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L’Algérie suspend un traité de coopération avec l’Espagne après son revirement sur le Sahara occidental

Après avoir augmenté les prix du gaz et supprimé la majorité des liaisons aériennes, Alger a décidé mercredi 8 juin la suspension « immédiate » du Traité d’amitié, de bon voisinage et de coopération, conclu le 8 octobre 2002 avec Madrid
La relation bilatérale au temps des jours heureux : José María Aznar, alors Premier ministre espagnol, et l’ex-président algérien Abdelaziz Bouteflika, en octobre 2002 (AFP/Pierre-Philippe Marcou)
La relation bilatérale au temps des jours heureux : José María Aznar, alors Premier ministre espagnol, et l’ex-président algérien Abdelaziz Bouteflika, en octobre 2002 (AFP/Pierre-Philippe Marcou)
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L’Algérie a suspendu mercredi un « traité d’amitié, de bon voisinage et de coopération » conclu en 2002 avec l’Espagne, après le revirement de Madrid sur le dossier du Sahara occidental pour s’aligner sur la position du Maroc.

L’Espagne a dit « regretter » la décision d’Alger.

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Estimant que la nouvelle position des autorités espagnoles était en « violation de leurs obligations juridique, morale et politique », l’Algérie « a décidé de procéder à la suspension immédiate du Traité d’amitié, de bon voisinage et de coopération qu’elle a conclu le 8 octobre 2002 avec le royaume d’Espagne et qui encadrait le développement des relations entre les deux pays », a indiqué la présidence algérienne.

Le traité hispano-algérien prévoyait le renforcement du dialogue politique entre les deux pays à tous les niveaux et le développement de la coopération dans les domaines économique, financier, éducatif et de la défense.

L’annonce de sa suspension a été faite à l’issue d’une réunion du Haut conseil de sécurité algérien présidée par la président Abdelmadjid Tebboune

Une « violation de la légalité internationale »

« Le gouvernement espagnol regrette l’annonce de la présidence » algérienne, ont indiqué des sources diplomatiques espagnoles, ajoutant que l’Espagne « considère l’Algérie comme un pays voisin et ami et réitère sa disponibilité entière pour continuer à maintenir et à développer les relations spéciales de coopération entre les deux pays ».

Madrid a opéré le 18 mars un changement de position radical sur le dossier sensible du Sahara occidental en apportant son soutien au projet d’autonomie marocain, suscitant la colère d’Alger, principal soutien du mouvement indépendantiste sahraoui du Front Polisario.

Le chef de la diplomatie espagnole José Manuel Albares avait affirmé ne « pas vouloir alimenter des polémiques stériles » avec l’Algérie (AFP/Kenzo Tribouillard)
Le chef de la diplomatie espagnole José Manuel Albares avait affirmé ne « pas vouloir alimenter des polémiques stériles » avec l’Algérie (AFP/Kenzo Tribouillard)

« Ces mêmes autorités [espagnoles] qui assument la responsabilité d’un revirement injustifiable de leur position depuis les annonces du 18 mars 2022, par lesquelles le gouvernement espagnol actuel a apporté son plein soutien à la formule illégale et illégitime de l’autonomie interne préconisée par la puissance occupante, s’emploient à promouvoir un fait accompli colonial en usant d’arguments fallacieux », a ajouté la présidence algérienne.

« Cette attitude du gouvernement espagnol s’inscrit en violation de la légalité internationale que lui impose son statut de puissance administrante et aux efforts des Nations unies et du nouvel envoyé personnel du secrétaire général et contribue directement à la dégradation de la situation au Sahara occidental et dans la région », selon la même source.

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La question du Sahara occidental, ancienne colonie espagnole considérée comme un « territoire non autonome » par l’ONU, oppose depuis des décennies le Maroc, qui en contrôle 80 %, aux indépendantistes du Front Polisario.

Au lendemain du revirement espagnol, Alger a rappelé son ambassadeur en Espagne et la compagnie nationale d’hydrocarbures Sonatrach a évoqué une hausse des prix du gaz algérien livré à l’Espagne.

Le président Tebboune avait qualifié en avril d’ « inacceptable moralement et historiquement » le revirement de Madrid. Le chef de la diplomatie espagnole José Manuel Albares avait affirmé en réaction ne « pas vouloir alimenter des polémiques stériles » avec l’Algérie.

Crise résolue avec le Maroc

Le revirement espagnol a mis fin à une grave crise diplomatique ayant opposé Madrid et Rabat durant près d’un an, marquée par l’arrivé mi-mai 2021 de plus de 10 000 migrants en 48 heures dans l’enclave espagnole de Ceuta, à la faveur d’un relâchement des contrôles par les autorités marocaines.

À cet égard, le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez a affirmé mercredi que son pays « ne tolérera pas » l’usage de « l’immigration clandestine comme arme de pression »,  dans un avertissement indirect à Rabat.

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La crise entre les deux pays avait été provoquée par l’accueil en Espagne en avril 2021 du chef du Polisario Brahim Ghali, pour y être soigné du covid-19.

Dans un rapport confidentiel révélé par El País et consulté par l’AFP, les services de renseignements espagnols ont affirmé que l’accueil de M. Ghali avait été utilisé par Rabat « comme une magnifique opportunité pour obtenir de plus grandes concessions » de l’Espagne.

Et dans un entretien publié mardi par le quotidien El Periódico de España, l’ex-ministre espagnole des Affaires étrangères Arancha González Laya a accusé le Maroc d’avoir procédé à des « écoutes » visant des responsables espagnols durant la brouille diplomatique avec Madrid.

Le gouvernement de gauche espagnol avait assuré, en révélant ces piratages début mai, qu’ils avaient été effectués au moyen du logiciel israélien Pegasus, les décrivant comme une « attaque externe », tout en disant en ignorer l’origine.  Nombre de médias espagnols ont évoqué l’implication de Rabat.