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Libye : le derby du foot tripolitain à l’épreuve des conflits politiques

Le chaos en Libye n’a pas épargné le football, mais les supporteurs des deux clubs phares de Tripoli ont une rare occasion de revivre leur passion le temps d’un double derby, bien qu’il se déroule à 1 000 km et sans eux
Le 17 avril dernier, des milliers de supporters des deux clubs de Tripoli se sont rassemblés afin de regarder sur écran géant le match aller du quart de finale de la CAF (AFP/Mahmoud Turkia)
Le 17 avril dernier, des milliers de supporters des deux clubs de Tripoli se sont rassemblés afin de regarder sur écran géant le match aller du quart de finale de la CAF (AFP/Mahmoud Turkia)
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TRIPOLI, Libye

Le tirage au sort des quarts de finale de la Coupe de la Confédération de la CAF a débouché sur une confrontation 100 % tripolitaine entre les deux clubs les plus titrés du football libyen, al-Ahly Tripoli et al-Ittihad.

Le stade de Tripoli n’étant pas homologué, c’est celui de Benghazi, deuxième ville de Libye située à quelque 1 000 km à l’est, qui a été désigné pour accueillir cette confrontation.

Le match aller a eu lieu dimanche et le retour est prévu le 24 avril.

Or Benghazi est le bastion du camp de l’Est et de son homme fort, Khalifa Haftar, dont les forces ont tenté de conquérir Tripoli militairement avant d’être défaites à l’été 2020 après d’âpres combats.

Les Libyens en manque de football

Le match s’est joué à huis clos et peu de supporteurs, même les plus motivés, se seraient de toute façon aventurés à faire le déplacement à Benghazi alors que le pays connaît depuis plusieurs semaines un regain de tension entre camps rivaux

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Faisant contre mauvaise fortune bon coeur, plusieurs dizaines de supporters ont investi dimanche soir la Place des Martyrs, vaste esplanade au cœur de la capitale, pour suivre la rencontre diffusée sur un écran géant qui s’est soldée par un nul 0-0.

 « Cela manque aux Libyens de voir de tels matches sur leur sol, qui plus est dans une importante compétition continentale », lance Mohammed Mamdoud, un supporter d’al-Ittihad.

 « Voir le public des deux équipes rassemblé, c’est le signe que la situation s’améliore », se réjouit Fayçal Hachad, un autre fan d’al-Ittihad, croisé place des Martyrs, où l’ancien dictateur Mouammar Kadhafi aimait prononcer ses discours avant d’être emporté par le vent du Printemps arabe en 2011.

« J’aurais aimé être au stade mais j’aurais peur de me rendre à Benghazi, car il y a encore des divisions dans le pays. Il est plus aisé pour moi d’aller en Tunisie qu’à Benghazi »

- Mohamed Mokhtar, 25 ans, un supporter d’al-Ahly

Ce Tripolitain de 18 ans, écharpe rouge et blanche au cou, aurait cependant « préféré soutenir le club depuis les gradins ».

Si la route côtière reliant les deux villes a bien été rouverte l’an dernier, de même que les liaisons aériennes, se déplacer d’une cité à l’autre suscite encore des appréhensions en raison d’un climat d’insécurité, et nourrit la frustration chez les fans des deux équipes.

« J’aurais aimé être au stade mais j’aurais peur de me rendre à Benghazi, car il y a encore des divisions dans le pays. Il est plus aisé pour moi d’aller en Tunisie qu’à Benghazi », regrette ainsi Mohamed Mokhtar, 25 ans, un supporter d’al-Ahly.

C’est que l’offensive militaire avortée, menée entre avril 2019 et juin 2020 contre la capitale par les forces du maréchal Haftar, a exacerbé les divisions entre la Tripolitaine et la région orientale de Cyrénaïque.

L’embargo footballistique levé en 2021

En décembre, des querelles persistantes ont entraîné le report sine die des élections présidentielles et législatives sur lesquelles la communauté internationale fondait de grands espoirs pour enfin stabiliser le vaste pays d’Afrique du Nord.

Après avoir manqué cette échéance électorale, la Libye se retrouve depuis février avec deux Premiers ministres rivaux

Le 17 avril dernier, des milliers de supporters des deux clubs de Tripoli se sont rassemblés afin de regarder sur écran géant le match aller du quart de finale de la CAF (AFP/Mahmoud Turkia)
Le 17 avril dernier, des milliers de supporters des deux clubs de Tripoli se sont rassemblés afin de regarder sur écran géant le match aller du quart de finale de la CAF (AFP/Mahmoud Turkia)

Le football, lui, a longtemps souffert du chaos politique qui perdure depuis 2011. Entre le début de la deuxième guerre civile libyenne en 2014 et 2021, les clubs du pays et la sélection ont disputé leurs matches internationaux à l’étranger, principalement chez leurs voisins tunisien et égyptien.

Ce long embargo footballistique a été levé en mars 2021. 

Les résultats, eux, se font toujours attendre : l’équipe nationale qui vient d’être confiée à l’ancien international français Corentin Martins, n’a jamais remporté de Coupe d’Afrique du nations (CAN), ni participé à une phase finale de Coupe du monde, et pointe à la 117e place mondiale.

Seuls quelques rares coups d’éclat d’al-Ahly et d’al-Ittihad dans les Coupes continentales ont réussi à sortir par intermittence le football libyen de l’anonymat.

Pour la suite du tournoi, Mohamed Mokhtar, le supporter d’al-Ahly, garde espoir de voir son club de cœur se qualifier pour les demi-finales, et jouer à domicile. Avant un premier sacre continental ?

Par Hamza MEKOUAR