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Algérie : le FFS, doyen de l’opposition, boycotte les législatives anticipées

Le Front des forces socialistes rejoint deux autres partis de l’opposition qui refusent de participer aux élections parlementaires du 12 juin
Le boycott du FFS risque de peser sur des législatives anticipées programmées dans un contexte tendu (AFP)
Le boycott du FFS risque de peser sur des législatives anticipées programmées dans un contexte tendu (AFP)

Le Front des forces socialistes (FFS), doyen des partis d’opposition en Algérie, a annoncé samedi qu’il boycotterait les élections législatives anticipées, prévues le 12 juin, dans une résolution de son conseil national.

Le FFS « réaffirme que les conditions de la tenue du prochain scrutin législatif du 12 juin ne sont pas réunies et que les élections ne constituent pas la solution à la crise multidimensionnelle que vit le pays. Par conséquent, le FFS ne peut pas participer à cette élection », selon le texte.

Le FFS juge que l’état du pays est « alarmant » et que des « menaces pèsent sur sa stabilité et sa sécurité ». Il estime que la « voie du dialogue tel que préconisé par notre projet de Convention nationale est la plus appropriée pour sortir de l’impasse actuelle, sans confrontations, facteur de tous les dangers ». 

Le parti réclame des « mesures permettant au peuple algérien le libre exercice de son droit à l’autodétermination », notamment « le respect des libertés fondamentales, l’accès équitable aux médias à tous les acteurs politiques et sociaux et l’ouverture d’un dialogue sans exclusive », précise la résolution.

Des militants du parti, opposés à la participation du FFS aux législatives, s’étaient rassemblés devant son siège sur les hauteurs d’Alger samedi matin, pour exprimer leur position.

Vers un troisième « zéro vote » en Kabylie ?

Après avoir dissous la chambre basse du Parlement le 21 février, le président Abdelmadjid Tebboune a convoqué des législatives anticipées, une tentative de reprendre la main face au retour du hirak, le mouvement de contestation antirégime, après un an de suspension en raison de la pandémie de COVID-19.

Le FFS vient ainsi grossir les rangs des partis de l’opposition qui ont décidé de faire l’impasse sur le scrutin du 12 juin, le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD, opposition laïque) et le parti des travailleurs (PT, trotskyste) ayant déjà annoncé qu’ils n’y participeraient pas.

Depuis l’annonce de ce scrutin, les manifestants du hirak défilent chaque semaine à Alger et dans de nombreuses grandes villes du pays contre la « feuille de route du régime » qui a décidé d’organiser des législatives anticipées sans tenir compte des revendications de ce mouvement de contestation. 

Manifestation pour réclamer la libération des détenus d’opinion, le 30 mars 2021 à Alger (AFP)
Manifestation pour réclamer la libération des détenus d’opinion, le 30 mars 2021 à Alger (AFP)

« Jamais peut-être une décision d’un parti politique algérien, concernant une élection législative, n’a été précédée d’autant de suspense », écrit le site TSA. « Certains analystes sont allés jusqu’à qualifier la position qui sortira de la session du conseil national du FFS de ‘’décisive’’ pour le scrutin du 12 juin prochain, rappelant que sans ce parti, un troisième ‘’zéro vote’’ en Kabylie, après ceux de l’élection présidentielle et du référendum constitutionnel, n’est pas à écarter. »

Deux ans après la chute du président Abdelaziz Bouteflika, le hirak continue de réclamer un changement radical du « système » politique en place depuis l’indépendance du pays en 1962.

Samedi, des centaines de manifestants sont à nouveau descendus dans la rue à Bab el Oued, un quartier populaire d’Alger, au lendemain de la marche hebdomadaire du hirak, qui a rassemblé des milliers de personnes dans le centre de la capitale.

Une dizaine de manifestants ont été interpellés par la police, selon le Comité national pour la libération des détenus (CNLD).