Aller au contenu principal

Le parlement tunisien adopte une loi sur la parité pour les élections locales

Cette nouvelle loi devrait garantir que les femmes occupent environ 50 % des sièges aux conseils locaux lorsque les élections auront lieu l’année prochaine
Des Tunisiennes lors d’un rassemblement à Tunis marquant le 5e anniversaire de la révolution de 2011 (AFP)

TUNIS – Mercredi, le parlement tunisien a adopté avec une écrasante majorité un projet de loi qui va grandement contribuer à augmenter la représentation des femmes à travers le pays lors des élections locales en mars prochain.

Avec la nouvelle loi, les partis ou blocs devront présenter un nombre égal d’hommes et de femmes comme têtes de listes, ce qui devrait renforcer la représentation féminine.

Bien que la loi précédente ait marqué un progrès vers la parité entre les sexes, ses détracteurs affirment que, dans la pratique, le premier candidat cité était presque toujours un homme, conduisant à ce que seuls 68 sièges sur les 217 du parlement tunisien (31 %) soient actuellement occupés par des femmes.

La loi a été soutenue par 127 députés, 3 se sont prononcés contre et 4 se sont abstenus. Ce changement, selon ses partisans, constitue un bond en avant pour la Tunisie – qui a déjà l’une des plus fortes proportions de sièges occupés par des femmes dans les parlements nationaux par rapport aux autres pays de la région – et lance les femmes politiques du pays sur la voie d’une plus grande influence encore.

Les partisans du projet de loi insistent sur le fait qu’il aidera particulièrement les femmes politiques dans les régions intérieures et du sud du pays, qui sont traditionnellement déconnectées de la capitale.

Rym Mahjoub, qui dirige le groupe parlementaire du parti politique de centre-droit Afek Tounes, a déclaré à Middle East Eye : « Avoir une démocratie sans les femmes n’a aucun sens. C’est une grande réussite pour les droits des femmes. Nous devons commencer par la discrimination positive et continuer ensuite à partir de là. »

Yusra Ghannouchi, porte-parole du principal parti islamiste Ennahdha, a déclaré que le projet de loi, soutenu par une majorité des membres de son parti au parlement, est « une étape supplémentaire vers l’augmentation de la participation des femmes à la prise de décision et à la gestion des autorités locales, et une reconnaissance de toutes les femmes qui sont très actives dans leur localité ».

La constitution de la Tunisie, adoptée après le renversement de l’ancien président Zine el-Abidine Ben Ali en 2011, stipule que le pays doit chercher à établir l’égalité totale entre les hommes et les femmes.

Les élections régionales et locales de mars prochain devraient être un projet de grande envergure pour l’actuel gouvernement d’unité tunisien et verra la réalisation d’un plan visant à déléguer la concentration du pouvoir de Tunis à 350 municipalités à travers le pays.

Lors des élections législatives de 2014, le parti Nidaa Tounes de l’actuel président Béji Caïd Essebsi a remporté la majorité, mais a été frappé par une série de démissions un an plus tard, faisant d’Ennahdha le premier parti, bien que Nidaa Tounes détienne toujours plus de postes ministériels.

Contrairement aux élections législatives nationales de 2014, les élections locales devraient se concentrer davantage sur les besoins individuels des districts et sur les candidats, plutôt que sur la politique des partis.

Souhail Alouini, qui appartenait auparavant à Nidaa Tounes et est actuellement député du bloc parlementaire Al-Horra, a déclaré que ses partis, tant l’ancien que l’actuel, avaient massivement appuyé cette initiative.

« La situation des droits civiques s’améliore en Tunisie », a-t-il déclaré. « Nous avons beaucoup de femmes compétentes, mais à cause d’une mentalité obsolète, beaucoup d’entre elles ont été exclues des postes de pouvoir. L’exclusion n’est jamais bénéfique. »

Rym Mahjoub, d’Afek Tounes, a dit se sentir fière de l’adoption du projet de loi et espère que cela signifie que l’exclusion des femmes sera éradiquée.

« Les femmes constituent la moitié de la population de la Tunisie et les résultats des tests universitaires montrent que les femmes réussissent mieux que les hommes dans l’enseignement supérieur », a-t-elle indiqué. « Les femmes doivent continuer à travailler ensemble et à défendre leurs droits et, un jour, arriver à des postes de prise de décision. »

Le gouvernement tunisien est actuellement dirigé par une coalition de quatre partis : Nidaa Tounes, Ennahdha, l’Union patriotique libre (UPL) et Afek Tounes.

Les femmes au sein des gouvernements au Moyen-Orient (part des femmes occupant des fonctions ministérielles en 2014)

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.