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Islam religion d’État, hijab, prophète Mohammed : polémique en Algérie autour des « atteintes » au sacré

Les réseaux sociaux s’enflamment face à ce qui est considéré comme des attaques contre les « constantes » religieuses
Encore une fois, le « sacré » est au cœur des tensions sur les réseaux sociaux et par médias interposés (AFP)
Encore une fois, le « sacré » est au cœur des tensions sur les réseaux sociaux et par médias interposés (AFP)
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Une violente polémique s’est déclenchée en Algérie à la suite de ce qui a été qualifié sur les réseaux sociaux d’« attaques contre l’islam », le voile religieux et le prophète Mohammed.

Les déclarations de Hadda Hazem interviennent dans un contexte où la réforme constitutionnelle a été décriée par des partis islamistes

Les faits remontent au 19 octobre, lorsque la directrice du quotidien algérien al-Fadjr, Hadda Hazem, a déclaré à la chaîne Sky News Arabic, basée à Abou Dabi, que l’Algérie devrait supprimer de sa Constitution l’article 2 : « L’islam est religion d’État. »

« L’islam est la religion de l’être humain et non de l’État », a-t-elle défendu. « Je supprimerais aussi les poursuites judiciaires contre ceux ou celles qui portent atteinte à une religion. J’ai envie que la liberté d’expression soit garantie par la nouvelle Constitution », a ajouté la journaliste, en référence à la réforme constitutionnelle soumise à référendum le 1er novembre.

Hadda Hazem, figure médiatique connue en Algérie, a également déclaré que les autorités devraient « mettre des limites dans l’éducation islamique ». « Par exemple, aux épreuves de baccalauréat, je ne vois pas où est l’importance de passer un examen d’éducation islamique », a-t-elle insisté.

« Hijab : une manière de cacher la pauvreté »

La directrice d’al-Fadjr s’est également exprimée sur le voile islamique : « Le hijab est plus un phénomène social que religieux, un phénomène apparu dans le sillage du mouvement salafiste dès les années 1970. Mais c’est plus une mode qu’une obligation religieuse, et je respecte celles qui le portent et celles qui ne le portent pas. Mais souvent, dans les villes de l’intérieur du pays, c’est aussi une manière de cacher la pauvreté quand des jeunes filles n’arrivent pas à s’acheter des habits modernes. »    

La journaliste avait déjà soulevé des critiques, en août, en appelant l’Algérie à normaliser ses relations avec Israël. D’ailleurs, à la fin de l’émission de ce 19 octobre, l’animatrice de Sky News Arabic a conclu l’entrevue avec Hadda Hazem en souhaitant « que [ses] déclarations ne soulèvent pas autant de polémiques que l’article sur la normalisation ».

Les déclarations de Hadda Hazem interviennent dans un contexte particulier : la réforme constitutionnelle a été décriée par des partis islamistes comme le Mouvement de la société pour la paix (MSP) ou des organisations comme l’Association des oulémas musulmans, qui ont critiqué la tendance « laïque » de certains amendements, à l’instar de la neutralité de l’éducation face aux influences idéologiques. Un risque, selon l’Association des oulémas musulmans, d’« éloigner l’école de son identité ».

La même association regrette que l’islam n’ait pas été « considéré comme une source de législation » dans le projet de réforme de la loi fondamentale.

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Sur les réseaux sociaux, beaucoup ont critiqué les affirmations de l’éditorialiste, surtout concernant le hijab.

« C’est vrai que j’ai mis le hijab pendant les années du terrorisme, je l’avais acheté cher et je n’étais pas pauvre. Avec le temps, je le porte avec conviction et il fait désormais partie de moi. Aujourd’hui, je porte les plus beaux et les plus chers, des hijabs qui suivent la mode, et j’en suis très fière », poste sur Facebook la journaliste Ratiba Bouadma.

Le quotidien conservateur Echourouk a même décidé d’attaquer en justice Hadda Hazem et commenté dans son édition papier : « L’identité de la nation [algérienne] est une ligne rouge éternelle. » Il a aussi qualifié la demande de suppression de l’article 2 de la Constitution d’appel de la djahiliya (ignorance), la période préislamique dans la péninsule arabique. 

Le journal souhaite que le parquet s’autosaisisse pour « défendre la religion islamique et le prophète contre les atteintes et les diffamations  ».

Le code pénal algérien prévoit, dans son article 144 bis, trois à cinq ans de prison contre « quiconque offense le prophète et les envoyés de Dieu ou dénigre le dogme ou les préceptes de l’islam, que ce soit par voie d’écrit, de dessin, de déclaration ou tout autre moyen ».

« Aboiements de chiens »

Pourtant, une autre « affaire » secoue les réseaux sociaux : celle de l’activiste politique Amira Bouraoui qui a évoqué cette semaine sur sa page Facebook (le post a été effacé depuis) le prophète Mohammed en des termes jugés attentatoires par certains internautes.

Plusieurs réactions aux écrits de l’activiste de l’opposition ont alerté l’opinion du fait de leur violence, comme celle d’un internaute « demandant à ce qu’elle subisse le même sort que l’enseignant Samuel Paty, décapité par un ressortissant tchétchène », s’est alarmé le journaliste Farid Alilat sur son compte.

Pour sa part, le ministre des Affaires religieuses, Youcef Belmehdi, interrogé par le quotidien El Khabar sur « les atteintes au prophète », a commenté : « Les aboiements de chiens ne nous dérangent pas », expliquant que toutes les lois internationales protègent ce qui est sacré et qu’il ne s’agit nullement d’une question de liberté d’expression.