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La Supercoupe d’Espagne en Arabie saoudite accusée de « blanchir les violations des droits de l’homme »

La fédération espagnole de football aurait touché 120 millions d’euros pour délocaliser la compétition dans le royaume saoudien. Une mesure très critiquée en Espagne
L'entraîneur du Real Madrid, Zinédine Zidane, avec ses joueurs finalistes de la Supercoupe d'Espagne, le 12 janvier 2020, au stade Roi-Abdallah, Djeddah (AFP)
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Le 12 janvier, le Real Madrid remportait la Supercoupe d’Espagne de football contre l’Atlético de Madrid… au stade Roi-Abdallah, en Arabie saoudite, près de la ville portuaire de Djeddah. 

La délocalisation de cette compétition spectaculaire entre dans la stratégie du royaume saoudien pour redorer son image

La 36e Supercoupe espagnole s’est déroulée du 8 au 12 janvier en Arabie saoudite, dans un format modifié impliquant uniquement quatre équipes : le Real Madrid, l’Atlético de Madrid, le FC Barcelone et le Valence FC. 

La délocalisation de cette compétition spectaculaire entre dans la stratégie du royaume saoudien pour redorer son image.

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L’Arabie saoudite a déjà dépensé environs 25 millions d’euros pour accueillir le match choc Juventus-AC Milan (Supercoupe d’Italie), et a organisé un match amical Brésil-Argentine. Il faut ajouter à ces rencontres l’organisation, depuis 2019, de la course automobile Formule E et, depuis le 5 janvier, du « Paris Dakar ». 

D’après la presse espagnole, l’Arabie saoudite a accepté de verser 120 millions d’euros pour pouvoir héberger la Supercoupe d’Espagne jusqu’en 2022, répartis entre la Fédération espagnole de football (RFEF) et les clubs participants. 

« Le sport est une industrie »

« Cette Supercoupe nouvelle formule, à plus de 6 400 kilomètres et dix heures de vol de Madrid, ne semble pas avoir conquis les supporteurs : selon le quotidien El Mundo, qui titrait lundi ‘‘Personne ne veut aller à la Supercoupe’’, seulement 1 076 des 12 000 billets mis à disposition des clubs ont été vendus. Et Valence n’en a vendu que 26 », rappelle le site 360° Sport.

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Le président de la Fédération espagnole de football, Luis Rubiales, avait justifié ce choix en novembre 2019 : « La Supercoupe avait deux possibilités : la première était d’en finir avec cette compétition, et la deuxième de chercher un format attractif qui génèrera de l’intérêt et des revenus bien plus importants ». 

« On joue en Arabie saoudite car le sport est une industrie, toujours en recherche de nouvelles sources de revenus », s’est aussi défendu l’entraîneur du FC Barcelone Ernesto Valverde, limogé le 13 janvier après la défaite face à l’Atlético de Madrid.  

La télévision publique espagnole (TVE) a aussi refusé de s’aligner sur l’appel d’offres des droits de retransmission des rencontres, au motif qu’elles se disputeraient « dans un endroit où les droits humains ne sont pas respectés, et en particulier ceux des femmes ».

Pour l’ancienne footballeuse internationale Verónica Boquete, cette délocalisation signe « la victoire de l’argent sur le sport au-dessus de tout autre chose ». 

Verónica Boquete, également ambassadrice de l’Union des associations européennes de football (UEFA) pour le développement du football féminin, « a dénoncé la ‘‘grave erreur’’ de la RFEF, regrettant qu’elle s’associe avec un ‘‘agresseur et oppresseur qui viole les droits de l’homme’’ », rappelle France24.

Les 600 jours de prison de Loujain al-Hathloul

De son côté, la secrétaire d’État aux Sports, María José Rienda, a affirmé que « le gouvernement ne soutiendra[it] pas ce type d’événement dans des pays où les droits de la femme ne sont pas respectés ».

« Le gouvernement ne soutiendra pas ce type d’événement dans des pays où les droits de la femme ne sont pas respectés »

- María José Rienda, secrétaire d’État aux Sports

Selon le quotidien espagnol Pùblico, « le gouvernement par intérim s’est également déclaré contre ce projet, mais a précisé qu’il ne [pouvait] pas l’empêcher ».

Le parti de gauche Podemos, d’après le même journal, a estimé qu’il s’agissait de « blanchir les violations des droits de l’homme contre de l’argent ». 

Le journal El País rapporte qu’un militant d’Amnesty International s’est rendu, le 3 janvier, au siège de la Fédération espagnole de football pour remettre un maillot portant le numéro 600 : le nombre de jours d’emprisonnement de la militante saoudienne des droits de l’homme Loujain al-Hathloul.

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« Pendant le déroulement de la Supercoupe d’Espagne, les autorités saoudiennes ont eu du mal à montrer qu’il s’agissait d’un pays réformiste et ouvert. Mais la réalité est très différente : les femmes ne peuvent pas se marier, étudier ou travailler sans l’autorisation d’un parent masculin et sont traitées comme des citoyennes de seconde zone », atteste la branche espagnole d’Amnesty International

« Il y a quelques jours, Loujain a demandé à voir un médecin. Mais les autorités pénitentiaires ont envoyé un médecin qui ne parlait pas arabe. Elle a dû communiquer par signes et une fois la visite terminée, elle a été enfermée seule. Aujourd’hui, elle est toujours détenue avec d’autres femmes emprisonnées pour avoir revendiqué leurs droits et réclamé la fin du système de tutelle masculine », poursuit Amnesty.

Dans cette course au profit, certains font parfois exception : le club belge du FC Bruges a ainsi refusé une offre de stage en Arabie saoudite. « Offre refusée pour des raisons d’éthique », explique le site spécialisé Wallfoot