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Libye : la Turquie promet « des représailles » après l’attaque contre ses positions dans la base aérienne d’al-Watiya

Les responsables turcs sont réticents à dénoncer directement quiconque, bien que de plus en plus de signes indiquent que des avions émiratis sont à l’origine du raid aérien
Un membre des forces armées du Gouvernement d’union nationale près d’un MiG-23 après la prise de la base aérienne d’al-Watiya en mai (AFP)
Un membre des forces armées du Gouvernement d’union nationale près d’un MiG-23 après la prise de la base aérienne d’al-Watiya en mai (AFP)
Par
ANKARA, Turquie

La Turquie enrage suite à l’attaque survenue samedi contre la base aérienne libyenne stratégique d’al-Watiya, qui a endommagé les systèmes de défense aérienne turcs. Selon des responsables, la Turquie entend probablement intensifier le conflit en Libye.

Bien que la Turquie se montre prudente à l’idée de dénoncer ouvertement des responsables présumés, elle n’a aucun scrupule à afficher sa fureur vis-à-vis du commandant libyen Khalifa Haftar, dont les forces sont opposées à Ankara.

« Tout ce que je peux dire, c’est que quiconque a fait ça a fait une grosse erreur », a déclaré à Middle East Eye un responsable turc proche du dossier. « Il y aura des représailles. »

« Tout ce que je peux dire, c’est que quiconque a fait ça a fait une grosse erreur »

– Un responsable turc à MEE

Selon un second responsable, les avions qui ont visé la base étaient probablement des chasseurs Dassault Mirage appartenant aux Émirats arabes unis (EAU), qui soutiennent militairement Haftar aux côtés de l’Égypte et de la Russie. « Il n’y a pas de pertes humaines », a ajouté le responsable.

L’attaque a endommagé certains systèmes de défense aérienne turcs dans la base. D’après des renseignements de sources ouvertes, la Turquie a déployé la semaine dernière des missiles surface-air MIM-23 dans la région.

Plusieurs sources ont indiqué à MEE le mois dernier que la Turquie prévoyait d’établir une présence permanente dans la base d’al-Watiya. L’attaque de samedi soir a eu lieu quelques heures après la visite du ministre turc de la Défense Hulusi Akar en Libye. 

D’autres signes indiquent que l’attaque contre les forces turques pourrait avoir été menée par les Émirats arabes unis.

Abdulkhaleq Abdullah, professeur de sciences politiques et conseiller à temps partiel de la famille royale émiratie, a déclaré dans un tweet – qui a depuis été supprimé – que « les Émirats arabes unis [avaient] donné une leçon aux Turcs ».

Traduction : « Un conseiller de la famille royale émiratie, Abdulkhaleq Abdullah, reconnaît que les Émirats arabes unis ont mené le raid aérien sur la base aérienne d’al-Watiya en Libye.
“Au nom de tous les Arabes, les Émirats arabes unis ont donné une leçon aux Turcs”, a-t-il affirmé dans un tweet. »

Plusieurs sources libyennes proches du Gouvernement d’union nationale (GNA) reconnu par l’ONU, que la Turquie soutient contre Haftar, ont également affirmé que l’attaque était probablement l’œuvre des Émiratis, qui auraient piloté l’avion depuis une base en Égypte.

Les Émirats arabes unis sont l’un des principaux soutiens de Haftar et fournissent à l’Armée nationale libyenne (ANL) du commandant un appui militaire, de l’argent, des renseignements ainsi que des armes.

En 2016, MEE a révélé des enregistrements de communications de contrôle aérien prouvant l’implication de pilotes de chasse émiratis dans des opérations de soutien à Haftar.

Emrah Kekilli, analyste en sécurité spécialiste de la Libye au sein de la SETA, un think tank basé à Ankara, considère l’attaque comme une forme de « harcèlement » visant à mettre un terme à l’ambition du GNA de reprendre la ville centrale de Syrte, qui se trouve près du croissant pétrolier, ainsi que la base aérienne stratégique d’al-Jufra.

Syrte, une « ligne rouge 

Selon lui, l’attaque d’al-Watiya doit être prise en considération parallèlement à la récente déclaration de l’Égypte selon laquelle Syrte constitue une « ligne rouge », à l’initiative jugée agressive par Ankara de la France contre la Turquie à l’OTAN et aux mesures prises par la Russie pour prendre le contrôle de gisements pétroliers.

« Tout ce qu’ils veulent, c’est arrêter la progression du GNA », affirme-t-il. « Ils pourront continuer de harceler Tripoli, Misrata et d’autres régions s’ils gardent al-Jufra entre leurs mains. Ils ne veulent clairement pas emprunter une voie politique significative. »

La Turquie a récemment déclaré que la voie politique ne pouvait pas fonctionner avec Haftar, affirmant qu’un remplacement grâce auquel les promesses pourraient être tenues était nécessaire.

De nombreux observateurs à Ankara pensent que Haftar et ses partisans souhaitent un cessez-le-feu pour geler momentanément le conflit, se regrouper et déclencher ensuite une seconde vague de combats pour avancer de nouveau en direction du territoire du GNA dans l’ouest du pays.

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« Pouvez-vous me dire ce qui pourrait convaincre Haftar de déposer les armes et de rejoindre le gouvernement légitime ? Nous savons tous qu’il n’acceptera rien d’autre que la prise de contrôle totale du pays », affirme Emrah Kekilli.

Selon les responsables turcs, les tentatives russes de négociation d’un cessez-le-feu immédiat sont dénuées de sens, étant donné que Haftar a échoué à deux reprises à signer un accord similaire plus tôt cette année à Moscou et à Berlin.

La base d’al-Watiya a été reprise en mai par le GNA avec l’aide militaire turque, lors de la série de victoires contre l’ANL qui entraîné l’effondrement de l’offensive d’une année menée par le commandant de l’est dans l’ouest de la Libye.

Malgré un embargo sur les armes imposé par l’ONU, la Turquie a signé un accord de coopération militaire avec le GNA et envoyé des drones, des véhicules blindés, des mercenaires syriens et des officiers militaires pour soutenir le gouvernement aux prises avec les forces de Haftar soutenues par les Émirats arabes unis, l’Égypte et la Russie.

Le mois dernier, l’armée turque a effectué un exercice aérien de huit heures au large des côtes libyennes pour montrer qu’elle était en mesure de déployer rapidement et facilement plusieurs F-16 et avions d’alerte aérienne avancée dans le pays si nécessaire.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.