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Algérie-Maroc : d’importants exercices militaires sur fond de tensions régionales

Alger et Rabat poursuivent leur bras de fer à distance, notamment à travers des manœuvres militaires d’envergure aux frontières
Exercice nocturne de l’armée algérienne, le 6 juin 2022, près de la frontière avec le Maroc (Ministère de la Défense algérien)
Exercice nocturne de l’armée algérienne, le 6 juin 2022, près de la frontière avec le Maroc (ministère de la Défense algérien)
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Depuis ce lundi 20 juin, les États-Unis et le Maroc ont lancé à Agadir, ville du Sud marocain, l’exercice militaire African Lion 2022, le plus large du continent. Cette année, il se déroule dans un climat de tensions régionales avec l’Algérie voisine.

La manœuvre devrait mobiliser pas moins de 7 500 soldats originaires de dix pays et durer dix jours, essentiellement au Maroc mais aussi en Tunisie, au Sénégal et au Ghana, a indiqué le Commandement des États-Unis pour l’Afrique (AFRICOM).

Des observateurs militaires en provenance de l’OTAN et une quinzaine de « pays partenaires » y participent également. 

African Lion 2022 a notamment pour objectif de « renforcer nos capacités communes de défense pour contrer les menaces transnationales et les organisations extrémistes violentes », a précisé un communiqué d’AFRICOM. Le numéro deux de l’armée marocaine, le général Belkhir El Farouk, a appelé lundi dans un discours à faire face aux « défis sécuritaires ».

Exercices terrestres, aéroportés, aériens, maritimes, de décontamination, etc., au Maroc, les manœuvres prendront différentes formes. Elles auront lieu plus précisément à Kénitra, près de Rabat, et dans plusieurs régions du Sud, notamment à Mahbès, à la frontière algérienne, selon l’état-major des Forces armées royales (FAR) marocaines.

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Des sauts de troupes aéroportées et des tirs d’artillerie dans le désert sont prévus à la lisière du Sahara occidental, non loin de la commune algérienne de Tindouf. C’est là que sont réfugiés les indépendantistes sahraouis du Front Polisario.

Pour rappel, le Front Polisario ne reconnaît plus le cessez-le-feu de 1991 avec Rabat depuis une intervention de l’armée marocaine, en novembre 2020, dans le sud du territoire pour en déloger des combattants sahraouis accusés de bloquer un point de passage routier vers la Mauritanie.

Depuis, les indépendantistes sahraouis ont multiplié des attaques dites de « harcèlement » contre les Forces armées royales stationnées le long du mur érigé par Rabat. La dernière en date s’est déroulée à proximité du secteur de Mahbès, dans une zone proche des frontières avec la Mauritanie et l’Algérie, non loin d’un des sites des manœuvres de l’exercice African Lion.

Les tensions entre Alger et Rabat ont connu une véritable escalade ces derniers temps, débouchant sur la rupture par l’Algérie des relations diplomatiques, depuis la normalisation en décembre 2020 des relations entre le Maroc et Israël en échange de la reconnaissance par l’administration Trump de la « marocanité » du Sahara occidental.

Série de manœuvres côté algérien

Ces importantes manœuvres conjointes de l’AFRICOM au Maroc interviennent donc dans un climat de tensions entre les deux voisins maghrébins. Ce que souligne également la presse marocaine, à l’instar du quotidien Al-Ahdath al-maghribiya, qui écrit que les manœuvres African Lion « suscitent la peur au sein de la junte algérienne, dont les généraux se sont empressés d’organiser des manœuvres militaires nocturnes à balles réelles dans la région de Tindouf ».

« Selon un communiqué du ministère de la Défense algérien, c’est le chef d’état-major, le général de corps d’armée Saïd Chanegriha, qui a supervisé cet exercice tactique nocturne, intitulé « Somoud [résistance] 2022 », le 6 juin avec munitions réelles. Le journal espagnol La Razón souligne que ces manœuvres se sont déroulées dans la région du sud-ouest près de Tindouf, à quelques kilomètres des frontières avec le Maroc », poursuit Al Ahdath al-maghribiya.

Séquence tournée par l’armée algérienne de l’exercice nocturne prés de Tindouf le 6 juin dernier

Le journal espagnol El Confidencial, commentant ces manœuvres de l’armée algérienne, a rappelé que « fin mai dernier, la marine algérienne a[vait] déjà effectué l’exercice tactique naval ‘’Ouragan 2022’’ dans les eaux frontalières avec le Maroc et l’Espagne. Des signes qui ne sont pas passés inaperçus auprès des observateurs, qui indiquent l’intention de l’Algérie de montrer ses crocs à un moment de haute tension en Afrique du Nord ».

Le 14 juin, l’armée algérienne a poursuivi son programme de préparation annuelle de combat en organisant un autre exercice à tir réel dans le secteur opérationnel de Bordj Badji Mokhtar, dans l’extrême Sud algérien.

En novembre prochain, les armées russe et algérienne effectueront des manœuvres conjointes près de Béchar (sud-ouest) non loin de la frontière avec le Maroc.

Quelque 80 soldats russes et des unités de l’armée algérienne devraient participer à ces exercices, qui consisteront en des « mouvements tactiques visant à rechercher, détecter et détruire des groupes armés illégaux ».

La Russie et l’Algérie avaient effectué pour la première fois, en octobre 2021, des exercices militaires conjoints en Ossétie du Sud (Caucase).

L’expert algérien des questions de défense Akram Kharief souligne que lors des répétions, en Italie, de l’exercice African Lion, l’Algérie et le groupe Wagner en Libye ont été désignés comme « ennemis » menaçant le Maroc.

Traduction : « L’OTAN et AFRICOM devraient vraiment cesser d’utiliser l’Algérie comme un ennemi dans leurs jeux de guerre pour se plaindre ensuite à voix haute quand l’armée algérienne leur dit d’aller se faire f… après des invitations à ce genre d’exercices. Profitez du thé et de l’hospitalité au Maroc et allez chercher des ennemis ailleurs ! »