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EN IMAGES – Dans le quotidien des Saoudiennes de Riyad

Travail, sport, concerts : discrètement, les Saoudiennes de Riyad s’emparent des petites libertés qui leur ont été accordées. La photographe Catalina Martin-Chico en saisit quelques instants fugaces
Sheikha al-Hassan et ses amies, devant le restaurant turc Lokma, sur The Boulevard, le nouvel endroit à la mode dans la capitale (MEE/Catalina Martin-Chico)

RIYAD – Admises dans les stades, autorisées à conduire ou à entrer dans les police, libérées de leur tuteur pour créer une entreprise… L’Arabie saoudite a beaucoup communiqué sur les mesures prises pour assouplir le statut de la femme dans le royaume. 

Mais l’actualité rappelle régulièrement que pour celles qui ont choisi de défendre leurs droits, la vie peut rapidement devenir un enfer. 

Le 25 janvier, Amnesty International a de nouveau dénoncé la situation dans laquelle se trouvent plusieurs défenseurs des droits humains arrêtés lors de la vague de répression de mai 2018, toujours détenus dans un lieu inconnu sans qu’aucune enquête indépendante ne soit menée malgré des allégations de torture. Parmi eux, les militantes Loujain al-Hathloul, Iman al-Nafjan, Aziza Yousef.

Depuis le début de l’année, les témoignages de Saoudiennes ayant fui leur pays et dénonçant le manque de libertés à l’intérieur du royaume ont aussi attiré l’attention des médias.

La jeune Rahaf Mohammed al-Qunun, qui a trouvé refuge au Canada, a déclaré à la télévision canadienne avoir voulu échapper à sa condition « d’esclave » et à la violence physique infligée par sa famille. 

La journaliste Reem Sulaiman, exilée aux Pays-Bas, a raconté à Middle East Eye les pressions exercées par Saoud al-Qahtani, un des plus proches conseillers du prince héritier Mohammed ben Salmane impliqué dans l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi

Selon Madawi al-Rasheed, professeur invitée à l’Institut du Moyen-Orient de la London School of Economics, les fugues de Saoudiennes sont estimées à plus d’un millier chaque année. 

Mais comment vivent celles qui restent ? Lauréate du prix Canon de la photographie en 2018 pour son reportage sur l’explosion de la natalité chez ex-guérilleras des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), Catalina Martin-Chico, photographe franco-espagnole, s’est rendue à Riyad en 2017 et a pu figer des images rares : celle de Saoudiennes dans leur vie quotidienne, dans la rue, au travail ou au sport.

Du sport contre l’obésité. Cours de sport à l’Université King Saudi, sur le campus des femmes. Jusqu’à récemment, le sport était interdit aux filles, sauf dans les écoles privées. C’est en juillet 2017 que le ministère de l’Éducation a annoncé l’introduction des activités sportives en milieu scolaire, dans le cadre du projet Vision 2030 voulu par le prince héritier Mohammed ben Salmane (MBS). Même si ce plan de réformes économiques et sociales est très critiqué, l’ONG Human Rights Watch a, à l’époque, salué la décision d’intégrer les cours d’éducation physique à l’école en soulignant : « Ce pas important peut faire avancer les droits des femmes et améliorer leur santé en dépit des barrières légales qui subsistent dans le pays ». Il faut savoir que 44 % des Saoudiennes souffrent d’obésité. 

Un homme pour l’empowerment des femmes. Khalid Alkudair est fondateur et directeur de Glowork, une start-up qui vise à augmenter l’autonomie des femmes. Il travaille avec le ministère du Travail pour fournir du travail aux jeunes Saoudiennes dans le secteur privé et public grâce à un fichier de 600 entreprises. Son entreprise a reçu de nombreux prix depuis sa création en 2011. Le projet Vision 2030 prévoit de faire passer la part de femmes dans la population active de 22 % à 30 % d’ici 2030.

Un concert entre amies. Dans le centre culturel du Roi-Fadh, des jeunes filles prennent des photos de membres de la famille royale, à la sortie du tout premier concert féminin donné à Riyad, avec chanteuse libanaise Hiba Tawaji, le 6 décembre 2018.  

Entreprendre sans les hommes. Lujain al-Ubaid, directrice et fondatrice de Tasamy, incubateur de start-ups à but non lucratif et social, se réunit avec ses collaboratrices. Les restrictions à l’emploi, longtemps soumis au système de tutelle, ont été assouplies ces dernières années : depuis février 2018, les femmes sont par exemple autorisées à lancer leur propre entreprise et à bénéficier des services administratifs en ligne sans avoir le consentement de leur tuteur (mari, père, frère). 

L’artiste Hiba Sultan travaille sur le corps des femmes. Elle a exposé son travail à Tokyo, Miami, et, en mars 2018, à New York. 

Selfie ! Rehab, 24 ans, est constamment sur Snapchat et entretient son réseau de 50 000 followers toute la journée en faisant des vidéos. Ici, au parc Albujairi, dans la vieille ville de Dariya, dans les faubourgs nord-ouest de Riyad. Les Saoudiennes sont très actives sur les réseaux sociaux, notamment pour y défendre leurs droits et critiquer le système de tutelle.