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Pour les États-Unis et l’UE, le processus de paix de l’ONU est la seule option en Libye

Alors qu’une initiative de paix locale en Libye semble n’avoir aucun avenir, certains se demandent si l’ONU est la seule option
Ibrahim Fethi Amish (deuxième à partir de la droite) de la Chambre des représentants reconnue par la communauté internationale s’exprime lors d’une conférence de presse après la signature de documents avec Awad Mohammed Abdul-Sadiq (au centre), vice-président du Congrès général national (CGN) de Tripoli, parvenant à un accord pour mettre fin à l’impasse politique en Libye suite à une réunion dans la ville tunisienne de Gammarth, le 6 décembre 2015 (AFP)

Mardi, les ambassadeurs en Libye de plusieurs pays de l’UE et des États-Unis ont mis en garde contre les tentatives visant à faire capoter un accord de paix négocié par l’ONU, insistant sur le fait qu’il s’agit de la seule voie à suivre.

Cette déclaration des ambassadeurs et envoyés spéciaux de la Grande-Bretagne, de la France, de l’Allemagne, de l’Italie, de l’Espagne et des États-Unis, ainsi que du chef de la délégation de l’UE, est intervenue après que les membres des parlements rivaux de Libye ont annoncé ce week-end un accord de leur propre fait auquel ils sont parvenus sans l’ONU.

« Aucune tentative de dernière minute pour faire capoter le processus dirigé par l’ONU ne réussira », indique la déclaration des représentants de l’UE et des États-Unis.

L’accord « libyo-libyen » annoncé dimanche à Tunis survient un peu plus d’un mois après la divulgation de courriels, dont un publié par Middle East Eye, montrant que l’ancien envoyé de l’ONU pour la Libye, Bernardino León, travaillait secrètement avec les Émirats arabes unis pour soutenir une partie à la guerre civile libyenne tout en servant de médiateur clé entre les belligérants.

Cet accord – que le Lybia Herald a décrit mardi comme « une opération de démolition » – a déjà suscité de vives critiques de la part des membres de la Chambre des représentants (CDR) de Tobrouk, dont 92 membres qui ont signé une déclaration dimanche affirmant leur soutien au dialogue mené par l’ONU.

« Nous n’accepterons pas de gâcher toute une année d’efforts pour une initiative qui nous fait repartir de zéro tandis que la nation souffre », a expliqué l’un des signataires au journal al-Wasat.

Certains membres du Congrès général national (CGN) auraient également critiqué l’accord libyo-libyen, tandis que les Frères musulmans libyens ont publié une déclaration en sa faveur.

Plusieurs participants au processus dirigé par l’ONU sous la houlette de León au cours de la dernière année se sont plaints que ce dernier avait limité le dialogue en face-à-face entre les deux parties. Lorsque l’accord a été annoncé dimanche, certains de ceux qui étaient présents ont souligné l’absence d’implication de la médiation internationale.

« Nous nous sommes rencontrés, serré la main et assis et nous avons parlé ensemble, sans aucune aide extérieure », a déclaré Said al-Khattaly, un membre du CGN de Tripoli, au Libya Herald.

L’accord de Tunis, un pas en avant ?

Cependant, pour les analystes, bien que l’accord de Tunis soit une réponse claire au « León-gate » et que le contact entre les deux parties soit un signal positif, il est à craindre que les initiatives de paix rivales prolongent encore le chaos.

« Je ne pense pas qu’on ait le temps de créer une voie alternative », a déclaré à Middle East Eye Mattia Toaldo, chargé de recherches en politique du Programme Afrique du Nord et Moyen-Orient au Conseil européen des relations internationales.

« Si [l’accord de Tunis] devient juste un moyen de gagner du temps pour ne pas signer un accord, il pourrait alors y avoir un retour de flamme, c’est ce que je crains en ce moment. »

Mohamed Eljarh, un chercheur du Hariri Centre for the Middle East de l’Atlantic Council, a déclaré que le vice-président de la CDR, Emhamed Shaib, lui avait dit qu’aucun des délégués de la CDR à Tunis n’avait été autorisé à signer un accord au nom du gouvernement de Tobrouk.

« Cet accord n’en est pas vraiment un parce que la CDR n’a pas discuté de, ni autorisé, l’apposition d’une quelconque signature », a-t-il indiqué à MEE. Au lieu de cela, a-t-il ajouté, de nombreux Libyens et la communauté internationale voient cette annonce comme « rien de plus qu’une tentative du CGN et de certaines factions islamistes à Tripoli visant à essayer de négocier plus de concessions dans le processus de dialogue politique ».

Même face aux critiques acerbes, l’émergence d’un accord libyo-libyen met encore l’ONU – et son nouvel envoyé en Libye, Martin Kobler – dans une position difficile, a déclaré Jason Pack, un chercheur en histoire de la Libye à l’Université de Cambridge, sur le site Libya-Analysis. com.

« En adoptant une position dure, l’ONU pourrait être vue comme se dirigeant vers la reconnaissance de son propre gouvernement libyen… un geste qui pourrait enhardir les extrémistes qui sont légitimes localement et même aliéner des partisans potentiels de l’accord », a-t-il écrit lundi.

« Kobler risque de gaspiller le peu de traction qui reste entre l’ONU, les principales factions politiques libyennes et leur soutien pour le processus de l’ONU, en plus de montrer l’autoritarisme de l’ONU et donc de légitimer par inadvertance les points faibles du processus libyo-libyen. »

Même si le message des capitales occidentales est que les signataires de l’accord de Tunis doivent adhérer au processus dirigé par l’ONU, cette dernière doit aussi prendre en compte les initiatives libyennes comme celle de Tunis, a précisé Toaldo.

Plus tôt lundi, Kobler a rencontré les participants de l’accord et « leur a envoyé un signal leur montrant que quelqu’un est à l’écoute, qu’il y a une main tendue à l’ONU », a-t-il dit.

« Je pense qu’il faut demander aux partisans de l’accord de Tunis de montrer leurs cartes – qu’avez-vous qui n’est pas déjà dans l’accord de l’ONU, pouvez-vous assurer aussi quelque chose concernant la sécurité, qui vous soutient et ainsi de suite », a-t-il ajouté.
 

Traduction de l’anglais (original) par VECTranslation.