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Élections locales en Algérie : l’opposition divisée entre boycott et participation

Comment se dessine la participation aux élections locales du 27 novembre ? Dans un contexte social tendu, les partisans du boycott restent sur leur ligne
Le 27 novembre, les Algériens choisiront à la fois les élus des assemblées municipales et des assemblées départementales (AFP/Ryad Kramdi)
Le 27 novembre, les Algériens choisiront à la fois les élus des assemblées municipales et des assemblées départementales (AFP/Ryad Kramdi)

Parmi les partis d’opposition, seuls le Front des forces socialistes (FFS) et le Parti des travailleurs (PT) ont annoncé leur participation aux élections locales qui se tiendront le 27 novembre en Algérie.

Ces élections – dont l’impact se mesure directement sur la vie quotidienne à l’échelle des municipalités et des régions – interviennent pourtant à un moment crucial pour le pays confronté à de multiples crises, économique, sociale et sanitaire. Les conflits sociaux, alimentés par un taux de chômage élevé (15 %) et une paupérisation de larges franges de la société, se multiplient.

Les Algériens choisiront à la fois les élus des assemblées municipales, dites Assemblées populaires communales (APC), et des assemblées départementales, équivalent des Conseils régionaux français, dites Assemblées populaires de wilaya (APW).

Ces dernières ont comme prérogatives de voter notamment des budgets et d’exercer un contrôle, bien que limité, sur les instances exécutives.   

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Le premier secrétaire du FFS, Youcef Aouchiche, avait déclaré en juin que son parti se prononcerait sur la question quand la date des élections locales serait connue. Ce qui laissait entendre que le plus vieux parti de l’opposition ne faisait pas du boycott une option définitive.

Le FFS a finalement tranché à l’issue de son conseil national, le 10 septembre, en faveur de la participation. Il « devra aborder la question des élections locales anticipées avec lucidité, responsabilité et sens inouï de patriotisme », a souligné le premier secrétaire du parti, Youcef Aouchiche.

Le FFS, qui détient la majorité au sein des assemblées des deux principales wilayas (préfectures) de la région (Tizi Ouzou et Béjaïa), avait, sous la pression de la rue, refusé de participer aux élections législatives après avoir exprimé, au départ, son désir d’y prendre part.

Sa direction avait même été reçue par le chef de l’État, dans le cadre de ses consultations avec la classe politique.

Situation particulière en Kabylie

Son rival de toujours, le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), a prévenu vendredi 17 septembre lors du conseil national du parti qu’il boycotterait le scrutin. Selon Mohcine Belabbas, « les conditions d’une compétition électorale libre et transparente ne sont pas réunies ».

Le RCD, très engagé dans le mouvement populaire du hirak, avait aussi boycotté les législatives.

Mais les observateurs locaux n’avaient pas écarté une participation, en la justifiant par le souci de préserver des « acquis politiques » et de ne pas laisser le champ libre à l’administration locale, comme au début des années 2000, les autorités ayant été contraintes de mettre en place des délégations exécutives communales.

Pour Mohcine Belabbas du RCD, « les conditions d’une compétition électorale libre et transparente ne sont pas réunies » (AFP/Ryad Kramdi)
Pour Mohcine Belabbas du RCD, « les conditions d’une compétition électorale libre et transparente ne sont pas réunies » (AFP/Ryad Kramdi)

Pour le pouvoir, l’enjeu essentiel de cette nouvelle échéance électorale – la deuxième en moins de cinq mois – est de susciter un réel engouement après les déconvenues des précédents scrutins (23,03 % de participation aux législatives du 12 juin, 23,07 % de participation au référendum sur la révision de la Constitution en novembre 2020).

Si les différentes forces politiques de l’opposition hésitent encore à se prononcer sur la question, c’est parce qu’elles savent qu’il est plus compliqué, pour leur image, de boycotter des élections locales qu’un référendum ou même des législatives, des scrutins généralement peu mobilisateurs.

La question se pose avec plus d’acuité pour les formations à fort ancrage en Kabylie, où le boycott des élections est traditionnellement le plus élevé.

Lors des précédents scrutins, les taux de participation dans les deux principales wilayas de Kabylie (Tizi Ouzou et Béjaïa) étaient quasi nuls, avec respectivement 0,004 % et 0,18 % lors de la présidentielle du 12 décembre 2019. Aux législatives du 12 juin, les taux étaient de 0,62 % et 0,79 %.

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Pour le référendum sur la révision constitutionnelle du 1er novembre 2020, les chiffres n’étaient pas meilleurs. Lors des deux rendez-vous, l’appel à des grèves générales, largement suivi le jour du vote, a rendu la tâche encore plus compliquée aux organisateurs, y compris parfois dans les centres de vote affectés aux corps constitués (armée, police, etc.)

Voie ouvrière pour le socialisme (VOS), groupe issu d’une dissidence du Parti socialiste des travailleurs (PST), estime, par la voix de son porte-parole, Annouar Hamichi, contacté par Middle East Eye que les prochaines élections « ne seront en rien différentes des précédentes ». Il est persuadé que le scrutin « sera ignoré par les électeurs », abstraction faite de sa transparence ou non.

Le sociologue Nacer Djabi, joint par MEE, estime toutefois compliqué pour les partis qui ont boycotté les dernières élections, à l’image du FFS et du RCD, pour lesquels les élections locales constituent habituellement « un enjeu vital », de rejeter le prochain scrutin local, « notamment dans la conjoncture particulière que traverse la Kabylie », leur fief traditionnel.

Depuis que l’Algérie a classé, en mai, le Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie (MAK) comme « organisation terroriste », les autorités en traquent les membres présumés. La semaine dernière, un journaliste du quotidien Liberté a été écroué pour appartenance présumée au MAK et 22 autres personnes ont été arrêtées et placées en détention provisoire pour le même motif.

L’affaiblissement du hirak et l’implication annoncée dans les élections de la majeure partie des partis politiques, avec une concurrence plus serrée entre ceux qui se réclament du courant nationaliste (FLN, RND et Front al-Moustakbal) et les partis islamistes, qui vont devoir prouver leur leadership, pourraient entraîner une participation plus importante que lors des dernières législatives.

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