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Algérie : le « couscousgate » provoque colère et indignation

Les propos de la ministre algérienne de la Culture sur les femmes qui ne savent pas rouler le couscous a créé une onde de choc en Algérie
Le couscous, plat populaire emblématique de l’Afrique du Nord, a été inscrit mercredi sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO, après une candidature commune de pays du Maghreb (AFP)
Le couscous, plat populaire emblématique de l’Afrique du Nord, a été inscrit mercredi sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO, après une candidature commune de pays du Maghreb (AFP)
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ALGER, Algérie

Le « couscousgate », pour reprendre des médias, secoue la toile algérienne depuis plusieurs jours.

Intervenant, le 18 décembre, pour célébrer l’inscription du couscous sur la liste du patrimoine culturel de l’UNESCO, la ministre algérienne de la Culture Malika Bendouda a eu cette étrange phrase : « La femme qui ne sait pas rouler le couscous représente une menace pour sa famille. »

Tentant maladroitement de parler de la transmission de ce savoir-faire culinaire ancestral, l’officielle algérienne a déclenché une tempête d’indignations et de moqueries sur les réseaux sociaux et dans les médias.

« Le couscous est certes un plat ancestral et succulent qu’il nous importe de verser fièrement à notre immense patrimoine immatériel, mais il ne faut pas non plus le pimenter par ce genre de commentaires », commente une journaliste de L’Est républicain.

Le quotidien El Watan écrit : « Pour les internautes algériens qui n’hésitent pas à dénoncer le dévergondage sémantique de leurs responsables, il s’agit une fois encore de propos infamants qui ramènent le classement du plat maghrébin au patrimoine mondial de l’UNESCO à un vulgaire commérage de cuisinières. »

« Ce n’est pas le couscous mais le peuple algérien qui est en danger »

Le même journal reprend, pour illustrer l’ambiance générale, cet internaute algérien : « Dans un pays où être une femme est déjà une lourde charge, une présomption de culpabilité et une condamnation ; que faut-il ajouter pour l’enfoncer un peu plus, l’accabler, la réduire à la fonction primaire de servante des tubes digestifs, l’asservir à jamais, lui faire porter la pierre de Sisyphe de toutes les tares d’une société en décomposition ? »

Le site satirique El Manchar s’en amuse : « Les éléments de la brigade de recherche et d’intervention d’Alger ont arrêté deux femmes ne sachant pas rouler le couscous à la main. Sur la base d’informations parvenues à la brigade de recherche et d’intervention, les deux femmes ont été aperçues à plusieurs reprises en train d’acheter en catimini du couscous Benamor dans une supérette au lieu de le préparer chez elles, à la main. »

« Elles font vraisemblablement partie d’un vaste réseau national féminin dont le but serait de faire éclater la famille algérienne. Elles seront déférées devant le juge pour atteinte à la sûreté de la nation et haute trahison culinaire », poursuit El Manchar.

Plus sérieusement, le producteur Yacine Bouaziz critique non seulement la sortie de la ministre mais aussi sa gestion du secteur culturel, frappé de plein fouet par la double crise économique et sanitaire : « Madame la Ministre, ce n’est pas le couscous mais le peuple algérien qui est en danger car votre ministère a failli dans sa mission de placer la culture algérienne sur le chemin de la réussite et de l’excellence afin d’en faire une industrie exemplaire. Non, ce n’est pas la femme algérienne qui ne sait pas rouler le couscous qui est un danger pour notre identité. Le danger, c’est la mauvaise gestion d’un secteur dont vous semblez tout ignorer. »

La ministre a tenté de rectifier le tir en précisant, sur son compte Twitter, que « le passage qui a été repris a été sorti de son contexte intellectuel et historique ».