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Yémen : plainte en France d’ONG contre Thalès, Dassault et MBDA pour « complicité de crimes de guerre »

Trois ONG ont annoncé jeudi avoir porté plainte à Paris pour « complicité de crimes de guerre » contre ces entreprises qu’elles accusent d’avoir vendu à l’Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis des armes utilisées contre des civils au Yémen
Des Yéménites inspectent les dégâts à la suite d’une frappe aérienne nocturne menée par la coalition dirigée par l’Arabie saoudite à Sanaa, la capitale tenue par les Houthis, le 24 décembre 2021 (AFP/Mohammed Huwais)
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Dassault, Thalès et MBDA France « exportent des armes à la coalition [conduite par Ryad], tout en sachant qu’elle commet des crimes de guerre depuis 2015 », a déploré Cannelle Lavite, du Centre européen pour les droits constitutionnels et les droits humains (ECCHR), l’une des parties civiles qui ont porté plainte à Paris contre ces entreprises pour « complicité de crimes de guerre » au Yémen.

Sollicités par l’AFP, MBDA France et Thales n’avaient pas réagi dans l’immédiat, Dassault Aviation n’ayant de son côté pas fait de commentaire.

La guerre oppose depuis près de huit ans les Houthis, soutenus par l’Iran, aux forces gouvernementales appuyées par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis.

Le conflit, qui a fait des centaines de milliers de morts et des millions de déplacés, considéré par l’ONU comme l’une des pires catastrophes humanitaires actuelles, connaît une accalmie grâce à une trêve entrée en vigueur le 2 avril et reconduite jeudi pour deux mois supplémentaires.

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Selon les ONG, Dassault a rendu possibles des attaques « contre des civils et des infrastructures civiles » en vendant et surtout en assurant la maintenance de 59 Mirage acquis par les Émirats arabes unis, leur permettant de « rester opérationnels », a poursuivi Cannelle Lavite.

Dans la même logique, la vente actée en décembre dernier de 80 avions Rafale à ce pays peut être interprétée comme « un encouragement » à commettre des violations du droit international humanitaire, a insisté la juriste.

La société MBDA France est de son côté visée pour avoir exporté des missiles Storm Shadow et Scalp à des belligérants, alors que le groupe Thalès est pointé du doigt pour leur avoir fourni son système de guidage de missiles Damoclès ou Thalios, selon la même source.

« Si on fournit des armes à un auteur présumé de crimes récurrents, on facilite la commission de ces crimes », a insisté Cannelle Lavite.

Deux poids, deux mesures ?

En avril 2019, le média d’investigation français Disclose avait révélé l’existence d’une note du renseignement militaire français datant d’octobre 2018 et confirmant l’utilisation d’armes françaises au Yémen.

L’ONG yéménite Mwatana, également partie civile, tout comme l’ONG française Sherpa, affirme avoir recensé « 1 000 attaques contre des civils » ayant fait « au moins 3 000 morts et 4 000 blessés » grâce à des « armes récentes » vendues aux Émirats et à l’Arabie saoudite, selon son directeur exécutif Abdulrasheed al-Faqih.

« Si les gens sont tués par des armes européennes ou américaines, on n’accorde pas d’importance à leur mort. Mais quand les armes sont russes, c’est différent. Les armes européennes sont-elles gentilles ? »

- Abdulrasheed al-Faqih, directeur de l’ONG yéménite Mwatana

« On a informé tout le monde de ces attaques : la France, les États-Unis, la Grande-Bretagne... mais ils n’ont jamais arrêté les exportations d’armes », a-t-il regretté, reprochant aux pays occidentaux de se montrer moins prompts à réclamer des enquêtes internationales pour crimes de guerre au Yémen qu’en Ukraine contre les forces russes.

« Si les gens sont tués par des armes européennes ou américaines, on n’accorde pas d’importance à leur mort », déplore-t-il. « Mais quand les armes sont russes, c’est différent. Les armes européennes sont-elles gentilles ? », ironise-t-il.

Trois ONG, dont Mwatana, poursuivent depuis 2018 en Italie le fabricant d’armes RWM Italia, coupable selon elles d’avoir fourni les bombes ayant tué six civils, dont quatre enfants, en 2016 dans le nord du Yémen.

À la suite d’une action en justice en 2019, le Royaume-Uni avait un temps interrompu ses ventes d’armes à l’Arabie saoudite, avant de les reprendre.

Cinq ONG, dont Mwatana, ECCHR et Amnesty international, ont également déposé une plainte en 2019 devant la Cour pénale internationale (CPI) contre onze fabricants d’armes européens, dont Dassault, Thalès, MBDA, ainsi qu’Airbus.

Par Joris Fioritti.