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Algérie : la dissolution de RAJ « met un terme définitif aux acquis d’Octobre 88 »

Le ministère de l’Intérieur a réclamé la dissolution de RAJ, lui reprochant notamment « d’agir en violation de la loi sur les associations »
RAJ avait rejeté les accusations des autorités, « basées essentiellement sur les activités publiques de l’association durant le hirak » (AFP/Ryad Kramdi)
RAJ avait rejeté les accusations des autorités, « basées essentiellement sur les activités publiques de l’association durant le hirak » (AFP/Ryad Kramdi)

Le tribunal administratif d’Alger a prononcé mercredi la dissolution de Rassemblement actions jeunesse (RAJ), une des plus anciennes associations de la société civile algérienne, qui avait notamment été aux premiers rangs du hirak, vaste mouvement populaire ayant conduit à la démission d’Abdelaziz Bouteflika

« Scandaleux », a déploré sur Facebook Said Salhi, vice-président de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme (LADDH). « Halte aux attaques contre les acquis démocratiques du peuple algérien, payés au prix du sacrifice ultime », a-t-il ajouté pour exprimer la « solidarité » de la LADDH avec les militants de RAJ.

Cette décision fait suite à une requête du ministère de l’Intérieur réclamant la dissolution de RAJ, qui existe depuis 28 ans. Il lui était reproché « d’agir en violation de la loi sur les associations et en contradiction avec les objectifs énumérés dans les statuts ».

Dans un communiqué publié fin septembre, RAJ avait rejeté ces accusations « basées essentiellement sur les activités publiques de l’association durant le hirak ».

L’association avait au contraire qualifié ses diverses actions de « compatibles » avec « son mandat [visant à] œuvrer à la promotion de l’implication des jeunes dans la gestion de la cité ».

Une procédure judiciaire inéquitable sans précédent

Plusieurs membres de RAJ, notamment son président Abdelouahab Fersaoui, âgé de 39 ans, ont fait l’objet de poursuites judiciaires et jusqu’à neuf d’entre eux ont été incarcérés.

Condamné à un an de prison pour « atteinte à l’intégrité du territoire national », Abdelouahab Fersaoui a purgé six mois de prison entre fin 2019 et mai 2020, une peine prononcée en appel.

La LADDH a appelé au respect du droit et des libertés d’association et d’organisation, pierre angulaire de toute démocratie.

« Cette procédure judiciaire inéquitable est sans précédent depuis l’avènement du pluralisme politique, associatif et médiatique sanctionné par la Constitution de 1989 », a dénoncé le Front des forces socialistes (FFS, opposition).

Un indicateur alarmant

Le 11 octobre, Human Rights Watch, Amnesty International, l’Institut du Caire pour les études des droits de l’homme, la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et MENA Rights Group ont uni leurs voix pour appeler les autorités algériennes à « renoncer à leurs efforts en vue de dissoudre une importante organisation de la société civile pour violation présumée de la loi sur les associations ».

« La requête des autorités algériennes pour dissoudre le RAJ est un indicateur alarmant de leur détermination à réprimer davantage l’activisme indépendant et à supprimer les droits à la liberté d’expression, d’association et de réunion pacifique », relève Amna Guellali, directrice adjointe pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à Amnesty international.

L’auteur et réalisateur Sid Ahmed Semiane a aussi dénoncé sur les réseaux sociaux une remise en cause des acquis d’« Octobre 88 », en référence au soulèvement populaire algérien qui, cette année-là, a permis de mettre fin au système du parti unique et d’amorcer un semblant d’ouverture démocratique.

« Les autorités devraient abroger la loi algérienne répressive sur les associations plutôt que de l’instrumentaliser pour écraser la dissidence. »

La loi algérienne encadrant le travail des associations, promulguée en 2012, soumet leur création à la délivrance préalable d’un agrément par les autorités.

Cette loi avait été approuvée dans le cadre de réformes politiques du président Abdelaziz Bouteflika, décédé le 17 septembre, pour couper court à toute contagion du Printemps arabe en 2011.

L’opposition et les militants des droits de l’homme avaient alors dénoncé un texte renforçant, selon eux, l’hégémonie étatique sur la société civile.