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Algérie : quinze ans de prison requis contre « Madame Maya », la « fille cachée » de Bouteflika

La fameuse « Madame Maya » est poursuivie pour « blanchiment d’argent », « trafic d’influence », « dilapidation de deniers publics » et « transfert illicite de devises vers l’étranger »
Après la chute de l’ex-président Bouteflika, la justice algérienne a lancé une série d’enquêtes pour corruption (AFP)
Après la chute de l’ex-président Bouteflika, la justice algérienne a lancé une série d’enquêtes pour corruption (AFP)

Le parquet algérien a requis quinze ans de prison ferme contre « Madame Maya », la « fille cachée » du président déchu Abdelaziz Bouteflika, jugée en appel depuis samedi à Tipaza, près d’Alger, selon l’agence de presse officielle APS.

« Madame Maya », une femme d’affaires algérienne qui se faisait passer pour la fille du président déchu en avril 2019, est jugée pour corruption avec treize autres accusés. 

« Madame Maya » a bâti une fortune colossale sur une rumeur qui faisait d’elle la « fille cachée » de l’ancien chef d’État

Son procès en appel s’est ouvert samedi à Tipaza avec l’audition des accusés et des témoins, et s’est poursuivi dimanche avec les plaidoiries de la défense.

Le parquet a requis quinze ans de prison ferme contre elle, et dix ans contre ses deux filles, Imène et Farah.

L’influente « Mme Maya », de son vrai nom Zoulikha-Chafika Nachinachi, a été condamnée en première instance le 14 octobre à douze ans de prison ferme, une amende de six millions de dinars (40 000 euros) et à la saisie de ses biens.

Elle avait notamment été reconnue coupable de « blanchiment d’argent », « trafic d’influence », « dilapidation de deniers publics » et « transfert illicite de devises vers l’étranger ».

Ses deux filles avaient écopé de cinq ans de prison.

Inconnue du grand public avant cette affaire, « Mme Maya » a bâti une fortune colossale sur une rumeur qui faisait d’elle la « fille cachée » de l’ancien chef d’État.

Chez elle, « une caverne d’Ali Baba »

Largement relayée par l’entourage d’Abdelaziz Bouteflika, la rumeur lui a permis de bénéficier de nombreux privilèges et de la protection de hauts responsables comme l’ancien puissant patron de la police, Abdelghani Hamel.

« Au fil des années, son carnet d’adresses se renforce par les contacts de nombreux walis [préfets], chefs de daïra [sous-préfets], ministres, etc., et ce, grâce aux ‘’coups de pouce’’ de Mohamed Rougab [secrétaire du président déchu], qui l’introduisait dans les rouages de l’État, avec sa formule magique : ‘’Prenez soin d’elle. Elle fait partie de la famille du raïs [président] », raconte le quotidien El Watan.

« Madame Maya », s’offre alors des terrains, des voitures de luxe, des villas dans les quartiers huppés de Hydra et de Ben Aknoun à Alger (l’un a été loué à une agence onusienne), et sa villa de Moretti (compound sécurisé pour officiels algériens à l’ouest d’Alger) pour 200 000 euros ; elle investit aussi 1,5 million d’euros dans l’immobilier en Espagne, une des destinations préférées des nouveaux riches algériens, aux côtés de Dubaï, pour mettre leur fortune à l’abri.

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Mais en juillet 2019, trois mois après la démission d’Abdelaziz Bouteflika, lors d’une perquisition dans sa résidence à Moretti, une station balnéaire chic de la banlieue d’Alger, les services de sécurité découvrent une véritable caverne d’Ali Baba.

Ils saisissent près de 800 000 euros en dinars algériens, 270 000 euros, 30 000 dollars, et 17 kilos de bijoux en or, et l’enquête révèle ses liens avec plusieurs hauts responsables.

Deux anciens ministres, Mohamed Ghazi et Abdelghani Zaalane, ainsi que l’ex-chef de la police ont écopé de dix ans de prison ferme dans cette affaire.  

Un des accusés, l’ex-wali et ancien ministre Mohamed Ghazi, s’est défendu devant la justice, samedi dernier, en avançant : « Mon seul tort est d’avoir exécuté les instructions du président. Je n’ai pas volé. Je ne connaissais pas cette dame. Le secrétaire du président m’a appelé en me disant que ce dernier m’envoyait sa famille pour l’aider dans son projet d’investissement. Je lui ai affecté une forêt abandonnée pour réaliser le projet […] Lorsque le président vous donne instruction, que pouvez-vous faire ? »

Le parquet a requis en appel quinze ans de prison pour Mohamed Ghazi et Abdelghani Zaalane et douze ans pour Abdelghani Hamel, selon l’APS.

Après la chute de l’ex-homme fort, la justice algérienne a lancé une série d’enquêtes pour corruption.

Les condamnations en série à de lourdes peines de prison ont dévoilé l’ampleur des fortunes amassées par les hommes du sérail de l’ancien chef d’État.