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Idiot et dangereux : des Irakiens fustigent Moqtada al-Sadr pour avoir lié le coronavirus à l’homosexualité

Les défenseurs des droits des LGBT accusent le responsable chiite de se servir de la peur du COVID-19 comme d’une « arme »
Moqtada al-Sadr prononce le sermon de l’Aïd al-Fitr à la Grande mosquée de Koufa, près de Nadjaf, le 5 juin 2019 (AFP)

Le religieux chiite Moqtada al-Sadr a été moqué pour avoir laissé entendre que la pandémie de coronavirus était survenue en raison de la légalisation du mariage homosexuel.

Sur Twitter samedi dernier, Sadr a averti que la pandémie – qui a jusqu’à présent tué plus de 42 000 personnes à travers le monde – ne s’apaiserait pas à moins que les gouvernements abrogent les lois légalisant les mariages entre personnes de même sexe.

« L’une des choses les plus graves qui aient provoqué la propagation de cette épidémie est la légalisation [du mariage homosexuel] », a-t-il écrit. « J’appelle donc tous les gouvernements à abroger leurs lois immédiatement. »

Critiques

Le tweet de Sadr, qui est énormément suivi en Irak, a obtenu plus de 10 000 « j’aime » – mais il y avait aussi environ 6 000 réponses critiquant vivement ses remarques.

Traduction : « Je suis aussi Irakien et j’ai le droit de vivre et de me marier comme tout le monde. »

« Que quelqu’un lui retire le téléphone des mains », a tweeté l’activiste Abbas al-Wadi.

Aya Mansour, rédactrice d’Iraq Media Network, a déclaré que le coronavirus n’était « pas aussi dangereux que [ses] déclarations ».

« L’une des choses les plus dangereuses qui feront que cette épidémie se propage, c’est vos tweets et votre troupeau », a averti Ahmed Fawzi, un acteur du Albasheer Show, en référence à la décision des partisans de Sadr de continuer à se rassembler après l’annonce de la crise sanitaire.

L’activiste et photographe irakien Ali Dab Dab a simplement tweeté : « Source ? »

D’autres ont souligné qu’aucun des pays les plus touchés par la maladie, comme la Chine, l’Italie et l’Iran voisin, n’avait encore légalisé pleinement le mariage entre personnes de même sexe (la Chine le reconnait en partie, tandis que l’Iran et l’Italie autorisent des unions civiles).

Martin Huth, l’ambassadeur de l’UE en Irak, n’a pas répondu directement aux remarques de la déclaration de Sadr, mais a tweeté une illustration sur les conseils d’hygiène.

Traduction : « Restez chez vous. Mieux vaut prévenir que guérir. »

Attaques contre la communauté LGBT

Bien que l’homosexualité ne soit pas illégale en Irak, c’est un énorme tabou. Des membres de la communauté LGBT ont été agressés à plusieurs reprises et assassinés par le passé. Des organisations de défense des droits de l’homme ont documenté les exactions commises par les milices, dont l’armée du Mahdi, l’ancien bras militaire de Sadr.

Human Rights Watch a constaté que, début 2009, une « vaste campagne d’exécutions extrajudiciaires, d’enlèvements et de tortures » avait débuté à Sadr City, une banlieue de Bagdad qui porte le nom du père de Moqtada al-Sadr et où ce dernier bénéficie d’un soutien massif.

« Faire des déclarations aussi idiotes non seulement mettra en danger la vie des personnes LGBT, mais mettra également en danger la vie de tous les Irakiens »

- IraQueer

En 2016, Sadr avait déclaré que bien qu’il s’opposât à l’homosexualité, il était également opposé à la violence contre les homosexuels et avait mis en garde ses partisans contre ces attaques.

Dans un communiqué dimanche, le groupe irakien de défense des droits des LGBT IraQueer a condamné les propos de Sadr sur le coronavirus, l’accusant de se servir des craintes et angoisses des Irakiens comme d’une « arme ».

« Faire des déclarations aussi idiotes non seulement mettra en danger la vie des personnes LGBT, mais mettra également en danger la vie de tous les Irakiens », a déclaré le groupe dans le communiqué.

« Le coronavirus est une pandémie qui doit être gérée avec sérieux et sur le plan médical, et le tweet de Moqtada al-Sadr ne fera que nous distraire de ce qui est vraiment important, c’est-à-dire de sauver des vies irakiennes. »

L’Irak a confirmé près de 700 cas de COVID-19 et 50 décès, mais le chiffre réel est probablement bien plus élevé, étant donné que seule une petite partie de la population de ce pays qui compte 40 millions d’habitants a été testée.

Un confinement à l’échelle nationale a été décrété jusqu’au 11 avril, les citoyens étant invités à rester chez eux et à adopter des routines d’hygiène rigoureuses pour prévenir la propagation du virus. 

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.