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Colère au Maroc après la fuite d’un Koweïtien accusé du viol d’une mineure

Écroué en décembre pour un viol sur une mineure de 14 ans, un Koweïtien s’est vu accorder le 28 janvier la liberté provisoire, aidé par l’ambassade de son pays, avant de fuir
Le tribunal de Marrakech (AFP)

Libéré sous caution fin janvier, un ressortissant koweïtien accusé de viol sur une mineure s’est enfui du Maroc. L’Association marocaine des droits de l’homme (AMDH) a réagi en jugeant sa libération « infondée » et en dénonçant une complicité de l’ambassade du Koweït. 

« C’est inacceptable », tonne Omar Arbib, responsable de l’association, qui s’est constituée partie civile. « L’ambassade du Koweït a fourni au tribunal un engagement écrit garantissant que l’accusé serait présent à son procès. » 

« La fuite d’un criminel »

Mustapha Ramid, ministre d’État chargé des Droits de l’homme et des Relations avec le Parlement, ancien ministre de la Justice, a également réagi : « Qu’il s’agisse d’un citoyen marocain ou d’un étranger, accorder la liberté provisoire à une personne accusée de viol est une grave erreur. »

Écroué en décembre pour viol sur une mineure de 14 ans, l’accusé, 24 ans, s’est vu accorder le 28 janvier la liberté provisoire contre une caution de 30 000 dirhams (2 850 euros) et un engagement de son ambassade. Mais quelques heures plus tard, il quittait le territoire.

« Il fallait alors lui retirer le passeport et le mettre sous contrôle judiciaire. Malheureusement, cela n’a pas été fait à temps », regrette Arbib.

Le 16 février, cinq jours après un sit-in de protestation devant le tribunal de Marrakech, l’association a organisé une manifestation qui a réuni plusieurs dizaines de personnes. À Casablanca, une manifestation est prévue cette semaine. 

« L’ambassade du Koweït n’a pas le droit de faciliter la fuite d’un criminel. Elle a le droit lui choisir un avocat mais pas de se porter garante de sa présence au procès. C’est une immixtion dans le travail de la justice, un pouvoir censé être indépendant », poursuit le responsable de l’AMDH, association reconnue d’utilité publique, qui souligne que le Koweït est signataire de la Convention internationale des droits de l’enfant. « Le ministère des Affaires étrangères doit demander des explications au Koweït », conclut-il.

« L’arbre qui cache la forêt »

Qualifiée de « laxiste », la Chambre criminelle de Marrakech serait, selon le site d’information Médias 24, impliquée dans cette affaire. La libération du Koweïtien ne serait que « l’arbre qui cache la forêt » : « Ce mardi 28 janvier, cette même juridiction devait statuer sur d’autres affaires, peu ou prou similaires. L’issue accordée à certaines d’entre elles mérite également le détour. »

Ainsi, pour « un attentat à la pudeur avec violence » sur « une mineure de moins de 15 ans », passible de dix à vingt ans de réclusion, l’accusé n’a été condamné qu’à deux mois de prison avec sursis et 500 dirhams (47 euros) d’amende.

Dans une affaire de viol, crime passible de cinq à dix ans de réclusion, un autre accusé a été condamné à deux mois de prison avec sursis, poursuit le site. « Le troisième cas concerne des faits de ‘‘viol, attentat à la pudeur avec violence et séquestration’’. Deux individus sont impliqués, le premier en tant que coauteur, le deuxième en tant que complice. Les deux ont écopé d’un an d’emprisonnement… avec sursis. » 

La peine la plus « lourde » de cette journée du 28 janvier ? Trois ans d’emprisonnement pour « entraînement » et « attentat à la pudeur avec violence contre une mineure ». « La deuxième infraction est passible d’une peine comprise entre dix et vingt ans de réclusion », rappelle encore Médias 24.