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Liberté d’expression, laïcité : à l’école des imams, on apprend « l’islam de France »

Emmanuel Macron a annoncé la fin du système de détachement des imams, formés à l’étranger avant d’exercer dans l’Hexagone, affirmant que la France allait sortir de « l’islam consulaire » pour former ses propres imams et enseigner « l’islam de France »
Des élèves s’entraînent à réciter le Coran, dans une bibliothèque de l’Institut européen des sciences humaines (IESH) à Saint-Léger-de-Fougeret, dans le centre de la France, le 16 octobre 2012 (AFP)
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« Étudier en France, c’est fondamental pour combattre le radicalisme » : au beau milieu du Morvan (centre-est), une des rares écoles d’imams de l’Hexagone forme « à la française » des religieux musulmans. Un cursus qu’entend développer le président Emmanuel Macron.

« C’est la première des règles », dit M. en écrivant au tableau « Liberté d’expression » parmi les principes « régissant la cité » que le professeur a demandé d’énumérer.

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Dans la salle de classe, huit jeunes hommes et quatre jeunes femmes recopient studieusement la liste, complétée par la « consultation du peuple », la laïcité, la justice…

« Ici, on apprend les particularités de la France que nous devons respecter », explique à l’AFP M., 31 ans, étudiant en troisième et dernière année d’études d’imamat.

L’élève à la barbe noire hirsute, qui préfère garder l’anonymat, a choisi l’Hexagone pour poursuivre son enseignement. C’est en effet entre prés à vaches et forêts de sapins, dans le minuscule hameau de Saint-Léger-de-Fougeret, non loin de Nevers, que s’est installée son école, l’Institut européen des sciences humaines (IESH).

L’établissement de quelque 200 étudiants a été le premier du genre à voir le jour en France, en 1992, sur ces terres électorales de François Mitterrand qui, déjà, voulait favoriser une formation « à la française ». Un credo repris par Emmanuel Macron, qui veut créer un label de l’enseignement des imams dans le cadre de sa loi contre le « séparatisme ».

« En propageant les mêmes valeurs qu’en France, on peut combattre le radicalisme », poursuit M. Parmi elles, « la liberté d’expression est primordiale », assène-t-il, même s’il s’agit de diffuser des caricatures de Mohammed.

« Tout le monde doit être capable de les publier », tranche-t-il.

« Les imams étrangers déphasés »

De toute façon, « ce n’est pas pour une caricature qu’on doit être violent », ajoute Iman, jeune femme de 26 ans aux cheveux voilés qui veut devenir professeure de théologie. 

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« Le prophète a été plus d’une fois insulté mais, jamais, il n’a été violent », ajoute l’étudiante.

Originaire du Maroc « mais Française », Iman n’a pas hésité entre une formation « là-bas et ici » : « Je voulais une formation française en France, pour éviter toute radicalisation », explique-t-elle.

C’est aussi pour « déconstruire le discours radical » qu’Abderahmane Barboucha, 23 ans, a voulu « étudier en France ». « C’est fondamental : on ne peut pas être déconnecté du contexte », dit le jeune homme à l’allure branchée, jeans et baskets à la mode. 

« Pour être un imam en France, il faut connaître la Constitution, la liberté d’expression, la laïcité… », renchérit Edin Dia, professeur du cours « institutions républicaines ». « Ce qui se forme ici, ce sont des imams de paix, conscients de vivre ici », assure-t-il.

« Un imam qui exerce en France doit être formé en France », tranche Larabi Becheri, doyen de l’IESH, pour qui les imams étrangers sont « en déphasage ». Trois cents imams sont « détachés » par la Turquie, le Maroc et l’Algérie dans les quelque 2 500 mosquées de l’Hexagone.

« Il était temps que le président de la République propose de labelliser la formation des imams », estime Larabi Becheri, disant « espérer » faire partie des écoles qui seront certifiées.

« Pour être un imam en France, il faut connaître la Constitution, la liberté d’expression, la laïcité… »

Edin Dia, professeur 

Pour ce faire, le doyen met en avant son « indépendance ». 

L’école est autofinancée à 80-85 %, ce à quoi s’ajoutent les dons de mosquées. Le doyen accepte les subsides de l’étranger, principalement des pays du Golfe, mais « uniquement » pour des projets de construction et « s’ils ne sont pas conditionnés à un droit de regard sur le programme ».

L’IESH du Morvan est indépendante de l’autre IESH, située à Saint-Denis, près de Paris, actuellement sous le coup d’une enquête sur son financement.

« Nous ne faisons pas de politique », assure Larabi Becheri. Le doyen reconnaît que son institut est né en 1992 « sur une idée » de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF). Devenue Musulmans de France, l’UOIF est issue des Frères musulmans, qualifiés de « terroristes » par l’Arabie saoudite. 

Mais « il n’y a pas de Frère musulman ici », assure Larabi Becheri. « On demande à nos profs une recommandation venant d’une institution reconnue comme une mosquée ou une fédération. »