madrasa), ou école islamique, était un lieu de rassemblement pour les personnalités importantes de la communauté musulmane de la ville. L’école comprenait une cour spacieuse et des quartiers résidentiels.

En 1821, une grande partie de la médressé fut endommagée et détruite pendant la guerre d’indépendance grecque.

Les personnalités importantes de la communauté musulmane de la ville se réunissaient autrefois dans la médressé (MEE/Nick Paleologos)
Les personnalités importantes de la communauté musulmane de la ville se réunissaient autrefois dans la médressé (MEE/Nick Paleologos)

Le site fut ensuite reconstruit et reconverti en prison pendant un certain temps : les condamnés à mort étaient pendus à un arbre dans la cour.

La prison fut fermée par la suite et le site subit de nouveaux dégâts lorsque des ruines romaines furent excavées sous le site de la médressé.

Aujourd’hui, il ne subsiste qu’une porte qui constituait l’entrée de la médressé. Les vestiges de l’entrée se composent d’une arche en pierre et d’une porte en bois, envahies par des buissons et des arbres.

La mosquée Fethiye

Située dans l’Agora d’Athènes, à quelques pas de la mosquée Tzistarakis, la mosquée Fethiye, ou « mosquée de la conquête », est ouverte aux visiteurs depuis 2017.

Construite sur les ruines d’une basilique chrétienne, cette ancienne église fut convertie en mosquée peu de temps après l’arrivée des Ottomans à Athènes. Les Vénitiens reconvertirent brièvement la mosquée en église lorsqu’ils s’emparèrent d’Athènes à la fin du XVIIe siècle.

La mosquée Fethiye est ouverte aux touristes depuis 2017 (MEE/Nick Paleologos)
La mosquée Fethiye est ouverte aux touristes depuis 2017 (MEE/Nick Paleologos)

Après l’indépendance de la Grèce, l’édifice changea une nouvelle fois d’usage, servant tour à tour d’école, de caserne militaire, de prison et de boulangerie militaire.

À partir du début du XXe siècle, le site servait d’entrepôt pour les artefacts trouvés lors des fouilles de l’Agora et de l’Acropole.

En 2010, le gouvernement grec a décidé de restaurer le site et en 2013, le Conseil archéologique central a approuvé sa restauration, comprenant d’importantes rénovations structurelles. 

Le Bain des Vents

Situé près de l’Agora, le Bain des Vents est un hammam construit à l’époque ottomane et le seul édifice historique de ce type qui subsiste dans la ville. La date exacte de sa construction est inconnue.

Autrefois connu sous le nom de hammam Abid Efendi, l’édifice était un bain traditionnel utilisé alternativement par les hommes et les femmes.

Le bain public historique accueille aujourd’hui des expositions (Creative Commons)
Le bain public historique accueille aujourd’hui des expositions (Creative Commons)

Si sa structure fut modifiée à plusieurs reprises au cours de son existence, il conserva sa fonction de bain public jusqu’en 1965, d’après le gouvernement grec.

Le site a ensuite été restauré et confié au Musée de la culture grecque moderne. Depuis 1998, il accueille des expositions et des événements culturels.

Le manoir Benizélos

Construit au début du XVIe siècle, le manoir Benizélos est souvent décrit comme la plus ancienne maison d’Athènes. Cette bâtisse de deux étages, rénovée au XIXe siècle, sert aujourd’hui de musée.

Entouré de hauts murs, le manoir possède une petite cour, un puits et une fontaine, entre autres traits communs aux maisons construites pendant l’occupation ottomane de la Grèce. Il est situé dans la rue Adrianou, non loin de la place Monastiráki.

Le manoir Benizélos offre un aperçu de la vie ottomane à Athènes (Nick Paleologos)
Le manoir Benizélos offre un aperçu de la vie ottomane à Athènes (Nick Paleologos)

« Cette typologie de maisons était courante [à l’époque ottomane], quelle que fût la religion », explique l’historien Nicolas Nicolaidis.

Construite à l’origine par le noble Angelos Benizélos, la maison était la résidence de sa fille, Filothei, une sainte grecque orthodoxe et martyre du XVIe siècle.

En 1972, le ministère grec de la Culture a exproprié le manoir, qui a ensuite été cédé à l’archidiocèse d’Athènes en 1999.

Restauré et ouvert au public depuis 2017, il sert désormais de musée privé et offre un aperçu de la vie domestique à Athènes à l’époque ottomane.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.

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