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Riz Ahmed : la représentation des musulmans par Hollywood est « stéréotypée, toxique et bidimensionnelle »

Les commentaires de l’acteur font suite à la publication d’un rapport soulignant l’image négative des musulmans dans l’industrie cinématographique
Les commentaires de Riz Ahmed font suite à l’annonce d’un film qui racontera la réaction de la Première ministre néo-zélandaise Jacinda Ardern au massacre de Christchurch en 2019, ce qui a suscité de vives réactions sur internet (AFP/Chris Pizzello)

L’acteur nommé aux Oscars Riz Ahmed a condamné la sous-représentation et l’image négative des musulmans au cinéma.

Dans une vidéo très partagée publiée sur YouTube et d’autres réseaux sociaux jeudi, la star de Star Wars affirme que le problème est un de ceux « qu’on ne peut plus ignorer ».

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Dans une vidéo de treize minutes, Ahmed estime qu’à l’écran, les musulmans sont « soit inexistants, soit cantonnés à ces portraits stéréotypés, toxiques et bidimensionnels ».

À propos de sa propre expérience dans le secteur, il ajoute : « J’aimerais ne pas être ici aujourd’hui.

« J’aimerais ne pas être ici à devoir tenir ce discours… j’aimerais pouvoir faire ce que mes homologues blancs font. J’aimerais pouvoir accepter un rôle, donner des interviews à propos de ce rôle, puis entre deux rôles, me préparer pour le prochain. »

Riz Ahmed a fait référence à une étude réalisée par l’USC Annenberg Inclusion Initiative intitulée « Missing & Maligned: The Reality of Muslims in Popular Global Movies », qui conclut à un portrait généralement négatif des musulmans au cinéma.

Ce rapport passe en revue la façon dont sont représentés les musulmans dans 200 films populaires aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Australie et en Nouvelle-Zélande entre 2017 et 2019.

Sur les 200 films analysés, le rapport conclut que 181 n’ont pas de personnages musulmans. Aucun personnage musulman n’a de rôle parlant dans 90,5 % des 200 films.

Selon les auteurs de cette étude, lorsque des personnages musulmans apparaissent, ils sont stéréotypés « comme des outsiders, des menaces et subordonnés, en particulier vis-à-vis des personnages blancs ».

Des bourses pour les créateurs musulmans

En réaction à ces conclusions, le Pillars Fund (une fondation de la communauté musulmane) a annoncé le lancement d’une bourse pour soutenir les scénaristes et réalisateurs musulmans dans l’espoir d’une percée dans le secteur cinématographique et du divertissement.

L’organisation dit espérer amplifier les récits et talents des musulmans aux États-Unis et combattre le portrait « toxique » de l’industrie du divertissement par des « solutions à court, moyen et long terme pour faire changer les choses ».

Les sélectionnés recevront une récompense de 25 000 dollars ainsi qu’un soutien pour développer leur carrière.

Parmi les membres du comité consultatif figurent plusieurs musulmans connus du secteur, notamment Riz Ahmed, Mahershala Ali, Hasan Minhaj, Ramy Youssef, Sana Amanat et Rosa Attab.

Traduction : « J’en ai assez de voir des personnages musulmans à l’écran qui sont soit négatifs, soit inexistants. Le secteur doit changer. Notre nouvelle étude confirme les impressions qu’avaient beaucoup d’entre nous à propos des musulmans dans les films. Le coût se mesure en haine et en vies perdues. Retrouvez l’ensemble du discours ici : https://youtu.be/Ssuhvv0l3bk

Aujourd’hui nous lançons une solution : une bourse pour les réalisateurs musulmans et un plan à adopter par l’industrie AUJOURD’HUI, aidez-nous à partager l’info. »

Sur les réseaux sociaux, l’initiative du Pillars Fund et la vidéo de Riz Ahmed ont été bien reçues par les membres de la communauté musulmane.

Sur Twitter, une utilisatrice nommée Fariha Rashid a répondu : « Un quart de l’humanité ; des milliards d’histoires, des types de personnages et assurément énormément d’émotions et d’expériences humaines.

« Le discours doit évoluer et abandonner la lentille myope apparemment commerciale qui le façonne généralement. »

« They are us »

Les commentaires de Riz Ahmed interviennent sur fond de controverse sur l’annonce d’un film intitulé They Are Us qui raconte les suites du massacre perpétré dans une mosquée de Christchurch en Nouvelle-Zélande en mars 2019 par un suprémaciste blanc, qui a fait 51 victimes.

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Sur les réseaux sociaux, l’axe apparent du film sur le personnage de la Première ministre néo-zélandaise Jacinda Ardern et non sur les dizaines de musulmans tués attire les critiques.

Selon le réalisateur du film Andrew Niccol, il ne s’agit « pas tant de l’attaque que de la réaction à l’attaque ».

Beaucoup ont accusé les producteurs du film de promouvoir un discours dit du « sauveur blanc ».

La journaliste Faima Bakar estime que la sortie du film souligne l’importance de s’exprimer pour des acteurs musulmans médiatisés comme Riz Ahmed.

Traduction : « Le jour même où Riz Ahmed et d’autres révèlent leur nouveau fonds pour les réalisateurs musulmans, on apprend qu’un film à propos de l’attaque de Christchurch est en tournage, axé autour de Jacinda Ardern (interprétée par Rose Byrne). C’est exactement pour ça qu’il nous faut des fonds comme celui-ci. »

« Comme si les musulmans veulent ressasser l’un des moments les plus douloureux de l’histoire musulmane kiwi », a-t-elle écrit sur Twitter.

« Même lorsque des musulmans racontent leurs propres histoires – cela ne parle pas à l’ensemble d’entre nous, mais ils devraient au moins avoir la chance d’essayer. »

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.