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Féminicides : colère et sidération après le meurtre d’étudiantes au Moyen-Orient

Entre peur et fureur, les opinions publiques s’insurgent contre le meurtre de jeunes femmes par des hommes éconduits
De nombreux internautes jordaniens et égyptiens ont réclamé la peine capitale pour les auteurs des deux meurtres (capture d’écran)
De nombreux internautes jordaniens et égyptiens ont réclamé la peine capitale pour les auteurs des deux meurtres (capture d’écran)
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Le choc après le meurtre de deux étudiantes, l’une en Égypte, l’autre en Jordanie, ne diminue pas alors qu’une nouvelle affaire vient de voir le jour, cette fois en Palestine, où une jeune étudiante de Naplouse aurait peut-être aussi été assassinée pour des raisons familiales.

Ce mardi aura lieu la seconde audience du procès à Mansourah, au nord du Caire, de l’accusé Mohammed Adel pour « homicide volontaire avec préméditation » après avoir reconnu devant le juge avoir suivi avec l’intention de la tuer la jeune Nayera Achraf. Disant craindre une attaque de sa part, cette dernière avait déjà déposé plusieurs mains courantes.

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L’affaire est particulièrement suivie en Égypte, où une vidéo du meurtre de Nayera Achraf le 19 juin a été très partagée. Le jeune homme l’aurait tuée devant son université parce qu’elle refusait ses avances.

« Il l’a poignardée à plusieurs reprises », a indiqué le parquet égyptien, ajoutant que la police avait trouvé dans le téléphone de la victime « des messages [du suspect] menaçant de l’égorger ». Fait rare pour une affaire de ce genre, les caméras de télévision ont été autorisées à filmer l’audience de dimanche.

Le meurtre est passible de la peine capitale en Égypte.

Alors que les Égyptiens étaient sous le choc après cet assassinat, un prédicateur, Mabrouk Attiya, a provoqué un tollé en estimant que si elle avait été voilée, Nayera Achraf aurait connu un autre sort. 

Il a notamment déclenché l’ire des défenseurs des droits des femmes en Égypte où, selon les autorités, près de 8 millions de femmes avaient subi des violences en 2015 de la part d’un époux, d’un proche ou d’un étranger dans l’espace public. 

Un autre meurtre en Jordanie

Quelques jours après ce meurtre, un autre assassinat a défrayé la chronique en Jordanie. Une étudiante en infirmerie de 18 ans, Imane Erchid, a été tuée par balles à Amman, la capitale jordanienne, par un jeune homme apparemment pour les mêmes raisons.

Traduction : « Une autre victime ! Iman est allée à son université et le meurtrier lui a tiré dessus cinq fois avec une arme à feu, et personne n’a même essayé de l’arrêter !!! Combien de Nayera Achraf et de Imane Erchid dans ce monde ? Jusqu’à quand des filles seront tuées juste parce qu’elles ont éconduit un homme dont elles ne voulaient pas ? »

Le meurtre s’est déroulé au sein d’une université privée du nord d’Amman. Le suspect, arrêté depuis par la police après une brève traque durant laquelle il a tenté de se suicider, aurait menacé, la veille, la jeune fille de la « tuer comme a été tuée la fille égyptienne », selon des internautes jordaniens.

La peur s’installe

Ce lundi, la police jordanienne a annoncé que le suspect était décédé à l’hôpital des suites de sa tentative de suicide par balle.

Sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes jordaniens et égyptiens ont réclamé la peine capitale pour les auteurs des deux meurtres, tandis que d’autres ont appelé à apprendre aux jeunes gens « à accepter le fait que les femmes puissent dire ‘’non’’ ».

Traduction : « Hier en Égypte, aujourd’hui en Jordanie. Ce monde n’est plus sûr pour nous. »

En Jordanie, une véritable « phobie » s’est installée dans les milieux universitaires, comme le signale le quotidien Al-Quds al-Arabi. D’autant qu’un célèbre artiste jordanien a déclaré, le 25 juin sur Twitter, que sa fille étudiante venait de recevoir des menaces : « La prochaine exécution après la fille de l’université des sciences appliquées [Imane Erchid], ce sera toi. » La police jordanienne a immédiatement ouvert une enquête.

Traduction : « Cette menace de mort a été adressée hier à ma fille. »

Dans le nord de la Cisjordanie occupée, c’est un autre drame qui vient de se produire. Ranin Saalous, 20 ans, étudiante, a été retrouvée pendue dans la cour de la maison familiale près de Naplouse.

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Les internautes et les médias ont vite relié cette mort aux cas des deux étudiantes en Égypte et en Jordanie, évoquant un possible meurtre maquillé en suicide, pour des motifs familiaux, alors que Ranin allait bientôt se marier.

La police palestinienne a indiqué que l’enquête était en cours, mettant, pour le moment, la famille et le fiancé de la jeune femme hors de cause.

Les cas de féminicide ne sont pas rares au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. L’année dernière, une femme koweïtienne a été assassinée et abandonnée par son meurtrier dans un hôpital pour avoir rejeté sa demande en mariage.

Sa mort avait suscité une demande de sanctions plus strictes pour les violences sexistes dans ce pays du Golfe.

En février, la Fondation Edraak pour le développement et l’égalité a publié un rapport détaillant une « augmentation notable » de la violence sexiste en Égypte. Le rapport signale 813 cas de violence contre les femmes et les filles en 2021, contre 415 crimes de ce type en 2020.