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La mort de l’exilé palestinien en Bulgarie entourée de mystère

La famille d’Omar Zayed affirme que sa mort résulte d’une trahison
La mort d’Omar Zayed a été violente, selon les rapports (MEE/Diana Zayed)

Quelques heures après que le citoyen palestinien Omar Zayed a été retrouvé mort au sein de l’ambassade palestinienne à Sofia, en Bulgarie, les circonstances entourant sa mort restent floues.

« Tout ce que nous souhaitons dire pour l’instant, c’est que ce qui est arrivé était une trahison », a déclaré Mohamed, le fils de Zayed âgé de 19 ans, à Middle East Eye. Submergé par l’émotion, Mohamed a précisé ne pas être en mesure d’ajouter quoi que ce soit.

Plus tôt dans la journée, l’ambassadeur palestinien à Sofia, Ahmad al-Madbouh, avait confié aux médias bulgares qu’il soupçonnait un assassinat.

« La persécution israélienne a entraîné son assassinat […] Pour l’instant, on pense que ceux qui le persécutaient auraient pu tenter quelque chose contre lui. Voilà pourquoi on attend les résultats de l’enquête », a déclaré Madbouh.

Cependant, d’autres sont moins prompts à désigner la piste criminelle. Selon l’avocat de Zayed, Omar Muslah, sa mort est un accident. Il a rapporté avoir visité l’ambassade après que le corps de Zayed a été enlevé, avoir vu les taches de sang et parlé au personnel de l’ambassade.

« Je pense qu’il s’est probablement rendu dans les étages supérieurs de l’ambassade, il s’est sans doute penché et, par accident, est tombé », a déclaré Muslah dans une interview accordée à Middle East Eye.

Il a expliqué que Zayed vivait dans une petite pièce à l’ambassade depuis fin décembre, moment où il s’est caché après avoir été informé qu’Israël cherchait à obtenir son extradition. Muslah a rapporté que les employés de l’ambassade l’avaient vu la veille et lui avaient parlé ; il n’y avait rien d’inhabituel dans son comportement.

Muslah a indiqué que sa dernière conversation avec son client remontait à lundi dernier et qu’ils avaient discuté des détails de son affaire. L’avocat a mentionné que son client était un peu stressé.

Zayed a été trouvé avec ce qui a été décrit comme des blessures graves et sanglantes dans le jardin de l’ambassade palestinienne vendredi matin.

Le procureur général Sotir Tsartsarov a révélé qu’un appel vers le numéro d’urgence national avait été reçu à 7 h 32 et qu’une ambulance avait été envoyée immédiatement. Lorsque l’équipe d’urgence est arrivée à l’ambassade palestinienne, Zayed était encore en vie. Tsartsarov a précisé qu’il existait de nombreuses hypothèses sur la cause du décès, notamment une chute d’un endroit élevé.

Selon Tsartsarov, l’ambassade ne disposait ni de vidéosurveillance ni de sécurité physique.

L’ambassadeur palestinien Ahmad al-Madbouh a souligné que l’État bulgare n’assurait plus la sécurité de l’ambassade depuis sept ans, en dépit de demandes répétées.

Zayed était réticent à se rendre aux autorités bulgares, craignant que le tribunal bulgare ne se prononce en faveur de la demande d’Israël, a ajouté son avocat.

Muslah préparait sa défense, laquelle reposait sur l’argument selon lequel Zayed était un prisonnier politique et donc que la convention européenne d’extradition n’était pas applicable à son cas.

Israël prétend que Zayed a assassiné un étudiant yeshiva (religieux) à Jérusalem en 1986. Le quinquagénaire originaire de Jénine en Cisjordanie occupée vivait en Bulgarie depuis 1994, suite à son évasion en 1990 d’un hôpital de Bethléem où il était soigné pour des problèmes causés par une grève de la faim de 40 jours contre sa condamnation.

Zayed niait avoir commis ce meurtre et avait affirmé que ses aveux avaient été extorqués sous la torture par les autorités israéliennes.

Juste avant sa mort, Zayed avait reçu des documents de l’Autorité palestinienne montrant que, après son emprisonnement en 1986, les autorités israéliennes avaient expulsé sa famille de leur maison à Jénine et démoli la chambre dans laquelle il vivait – un traitement réservé aux prisonniers politiques palestiniens en Israël.

Zayed appartenait au Front populaire de Libération de la Palestine (FPLP). Le groupe a condamné son meurtre et a accusé les Israéliens d’avoir perpétré son « assassinat ».

Muslah a démenti les informations des médias étrangers selon lesquelles un ultimatum avait été lancé à Zayed qui aurait eu trois jours pour se rendre aux autorités bulgares en janvier.

Selon la télévision nationale bulgare, le Premier ministre bulgare Boyko Borisov aurait dit que lors de sa visite en Israël et en Palestine cette semaine, les deux parties avaient évoqué la question de l’extradition de Zayed. Il a dit qu’il avait répondu que l’affaire Zayed devait suivre le processus judiciaire.

 

Traduction de l’anglais (original) par VECTranslation.

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