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Le prince héritier d’Arabie saoudite gravement malade ?

Alors que l’état de santé du prince héritier alimente les spéculations, un consensus se dégage sur le fait que le vice-prince héritier, âgé de 30 ans et troisième dans l’ordre de succession au trône, est « dans les faits » le numéro un
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Des spéculations sur le fait que le prince héritier d’Arabie saoudite serait gravement malade ont émergé cette semaine après la visite du vice-prince héritier Mohammed ben Salmane à la Maison Blanche.

Bruce Riedel, ancien agent des services de renseignement nationaux et membre de l’équipe de transition du président américain Barack Obama, a déclaré vendredi à NBC News que ben Salmane, âgé de 30 ans, était en visite aux États-Unis parce que son père, le roi Salmane, mais aussi le prince Mohammed ben Nayef, deuxième dans l’ordre de succession au trône, étaient tous deux gravement malades.

« Nous avons posé beaucoup de jalons pour Mohammed ben Nayef. Il serait judicieux de faire la même chose avec ben Salmane. C’est l’occasion de faire sa connaissance », a déclaré Riedel.

Ben Nayef, le cousin de ben Salmane, est depuis longtemps considéré comme un personnage solide et, contrairement à d’autres concurrents pour le pouvoir dans le royaume, n’est pas vu comme une menace à long terme puisqu’il n’a pas d’enfants.

Considéré traditionnellement comme le favori des Américains, il coopère également de façon étroite avec Washington sur les questions de sécurité et de lutte contre le terrorisme depuis plusieurs années ; toutefois, il s’est montré de plus en plus discret et les spéculations vont bon train sur les raisons de ce retrait.

Une source saoudienne bien informée a toutefois indiqué samedi à Middle East Eye que ben Nayef, âgé de 56 ans, était en bonne forme physique et avait récemment participé à un voyage de chasse en Algérie.

Selon la source, la visite de ben Salmane avait plutôt pour but « d’en faire l’allié saoudien numéro un des États-Unis et d’éjecter [ben Nayef] de la scène ».

Simon Henderson, du Washington Institute for Near East Policy, a indiqué à l’AFP que ben Salmane est « en théorie numéro trois dans la hiérarchie, mais dans les faits, il est numéro un », dans la mesure où le roi, âgé de 80 ans, préfère voir son fils s’asseoir sur le trône.

Une source bahreïnie a également affirmé que le voyage faisait probablement partie d’un plan à plus long terme visant à renforcer la réputation internationale du jeune prince, et qu’il est largement admis qu’il sera fait prince héritier et successeur présumé dans un avenir relativement proche.

Ce voyage a eu lieu à un moment clé, les alliés de longue date livrant bataille suite au rapprochement de plus en plus prononcé de Washington avec le grand rival régional, l’Iran, ainsi qu’au refus des États-Unis d’intervenir militairement contre le président syrien Bachar al-Assad.

Celui-ci survient également un mois après que le Sénat américain a adopté un projet de loi qui permettrait aux victimes des attentats du 11 septembre contre les États-Unis ou aux familles des personnes tuées de poursuivre l’Arabie saoudite pour son soutien présumé pour le terrorisme. Obama a menacé d’opposer son veto au projet de loi s’il venait à apparaître sur son bureau.

Un prince puissant

Ben Salmane s’est vu accorder des pouvoirs considérables depuis qu’il a été nommé vice-prince héritier en avril dernier. Également ministre de la Défense, il dirige la guerre du royaume au Yémen ainsi que la politique en Syrie ; de même, il fait passer en force des réformes économiques ambitieuses qui visent à privatiser une partie du géant pétrolier national Aramco et à réduire la dépendance de Riyad vis-à-vis du pétrole.

Selon la source saoudienne, ben Salmane a secrètement échafaudé un plan pour freiner sérieusement l’influence du wahhabisme, l’interprétation stricte de l’islam suivie en Arabie saoudite, en arrêtant des responsables religieux et en fermant des institutions.

Un expert saoudien qui a demandé à rester anonyme a expliqué à NBC que Riyad vit des instants si critiques que « c’est soit lui [ben Salmane], soit [le groupe État islamique] ».

Selon les témoignages officiels, son voyage à Washington a été un succès, bien que la rencontre de ben Salmane avec Obama, un honneur rare habituellement réservé aux chefs d’État, en ait fait sourciller plus d’un.

Même lorsque ben Salmane a atterri à Washington, les responsables devaient encore confirmer si le prince allait avoir droit à un tête-à-tête. Pourtant, vendredi, les deux hommes ont discuté dans le Bureau ovale, devant les médias.

Le vice-prince héritier Mohammed ben Salmane (à droite) va-t-il doubler son cousin Mohammed ben Nayef (à gauche) dans l’ordre de succession ? (AFP)

« Les rencontres ont été très positives. Je pense qu’il y avait des points communs en termes de visions et de points de vue », a déclaré le ministre saoudien des Affaires étrangères Adel al-Joubeir.

Une grande incertitude demeure quant à savoir si le jeune député prince héritier peut tenir parole.

À la fin de l’année dernière, le BND, le service de renseignement allemand, a publié une note rare critiquant la « politique impulsive d’intervention » de l’Arabie saoudite au Yémen ainsi que le soutien apporté par le royaume aux rebelles en Syrie et décrivant ben Salmane comme un homme imprudent et impulsif.

Si le gouvernement allemand a critiqué le BND pour ces commentaires, cela n’a toutefois pas empêché certains analystes de se demander si ben Salmane pouvait être « l’homme le plus dangereux au monde ».

En général, la jeunesse et les politiques de ben Salmane ont séduit la population jeune du royaume ; toutefois il demeure des poches de rancœur face à l’impact de la promesse de privatisation, alors que de puissants ennemis sont tout aussi irrités par la domination croissante du prince.

Ahmed al-Tuwaijri, ancien membre de l’Assemblée consultative du royaume, aurait déclaré que le poste de vice-prince héritier enfreignait la loi saoudienne, a rapporté samedi le site web The New Khalij.

S’il n’a pas critiqué spécifiquement ben Salmane dans l’enregistrement non daté, ses commentaires pourraient toutefois laisser entendre qu’il existe des tensions croissantes dans la classe dirigeante saoudienne à propos de l’ascension fulgurante du jeune prince.

Selon The New Khalij, al-Tuwaijri a affirmé qu’il y avait deux façons de créer un organe dirigeant dans un pays : une façon réelle qui est « bien gérée et [qui] résulte de l’expression réelle de la société » et une fausse façon « qui ne représente pas la réalité et tente de tout justifier pour le souverain et quiconque est avec lui ».

Écrit avec l’aide de Rori Donaghy and Dania Akkad.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.