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L’Algérie punit l’Espagne pour son soutien au Maroc

Une série de mesures ont été décidées par Alger cette semaine en représailles à la décision de Madrid de soutenir le plan d’autonomie marocain pour le Sahara occidental
Selon le site espagnol El Confidencial, le ministère algérien des Transports a refusé de rétablir les vols Iberia vers l’Espagne, suspendus un temps pour cause de pandémie (AFP/Gérard Julien)
Selon le site espagnol El Confidencial, le ministère algérien des Transports a refusé de rétablir les vols Iberia vers l’Espagne, suspendus un temps pour cause de pandémie (AFP/Gérard Julien)
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Comme Madrid s’y attendait, Alger commence à prendre des mesures coercitives à son encontre.

À l’origine du mécontentement algérien : la décision prise mi-mars par l’Espagne de soutenir le plan d’autonomie défendu par le Maroc pour le Sahara occidental, alors que Madrid affichait jusqu’alors sa neutralité sur le sujet.

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Le conflit du Sahara occidental, ex-colonie espagnole considérée comme un « territoire non autonome » par l’ONU, oppose depuis des décennies le Maroc aux indépendantistes sahraouis du Front Polisario, soutenus par Alger.

Rabat, qui contrôle près de 80 % de ce territoire, propose un plan d’autonomie sous sa souveraineté, tandis que le Polisario réclame un référendum d’autodétermination, prévu lors de la signature en 1991 d’un cessez-le feu mais jamais concrétisé.

Les transferts de gaz, un sujet sensible

Les autorités algériennes avaient, dès le lendemain de la publication du communiqué du Palais royal marocain révélant la volte-face diplomatique espagnole, rappelé leur ambassadeur à Madrid, se disant « surprises par ce brusque revirement de position de l’ex-puissance administrante du Sahara occidental ».

Dans la semaine, des informations divulguées par la presse ont laissé entendre que plusieurs autres mesures de rétorsion allaient être prises, en particulier sur les transferts de gaz, un sujet sensible depuis que les pays européens envisagent une réduction volontaire ou contrainte des importations de Russie consécutive à la guerre en Ukraine.

« Il est clair que l’Algérie va revoir tous les accords avec l’Espagne, dans tous les domaines, pour voir comment la relation évolue à l’avenir »

- Chakib Kaid, secrétaire général du ministère algérien des Affaires étrangères

En 2021, au moins 40 % du gaz consommé par les Espagnols provenaient d’Algérie, notamment via le gazoduc Medgaz.

Dimanche, le quotidien El Mundo citait par exemple des informations recueillies lors des négociations entre l’entreprise espagnole Naturgy et la compagnie algérienne des hydrocarbures Sonatrach, selon lesquelles Alger a l’intention d’« augmenter les prix du gaz vendu à l’Espagne à partir de cette année et jusqu’en 2024 ».

Lundi, le correspondant à Rome du quotidien espagnol El Correo rapportait que selon Chakib Kaid, secrétaire général du ministère algérien des Affaires étrangères, Alger pourrait ne pas renouveler les contrats de vente de gaz et de pétrole.

« Il est clair que l’Algérie va revoir tous les accords avec l’Espagne, dans tous les domaines, pour voir comment la relation évolue à l’avenir », a même déclaré Chakib Kaid à Rome en début de semaine.

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Les affirmations du gouvernement espagnol, qui assure avoir « informé en amont le gouvernement algérien de la position de l’Espagne concernant le Sahara », ont aussi sérieusement agacé Alger, qui a démenti par plusieurs canaux avoir été prévenu, alors même, rappelle Chakib Kaid, que le président du gouvernement espagnol Pedro Sánchez et le président algérien Abdelmadjid Tebboune se sont parlé au téléphone le 6 mars.

L’expulsion de l’Espagne vers l’Algérie de Mohamed Azzouz Benhalima, ex-caporal de l’armée algérienne et membre du mouvement islamiste Rachad, organisée par le ministre espagnol de l’Intérieur Fernando Grande-Marlaska et lue en Espagne comme une faveur faite à Alger, n’aura en rien adouci la colère des autorités algériennes.

Pour preuve : le programme de 64 nouvelles liaisons aériennes assurées par Air Algérie, annoncé cette semaine par le ministère algérien des Transports, ne comprend aucune destination espagnole alors que des prévisions avaient laissé entendre que les vols vers Alicante et Madrid pourraient reprendre après l’interruption due à la pandémie.

Selon le site spécialisé Visas et Voyages, « les tensions diplomatiques entre l’Algérie et l’Espagne expliquent en grande partie le refus des autorités algériennes d’ajouter de nouvelles liaisons sur ce créneau ». Une information confirmée par le site espagnol El Confidencial, qui affirme par ailleurs qu’Alger « a suspendu sine die tous les rapatriements d’immigrés clandestins arrivés sur les côtes espagnoles ».